Un travail de mémoire face à l’indicible
« Comment peut-on survivre à tant de barbarie ? » C’est la question centrale de ce travail de mémoire que Pascal Caillé a voulu partager. L’échange, animé par Philippe Allienne, président du Club de la presse et rédacteur en chef de Liberté Actus, a donné lieu à un dialogue profond et émouvant autour de la transmission et du devoir de mémoire.
Un homme résilient, debout face à la barbarie
Pour Pascal, « Papa », comme il l’appelle affectueusement tout au long de cette rencontre, était un homme résilient qui n’a pas laissé la barbarie avoir raison de son humanité. Libéré à vingt ans après l’enfer des camps, Roger s’est reconstruit renonçant à toute idée de vengeance. Une philosophie de vie que traduit cet extrait, lu par Philippe Allienne :
« Depuis ma libération à Dachau, j’ai vécu soixante-trois ans, […] j’ai une famille heureuse, […] je possède une maison, […] Qu’est-ce que je peux encore demander à la vie qu’elle ne m’aurait pas donnée ? »
Le besoin de transmettre pour ne pas oublier
L’échange a replongé le public dans la mémoire de la Shoah, tout en éclairant la démarche de l’auteur.
« Papa avait écrit sept pages dactylographiées, c’est ce qui m’a permis de démarrer », confie Pascal. « Dès qu’on lui parlait de cette histoire, papa faisait des cauchemars. » « Il lui a fallu trente ans avant d’en parler et d’aller en pèlerinage dans l’un des camps », poursuit-il. Ce pèlerinage a été un déclic : Roger a compris qu’il avait besoin de transmettre, de témoigner afin d’empêcher l’oubli.
Un récit nourri d’archives et de mémoire familiale
Écrire sur son père n’a donc pas été une mince affaire pour l’auteur. En plus des écrits de son père, il s’est beaucoup documenté. « J’ai beaucoup puisé dans la littérature, je me suis gavé de livres sur la déportation, et petit à petit, j’ai construit le récit », raconte-t-il. Le livre de Pascal s’appuie sur plusieurs sources : des témoins, des cassettes, des reportages, des proches ayant connu Roger avant son arrestation. Un document précieux conservé par sa mère, une vidéo tournée par des journalistes où Roger raconte ses années de déportation, a constitué la pièce maîtresse de cette reconstruction.
Résistant dans l’âme, Roger avait refusé de travailler pour l’occupant. Il a été arrêté, emprisonné dans un camp à Compiègne, puis envoyé à Auschwitz, avant d’être transféré successivement dans plusieurs camps de travail et d’extermination (Buchenwald, Flossenbürg, Hersbruck et Dachau). Le récit de Pascal Caillé restitue cette trajectoire presque chronologique. Dans l’un des camps, ils étaient 186 dans le commando de travail ; trois seulement survivront. Roger fut l’un d’eux.
Écrire au présent pour garder la mémoire vivante
L’ouvrage La Fugue de Barbarie est écrit au présent, un choix lourd de sens pour Pascal Caillé. « Écrire au passé, c’est écrire comme si ça n’existait plus », souligne l’invité du Club. En redonnant vie au parcours de son père, il ravive une mémoire essentielle, à l’heure où disparaissent les derniers témoins directs de la déportation.
Philippe Allienne a également a salué la fluidité du texte, composé de chapitres courts qui se lisent d’une traite, sans jamais perdre le lecteur. Avec La Fugue de Barbarie, Pascal Caillé Pascal Caillé signe un hommage vibrant à son père, à son humanité, mais aussi à tous les anonymes qui ont su survivre sans jamais renoncer à leur dignité.








































































