Cette initiative visait à engager une réflexion avec des journalistes et des étudiants en journalisme, futurs acteurs de terrain de l’information environnementale, sur le traitement des questions liées à l’environnement et au changement climatique.
Fin 2022, une « Charte pour un journalisme à la hauteur des enjeux climatiques », élaborée à l’initiative de journalistes et proposant plusieurs recommandations, a été communiquée à tous les médias. Avec ce colloque, le Club de la Presse souhaite, dans le cadre de son action d’éducation aux médias auprès des jeunes, intégrer l’information environnementale, notamment en luttant contre les fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux et en contrant les messages des climatosceptiques.
Lors de la table ronde, les échanges entre experts scientifiques, praticiens de terrain et responsables de la politique environnementale locale ont débuté par un état des lieux.
Quelques chiffres en préambule : à l’horizon 2050, la région pourrait connaître une diminution de 20 % de la disponibilité en eau. Le changement climatique anticipé pour le bassin Artois-Picardie d’ici 50 ans inclut une augmentation de la température de l’air de 2 °C et de la température de l’eau de 1,6 °C, ainsi qu’une élévation du niveau de la mer de 40 cm.
Un constat qui fait réagir Isabelle Matykowski : « D’après une étude nationale réalisée l’an dernier, nous aurons des périodes de sécheresse des sols plus longues, une pluviométrie pas forcément moindre mais décalée et intensifiée dans le temps, ce qui aura des conséquences sur l’adaptation et la gestion de cette intensité de pluies en termes de prévention des inondations, de ruissellement et de pollution. »
Le problème des prévisions et des scénarios est qu’ils restent hypothétiques, avec une probabilité plus ou moins importante de se réaliser.
« Dans notre région Hauts-de-France, des prévisions indiquent des changements climatiques à venir », explique Caroline Norrant, climatologue, « mais c’est surtout le régime des pluies qui devrait évoluer ».
C’est bien la répartition des pluies au cours de l’année qui va changer. La climatologue pense qu’il pleuvra à peu près autant qu’actuellement, mais avec des épisodes de pluies extrêmes et les périodes de sécheresse qui vont s’allonger.
Conflit d’usage
La modification de la répartition des pluies au cours de l’année impactera le débit des rivières et la sécheresse des sols, entraînant des sols plus secs.
Face au scénario prévoyant une augmentation de température de 4 °C d’ici 2100, il est évident que cela aura des conséquences sur d’autres paramètres climatiques, confient les invités de la table ronde.
« Si l’on prend l’exemple de l’eau, aujourd’hui, nous ne sommes pas encore confrontés à des conflits d’usage, ce qui nous laisse le temps de réagir pour les éviter » , souligne Isabelle Matykowski. Un conflit d’usage, c’est lorsque tout le monde demande de l’eau au même moment pour son activité : l’industrie, les agriculteurs, les habitants et la nature.
Dans d’autres régions, des conflits d’usage très forts existent déjà concernant l’accès à l’eau, comme en témoigne le dossier des bassines de Sainte-Soline.
Quelle est la situation aujourd’hui ?
La région a connu une succession de sécheresses en 2022, avec des restrictions d’usage de l’eau suivies, en hiver 2023-2024, des inondations à répétition dans le Pas-de-Calais, causant des traumatismes importants pour les habitants.
« Il faut que nous nous y préparions, notamment en visant la résilience de nos territoires », souhaite Isabelle Matykowski. Notre territoire est très dense, avec 6 millions d’habitants dans la région. Les Hauts-de-France constituent également un bassin très agricole, avec des cultures industrielles très consommatrices d’eau.
« Aujourd’hui, les nappes phréatiques sont remplies d’eau, une ressource qu’il faut préserver pour pouvoir la partager équitablement » ajoute Arnaud Gauthier, hydrologue à l’université de Lille. Il faut rappeler que la politique de l’eau est le réceptacle d’autres politiques urbaines, industrielles et agricoles.
95 % d’eau potable proviennent des nappes d’eau souterraines et la grande majorité de ces prélèvements est destinée pour la consommation humaine (60 %).
Comment recharger les nappes phréatiques
Permettre à l’eau de s’infiltrer pour recharger les nappes souterraines, cela veut dire les protéger et protéger les secteurs qui sont en connexion directe avec ces nappes, en limitant les pressions polluantes sur ces secteurs et l’artificialisation des sols" indique Simon Karleskind, directeur régional de l’ADEME Hauts-de-France.
L’eau étant une ressource limitée et pour mieux la préserver, nos invités rappellent que la prise de conscience est en bonne voie. Cela se concrétise par une renaturation d’un certain nombre d’espaces en ville, les aménagements urbains en milieu agricole, les pratiques agricoles qui favorisent l’infiltration de l’eau, et l’attention qu’il faut accorder à la santé du sol pour une meilleure infiltration.
C’est le cas des zones humides qui ont un rôle crucial en servant d’éponges favorisant l’infiltration parfaite.







































































