Le Conseil régional des Hauts-de-France, un partenaire essentiel, a cessé son financement quand bien même la chaîne avait respecté le contrat qui la liait à la collectivité. Cet arrêt progressif était programmé et annoncé, se défend la Région. Certes. Le groupe Rossel, son propriétaire, ne suit pas. Le modèle économique, fondé sur un financement public-privé, a trouvé ses limites et les chiffres ont parlé. Certes. On notera par ailleurs que le référencement de Wéo, dans le bouquet des chaînes, arrivait très loin dans la liste, subissant ainsi un déclassement défavorable. Pourquoi ?
Climat tendu
A quelques mois des élections municipales, la potion est sévère. La région Hauts-de-France perd un média qui lui donnait un visage humain à travers ses portraits et reportages. L’information de proximité, que l’on dit tellement souhaiter et qu’on loue dans les colloques et les intentions, fait les frais d’une froide liquidation. Le million de spectateurs de la chaîne jugera. Ou pas. Ce dimanche 25 janvier à minuit, l’écran deviendra noir.
La disparition de cette télévision intervient dans un climat très tendu pour les médias. Le 14 mai 2025, alors qu’il était auditionné par une commission parlementaire dans le cadre de l’affaire Bétharram, le Premier ministre François Bayrou osait cette phrase : « Je ne lis pa s Médiapart, c’est une hygiène personnelle ». Les journalistes et les lecteurs du journal d’investigation en ligne auront apprécié le style et le bon goût.
Plus proche de nous, le 10 janvier de cette année, lors de la présentation des vœux à Féchain (Nord), le président du Conseil départemental du Nord, Christian Poiret, s’est laissé allé à cette déclaration sidérante : « On vire la presse et on évite de la lire ; comme ça, on vivra mieux ! ». Il s’exprimait avec sa casquette de président d’agglomération du Douaisis et en compagnie du maire de Féchain. Tous deux éprouvent visiblement quelque agacement (autorisons-nous cet euphémisme) face à la presse locale. Le président a ainsi parlé devant un publics d’habitants et d’élus.
La presse, heureusement, à réagi à cette saillie. « Ce n’est pas une simple maladresse, écrit Stéphanie Zorn, rédactrice en chef de La Voix du Nord. C’est le symptôme d’une dérive : celle d’élus qui supportent de moins en moins le principe même du contrôle démocratique. »
Nous partageons ce point de vue, tout comme les syndicats de journalistes qui n’ont pas manqué de protester. Nous le partageons d’autant que le président du Département du Nord commet ce dérapage dans un climat où la défiance vis-à-vis des journalistes atteint des sommets. Elle émane d’ élus et responsables d’extrême droite, comme le maire RN d’Hénin-Beaumont qui ne manque jamais une occasion de s’en prendre à la presse. Elle émane aussi d’élus et responsables politiques de l’arc républicain. Elle émane enfin de citoyens et citoyennes eux-mêmes lorsqu’ils se sentent mis en cause ou lorsque, plus simplement, ils considèrent que les journaux les desservent.
Agressions et cyberharcèlement
Cela a été le cas, ce 8 janvier lorsque des éleveurs tourangeaux ont agressé un journaliste d’ICI Touraine qui couvrait un rassemblement d’agriculteurs en colère. Un confrère de ce journaliste, pour la même radio, s’était fait insulter le matin même en ces termes joyeux : « Gauchiasses qui ne racontent que de la merde. »
Dans l’Hérault, quelques jours plus tôt, des ostréiculteurs de l’étang deThau s’en sont pris aux bureaux de « Midi Libre », à Montpellier, et ont tenté d’empêcher l’impression du journal. Motif : un traitement médiatique de la crise sanitaire touchant leur profession et qui ne leur convenait pas.
Dans le Nord enfin, le journaliste sportif Sylvain Charley a subit une campagne de cyberharcèlement de la part de supporters. Le 5 janvier, à l’antenne d’ICI Nord, il avait rapporté la tenue de propos et chants homophobes lors de la rencontre de Ligue 1 entre Lille et Rennes.
Les attaques contre la presse ne se limitent pas à la France. Mais plus que jamais, il est indispensable de défendre ce qui est un pilier de notre démocratie, de notre liberté. Le Club de la presse a été créé par des journalistes, il y a 34 ans, pour favoriser le dialogue et les rencontres avec le public. Le débat contradictoire ne doit surtout pas laisser la place aux règlements de comptes, à la défiance, à la haine.
A l’heure où l’information et la liberté de la presse semblent devoir devenir une cible, il nous faut tous les défendre, les protéger, les renforcer.
Philippe ALLIENNE






































































