Avisa Partners : une agence d’influence soupçonnée de désinformation

, par communication@clubdelapressehdf.fr

L’agence d’influence Avisa Partners, longtemps considérée comme un modèle de réussite, voit le ciel s’assombrir. La défiance vis-à-vis de ses services ne cesse de s’agrandir. Pour cause, elle est soupçonnée de désinformation.

Selon une enquête de franceinfo publié le 1ᵉʳ septembre, l’agence venait de remporter au début de l’été un contrat auprès de la Commission européenne, portant notamment sur l’écriture de notes dans le cadre de la lutte contre la désinformation, avant que tout ne s’écroule autour d’elle. Une fois l’information de ce contrat rendue publique, la Fédération européenne des journalistes (FEJ), a publié une lettre ouverte dénonçant les agissements et la professionnalisation des "mercenaires de l’influence en ligne" en Europe, dont ferait partie Avisa.

Que reproche-t-on à Avisa Partners ?

L’enquête de franceinfo révèle plusieurs faits visant à exercer de l’influence et à manipuler l’information. Dans un témoignage recueilli par la chaîne publique, un ancien journaliste de l’agence d’influence explique comment il procédait dans la production de l’information. Le témoin, alors jeune trentenaire en 2015 (année à laquelle il avait travaillé pour Avisa Partners), raconte qu’il proposait ses services de rédacteur sur Internet lorsqu’il a été contacté. « J’ai reçu un message d’une personne qui me demandait si j’étais intéressé par l’écriture d’articles journalistiques sur l’environnement, l’économie ou l’international. Il m’a dit que je devais écrire des articles comme un vrai journaliste, indépendant de tout financement ou de tout parti-pris », a-t-il confié à franceinfo. Sa première commande « lui semble étrange », « on lui demande d’écrire sur la Thaïlande, pays lointain dont il ne sait rien, et les consignes qu’il reçoit par mail sont très orientées : Il fallait dénoncer les agissements de la junte militaire » a-t-il ajouté.

Le journaliste ne procède donc à « aucune interview, aucun appel, rencontre... », ce qui est « loin des standards du journalisme » selon l’article de franceinfo. Ces articles sont ensuite publiés par de faux profils, mais dans les espaces de libre expression de vrais médias comme « Club de Mediapart, le Huffington Post, Les Echos... ». Selon le témoin, il a eu à écrire en faveur de chefs d’État, notamment le Gabon, le Tchad, la République du Congo, la Somalie, le Maroc... ». La cellule investigation de Radio France a pu identifier un autre rédacteur, qui a corroboré les méthodes employées par cette agence.

Derrière Avisa Partners

Deux entrepreneurs ambitieux se trouvent derrière cette Agence d’influence qui a connu son moment de gloire en France. Avant ces révélations, Avisa Partners bénéficiait de l’image d’une société aux ambitions européennes, voire mondiales. L’agence travaillait pour « les trois quarts du CAC 40 français, pour la Gendarmerie nationale, pour le commandement cyber, pour la Caisse des dépôts et consignations, mais aussi pour des hôpitaux », expliquait Matthieu Creux, l’un de ses fondateurs à France 24 l’an dernier. Matthieu Creux est passé par le cabinet de Valérie Pécresse, dont il a assuré la communication lorsqu’elle était ministre de la Recherche sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Il est également le fils d’un ancien général qui fut à la tête de la Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD) au début des années 2010. L’autre fondateur de l’agence est Arnaud Dassier, 54 ans, fils de Jean-Claude Dassier, ancien haut cadre de TF1 et qui fut aussi président de l’Olympique de Marseille.

Ghost-writing

D’après franceinfo, Matthieu Creux a eu l’occasion de répondre à ces révélations le 23 mars 2023 devant une commission d’enquête de l’Assemblée nationale, lorsque les députés l’entendent sur le rôle d’Avisa auprès d’un autre de ses clients : Uber. Il justifie alors ses pratiques, réfutant le terme de « faux article », lui préférant celui de ghost-writing (un nègre, en français), comparant la situation à celle d’un ministre ou d’un parlementaire faisant écrire ses discours par d’autres. Quant aux faux profils signant les pseudo articles, Matthieu Creux a revendiqué la pratique du pseudonymat « qui n’est pas interdit sur internet ». En réponse aux questions de la cellule investigation, Avisa Partners a également défendu des « pratiques courantes, transparentes et légitimes », affirmant par ailleurs qu’aucune fausse information n’avait été relayée dans ces contenus.

Même si Matthieu Creux réfute ces accusations contre sa société, il a déjà été lui-même reconnu coupable de complicité de diffamation envers un homme d’affaires franco-palestinien, Habib Patrick Shehadeh, par le tribunal judiciaire de Paris le 4 octobre 2022. L’homme était un client d’Avisa qui lui réclamait un arriéré de 271 500 euros. Matthieu Creux lui a alors envoyé plusieurs SMS, le menaçant de publier des articles compromettants à son encontre, ce qu’il a finalement fait. Les textes insinuaient que M. Shehadeh était un escroc et un voleur recherché dans plusieurs pays et qu’il aurait été un agent au service d’Israël, en dépit de sa nationalité palestinienne. Des informations réputées fausses selon l’avocat de l’homme d’affaires. Le 8 août 2022, Avisa Partners a également été bannie de Wikipédia dans sa version francophone. Tous ceux qui représentent la société ne peuvent plus contribuer à l’encyclopédie collaborative. La décision a été prise lors d’un vote des administrateurs. Ils reprochaient à la société d’influence de multiples interventions cachées.

Tous ces scandales autour de l’entreprise, n’ont cependant pas empêché Avisa de décrocher le contrat auprès de la Commission européenne, visant notamment à lutter contre... la désinformation. La société a par ailleurs lancé une opération restructuration et séduction en changeant de nom. Elle se dénomme désormais « Forward ». L’entreprise dit par ailleurs avoir cédé ses activités d’influence controversées à la seule marque Avisa dorénavant dirigée exclusivement par Arnaud Dassier. Pour finir, elle a contacté la FEJ et décidé d’abandonner toutes les poursuites judiciaires qu’elle avait entamées à l’encontre des médias ayant enquêté sur elle, évoquant un geste d’apaisement à l’égard de la presse, sans pour autant reconnaître l’exactitude des faits publiés.


 

 

 

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