Quelles réalités vivent aujourd’hui les associations dans leur quotidien ? Quelles stratégies mettent-elles en œuvre pour relever les défis et continuer à agir au plus près des habitants ? Comment rappeler leur rôle essentiel dans le renforcement du lien social et de la démocratie ? La médiatisation de leurs difficultés est-elle à la hauteur des enjeux ?
Un état des lieux
« Nous ne sommes pas un secteur marginal, mais un secteur essentiel et une véritable force collective », a affirmé d’entrée de jeu Thierry Coulomb, président du Mouvement associatif des Hauts-de-France. D’après les chiffres qu’il a présentés, la région compte 100 000 associations actives, un million de bénévoles et 200 000 salariés. Un poids économique et social considérable. À l’échelle nationale, le monde associatif représente près de 2 millions de salariés et 20 millions de bénévoles, soit environ 3 % du PIB. Pourtant, malgré ces chiffres, la situation du secteur se dégrade depuis plusieurs années. Les associations font face à la hausse des charges, à l’inflation et à la stagnation, voire à la baisse des subventions.
Thierry Coulomb dénonce également une « instrumentalisation » du monde associatif : « On nous pousse vers les appels à projets, mais cela met les structures en concurrence et fragilise les plus petites », regrette-t-il. Le financement privé, souvent présenté comme une alternative, reste très limité : « Une entreprise n’ira pas financer un centre social de quartier à Roubaix. Le privé s’intéresse surtout aux grandes causes médiatiques, pas à nos actions de proximité », ajoute-t-il.
Selon les données du Mouvement associatif, 31 % des associations employeuses disposent d’une trésorerie inférieure à trois mois. 23 % rencontrent régulièrement des difficultés financières, et 31 % de manière ponctuelle. Près de la moitié des renouvellements de subventions ne sont toujours pas validés ; 5 % des demandes ont été refusées, 25 % des aides attribuées sont en légère baisse et 20 % connaissent une forte baisse. Résultat : 28 % des associations réduisent leurs activités, 18 % ne remplacent pas les départs, 16 % reportent leurs recrutements, et 8 % envisagent déjà un plan de sauvegarde avant même que les coupes budgétaires ne produisent leurs effets.
Les radios associatives, par exemple, ont failli perdre jusqu’à 33 % de leurs financements. « Chez nous, témoigne un journaliste de Radio Plus, cela aurait entraîné la suppression de deux postes, soit la moyenne d’une radio associative. Tous nos projets d’éducation populaire auraient été annulés. »
Rassemblement le 11 octobre
Face à cette situation, un appel à la mobilisation a été lancé pour le11 octobre dans toute la France. Ce rassemblement inédit vise à démontrer la force collective du monde associatif. « C’est la première fois qu’un rassemblement d’une telle ampleur est organisé. Nous voulons montrer que sans nous, la cohésion sociale s’effondre », explique Thierry Coulomb.
Pour les organisateurs, il ne s’agit pas seulement de défendre des budgets, mais de rappeler que les associations accompagnent les habitants à chaque étape de leur vie. Elles rendent des services d’intérêt général et contribuent à la mise en œuvre de politiques publiques en phase avec les réalités locales. Sans compter que le secteur associatif est un élément essentiel de l’Économie sociale et solidaire.
Le 11 octobre se veut également un appel à un sursaut politique en faveur du secteur associatif, avec des actes de confiance et une reconnaissance réelle de son rôle démocratique.
À Lille, le cortège partira de la Porte de Paris, avec un dress code rouge et noir.
Le plaidoyer, un outil de reconnaissance
Au quotidien, les associations s’efforcent de défendre leurs missions d’intérêt général et de faire entendre leur voix grâce au plaidoyer. Longtemps perçue comme une pratique réservée aux ONG ou aux lobbies économiques, cette démarche est désormais considérée comme une fonction essentielle du monde associatif.
« Les associations portent la voix des citoyens. Leur expertise issue du terrain permet d’éviter des politiques publiques déconnectées », souligne Claire Bizet, directrice du Mouvement associatif Hauts-de-France.
Le monde associatif, c’est avant tout la capacité des citoyens à se regrouper pour faire émerger de nouveaux droits. Claire Bizet rappelle, par exemple, le rôle des collectifs de malades du sida dans les années 1980, qui ont contribué à transformer une cause en droit reconnu.
Aujourd’hui, le plaidoyer se structure davantage, avec des formations spécifiques. Mais il soulève aussi des interrogations : faut-il hiérarchiser les causes ? « Pour nous, tout participe à la cohésion des territoires : la culture, le sport, le social, l’environnement. Nous défendons la pluralité associative », insiste Thierry Coulomb.
Dans cette dynamique, deux représentants de "Haute Fidélité", présents lors de la rencontre ont expliqué comment leur réseau s’est emparé de cette démarche. L’association qui rassemble et structure la filière des « musiques actuelles », mène depuis plusieurs mois un travail d’observation et d’enquête auprès des structures culturelles et des collectivités. Pour ses membres, les prochaines élections municipales seront l’occasion d’expérimenter concrètement le plaidoyer à l’échelle locale.
Le collectif prépare actuellement un kit de plaidoyer à destination de ses adhérents afin qu’ils puissent dialoguer directement avec les candidats sur leurs projets culturels et les enjeux liés à la vie associative. Un questionnaire sera adressé aux différentes listes pour les inviter à intégrer ces sujets dans leurs programmes et à engager un échange sur la place de la culture dans la société.
Cette démarche, expliquent-ils, vise à renforcer la mobilisation du secteur culturel tout en favorisant une parole collective, partagée entre les réseaux de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la culture.
La question du bénévolat a également été abordée. Si l’engagement reste fort, les associations peinent à recruter des responsables de gouvernance, souvent découragés par la complexité de la tâche. « Aujourd’hui, certains bénévoles doivent prendre des décisions difficiles : arrêter une activité, licencier, réduire les horaires d’ouverture. C’est démobilisateur », confie Claire Bizet.
La visibilité dans les médias
Dernier enjeu évoqué : la visibilité médiatique. De nombreuses associations reconnaissent ne pas avoir su investir suffisamment ce terrain, parfois en raison d’un langage trop technique ou peu accessible au grand public. Cependant, Thierry Coulomb observe des progrès dans leurs relations avec les médias. Une évolution confirmée par Claire Bizet, qui cite l’exemple d’une conférence de presse organisée en mai dernier, ayant permis d’obtenir une couverture médiatique satisfaisante.
Le principal obstacle de cette visibilité amoindrie reste toutefois le manque de formation des bénévoles et salariés à la communication avec les journalistes. Le président du Club de la presse a rappelé à ce titre le rôle de son organisation : favoriser les échanges entre associations et médias. Le Club propose depuis plusieurs années des formations pour aider les structures associatives à mieux communiquer.









































































