Depuis plusieurs semaines, les journalistes sont sous le feu des critiques, aussi bien du côté des personnalités politiques, que du public, aujourd’hui très hostile face aux professionnels de l’information.
Des semaines de mobilisations et de manifestations, un attentat raciste à Trappes : le traitement de ces informations par les médias est scruté, et certaines chaînes sont décriées par l’opinion publique. Selon Le Monde, la chaîne d’information continu BFMTV ne s’est pas rendue à la cérémonie d’hommage à Pengo Bossio Wangi, décédé à Trappes, organisée par le maire de la ville Ali Rabeh. La raison : la chaîne, accusée par le maire d’avoir « laissé libre cours aux paroles décomplexées et racistes » de certains invités, a préféré privilégier la sécurité de ses journalistes. « C’est une défaite, et un renoncement qui nous coûte, mais c’était la décision la plus protectrice pour nos équipes », explique au Monde Fabien Niamas, le directeur général de BFMTV.
Des tensions qui grandissent même au sein de la rédaction de la chaîne. « Nous nous inquiétons de la banalisation de certains propos racistes ou discriminatoires sur notre antenne, parfois relativisés au nom du pluralisme », a écrit la SDJ (Société des journalistes) dans une lettre à la direction signée par plus de 200 journalistes et consultée par l’AFP. « Nous voulons retrouver la fierté de travailler pour BFMTV et ne plus craindre de donner le nom de notre média en reportage ou même dans notre vie privée ».
BFMTV n’est pas le seul média visé par l’opinion publique. Franceinfo est actuellement au cœur d’une polémique, à cause d’un entretien extrêmement tendu avec Sarah Knafo, eurodéputée Reconquête, et deux journalistes sur le plateau du 8h30 de Franceinfo. Les deux journalistes sont mis en cause pour le traitement et le positionnement de leur interview. La direction de Radio France assure que « depuis, les deux intervieweurs sont la cible sur Internet de nombreux messages haineux, insultants et menaçants ».
Exclus de meetings politiques
En plus des critiques, les journalistes sont également victimes de violences physiques. Les 24 et 25 octobre, au Congrès du Rassemblement national à Orléans, des journalistes de Mediapart et Politis ont été violemment exclus par le service d’ordre du parti. Selon Politis, une des journalistes de Mediapart a été ceinturée et portée de force dans un escalier. Un autre a été saisi au col, à moitié étranglé et violemment repoussé, et ce, sous les acclamations des militants. Une fois sortis de la salle, deux autres journalistes ont été plaqués contre le mur. La violence était telle que le service presse du Rassemblement national a dû intervenir : il s’est excusé et a laissé les journalistes regagner la salle du congrès.
« S’en prendre à un journaliste parce qu’il fait son métier, c’est s’en prendre à la liberté d’informer », dénonce Politis.
À quelques mois de l’élection présidentielle, ces incidents témoignent d’un climat de plus en plus hostile envers les journalistes, pris entre les attaques politiques, les violences physiques et les campagnes de harcèlement en ligne. Au-delà de leur sécurité, c’est leur capacité à exercer librement leur métier, à couvrir les débats et à informer les citoyens sans intimidation qui est aujourd’hui en jeu. Une situation préoccupante, alors que le bon déroulement du débat démocratique repose aussi sur la liberté de la presse et sur la possibilité pour les journalistes de travailler sans craindre pour leur intégrité.
Par : Juliette Carlier









































































