Après Patrick Cohen, Thomas Legrand et la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte, c’était au tour de Léa Salamé de se présenter devant les membres de la commission. Elle était accompagnée d’Hugo Plagnard et Julien Duperray, rédacteurs en chef du journal télévisé, pour répondre aux interrogations sur l’impartialité du service public.
Selon le Huffington Post, l’audition a débuté par des questions techniques. Le rapporteur Charles Alloncle a interrogé la journaliste sur les audiences du JT de France 2, comparées à celles de TF1, ainsi que sur les moyens budgétaires respectifs des deux chaînes. Puis est venue l’évocation, devenue incontournable, de l’affaire dite Cohen-Legrand. Léa Salamé a refusé d’entrer dans le détail, se disant simplement « choquée » par le fait que des journalistes aient été enregistrés à leur insu.
Une audition dominée par la question Glucksmann
Mais le cœur de l’audition était ailleurs. Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, l’avait annoncé dès son propos liminaire : la relation de Léa Salamé avec Raphaël Glucksmann serait centrale. Prenant soin de rappeler que « depuis au moins Olympe de Gouges, les femmes ont acquis leur liberté » et que le couple ne saurait constituer une « délégation politique », le rapporteur a fini par poser la question attendue : quelles garanties concrètes la journaliste pouvait-elle offrir aux Français pour assurer son impartialité, compte tenu de cette relation ?
Visiblement préparée, Léa Salamé a répondu sans détour. « Avant d’être la femme de quiconque, je suis une journaliste. Honnête. Et une femme libre », a-t-elle lancé en préambule. Elle a ensuite rappelé la ligne de conduite qu’elle s’est imposée depuis plusieurs années, évoquant ses mises en retrait de l’antenne en 2019 puis en 2024. « Le jour où mon compagnon a été candidat, je me suis retirée immédiatement, contre l’avis de ma hiérarchie. En 2024, j’ai fait exactement la même chose. Cette règle vaut pour toutes les élections », a-t-elle insisté.
“Avant tout journaliste” : la ligne de défense de Léa Salamé
Et de marteler, face aux députés : « S’il est candidat, je sors de l’antenne. Je ne m’accroche pas. Je sors, immédiatement. » Avant d’ajouter, à propos de la présidentielle de 2027 : « Peut-être avez-vous des informations que je n’ai pas, mais à ce stade, il n’est pas candidat. »
Souhaitant répondre pleinement aux doutes exprimés, Léa Salamé a ensuite détaillé son parcours et son travail pour étayer sa défense. Elle a rappelé avoir été choisie pour animer le débat de l’entre-deux-tours entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, et revendiqué près de 400 interviews par an sur France 2, France Inter ou encore dans Quelle Époque. « On peut juger mes interviews bonnes, moyennes ou ratées. Mais personne ne pourra dire que mon compagnon tient mon stylo. Je n’ai jamais interviewé sous influence », a-t-elle affirmé.
Puis, dans une tirade au ton volontairement appuyé, la journaliste a retourné la question à ses interlocuteurs. « Pensez-vous vraiment qu’en 2026 une femme pense comme son mari, vote comme son mari, prie comme son mari, fait ce que lui demande son mari ? Vous pensez sincèrement qu’on en est encore là ? Moi, non. »
Léa Salamé revendique une impartialité “sans influence”
Pour Léa Salamé, il ne s’agit pas d’un combat féministe mais d’un principe républicain fondamental. « On n’est pas jugé sur les opinions de son conjoint. On n’est pas condamné sur les opinions de son conjoint. Et le vote est secret et personnel », a-t-elle rappelé, dans la droite ligne des propos tenus plus tôt par le président de la commission.
Elle a conclu sa prise de parole — près de cinq minutes sans interruption — en revenant à l’essentiel : la confiance du public. « Mon devoir, c’est d’être honnête avec les Français. Je ne veux laisser place à aucun doute, à aucune suspicion. Mon indépendance, c’est mon talisman. Ce qui me lie aux Français, c’est ce lien très fragile qu’on appelle la confiance. »
Une conclusion axée sur l’indépendance journalistique
L’échange aurait pu s’arrêter là. Mais le rapporteur a relancé, interrogeant la journaliste sur le fait de savoir si elle aurait conservé son poste si elle avait été la compagne de Jordan Bardella. Une question qui a immédiatement tendu l’atmosphère et provoqué un échange vif entre le rapporteur et le président de la commission. Léa Salamé, restée en retrait durant cette joute, s’est contentée d’un sourire et d’un ironique « Mettez-vous d’accord », en attendant que la parole lui soit clairement redonnée.
Les travaux de la commission d’enquête se poursuivent ce lundi, avec notamment l’audition de Laurent Delahousse, autre figure centrale de l’information sur France Télévisions.







































































