Il existe aujourd’hui une centaine de conseils de déontologie journalistique ou de conseils de presse dans le monde. Le plus ancien a été créé en Suède en 1916. Au sein de l’Union européenne, dix-huit pays se sont dotés d’un conseil de presse, dont la Belgique qui en compte deux. En France, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) a été créé en 2019.
Cette instance constitue l’une des réponses apportées à la crise de confiance du public envers les médias, mais aussi aux tentatives de manipulation de l’information.
Invité du Club de la presse ce vendredi 18 septembre, son vice-président, Yann Guegan, a rappelé les trois objectifs qui ont présidé à la création du CDJM : défendre une information de qualité, favoriser le dialogue entre les médias et le public et contribuer à faire progresser la déontologie journalistique.
Le premier objectif consiste à promouvoir une information de qualité, notamment en formulant des recommandations et en identifiant les axes d’amélioration lorsque des erreurs sont constatées.
Le deuxième est de favoriser le dialogue entre les médias et le public, afin de rapprocher les deux parties et de restaurer la confiance.
Enfin, le CDJM entend contribuer à faire avancer la réflexion sur la déontologie journalistique dans son ensemble.
Depuis sa création, l’association a été saisie à de nombreuses reprises. Toutes les saisines ne présentent cependant pas le même degré de pertinence. Lorsqu’une saisine est jugée recevable, le dossier est étudié et des recommandations peuvent être adressées aux médias concernés. L’instance insiste notamment sur le respect de l’exactitude et de la véracité des informations, considérées comme les fondements du travail journalistique.
Le CDJM ne traite pas uniquement des affaires les plus médiatisées
Le 6 décembre 2025, un téléspectateur a saisi le CDJM au sujet de la chronique hebdomadaire de Caroline Fourest, « Fourest en liberté », diffusée dans l’émission « 24 h Pujadas » sur LCI le 14 octobre 2025. Il reprochait notamment à la journaliste de ne pas avoir respecté, sur plusieurs points, les principes d’exactitude et de véracité.
Dans sa saisine, il estimait que « LCI et Mme Caroline Fourest ont manqué à leur obligation déontologique de présenter les faits de manière exacte et véridique », considérant que ces manquements étaient d’autant plus préjudiciables que la chronique portait sur un sujet sensible et qu’elle avait précisément pour vocation de dénoncer les fausses informations.
La saisine a été jugée recevable. Pour Yann Guegan, les journalistes doivent avant tout « respecter les faits », rappelant que « le public a le droit de les connaître », conformément à la Charte d’éthique mondiale des journalistes de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), adoptée en 2019.
Le CDJM a adressé un courrier à la rédaction de LCI ainsi qu’à Caroline Fourest afin de les informer de la saisine et de recueillir leurs observations, conformément à son règlement. Ils disposaient d’un délai de quinze jours pour répondre. À ce jour, l’instance n’a reçu aucune réponse.
Le CDJM n’est pas un tribunal
Le CDJM tire notamment sa légitimité de la composition de son conseil. Celui-ci réunit différents acteurs de la société civile et du monde de l’information : organisations professionnelles, syndicats, sociologues, ONG, représentants du public et lecteurs.
Yann Guegan déplore toutefois l’absence des principaux groupes de médias au sein de l’instance.
Le CDJM n’a pas vocation à sanctionner les médias. Son rôle est avant tout de formuler des avis et des recommandations sur des contenus déjà publiés ou diffusés.
L’instance refuse par ailleurs toute intervention a priori : elle ne se prononce qu’après la publication d’un article ou la diffusion d’une émission. Elle entend ainsi préserver la liberté éditoriale, qui relève des directeurs et directrices de publication. Les choix éditoriaux demeurent libres et restent l’apanage des rédactions.
À l’heure des réseaux sociaux, les frontières du journalisme se brouillent.
Cette réflexion sur la déontologie intervient également dans un paysage médiatique en pleine transformation. L’information circule désormais largement par l’intermédiaire de plateformes comme TikTok ou YouTube. Cette hybridation des contenus contribue à brouiller la frontière entre journalistes et créateurs de contenus, certains pouvant parfois se présenter comme des professionnels de l’information sans relever pour autant du journalisme.
Le CDJM souhaite donc également s’adresser à ces nouveaux acteurs afin de leur rappeler les principes fondamentaux de la déontologie journalistique.
Dans ce contexte, le fact-checking constitue un outil important, mais il atteint aussi certaines limites. « Pour qu’un fact-checking soit efficace, il faut être de plus en plus rapide, avant que la rumeur ne se répande », souligne Yann Guegan.
La prudence des médias face aux fausses informations
En avril, plusieurs médias avaient relayé une information erronée selon laquelle de la drogue de synthèse aurait été retrouvée dans les effets personnels de l’eurodéputée (France insoumise), Rima Hassan, alors qu’elle était en garde à vue.
Selon l’émission « Complément d’enquête », qui avait recueilli le témoignage de plusieurs sources, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Laurent Nuñez, aurait lui-même contribué, au moins en partie, à la diffusion de cette information.
Cette affaire a donné lieu à un emballement médiatique, avec des interventions en direct sur les plateaux de télévision et des flashs d’information, à partir d’une déclaration de Laurent Nuñez. Le ministre avait confirmé ces éléments à plusieurs journalistes qui l’accompagnaient dans un train, au retour d’un déplacement officiel à Bordeaux, aux côtés du Premier ministre Sébastien Lecornu.
À la suite de cette affaire, le CDJM a publié un communiqué de presse afin d’appeler les rédactions à davantage de prudence et de renouveler ses recommandations concernant la couverture médiatique des faits divers.
L’instance insiste notamment sur la nécessité de croiser les sources et de vérifier qu’elles ne proviennent pas toutes d’une même origine. Elle recommande de « ne pas se contenter d’une source secondaire, ni unique, mais de rechercher la ou les sources primaires ».
Yann Guegan regrette par ailleurs le manque de vigilance de certains directeurs de rédaction de chaînes d’information dans ce type d’emballement médiatique.
Le CDJM peut également décider de faire des saisine spontanées, mais cette procédure reste exceptionnelle. L’instance privilégie les saisines du public pour intervenir et adresser ses recommandations aux médias concernés.
La question controversée de la labellisation des médias
À quelques mois de l’élection présidentielle, de nombreux sites d’information imitant parfois la présentation de médias existants apparaissent sur Internet grâce à l’IA. Dans ce contexte, l’évocation par Emmanuel Macron d’une possible « labellisation des médias » avait suscité une vive polémique.
Cette idée s’inspire notamment d’une initiative portée par Reporters sans frontières (RSF), la « Journalism Trust Initiative ». Lancé en 2021, ce dispositif permet aux médias volontaires d’obtenir une certification portant sur la qualité de leur processus de production de l’information au regard des principales règles déontologiques de la profession journalistique.
La question de la régulation de l’information ne se limite toutefois pas au CDJM. De nombreux acteurs, publics comme privés, participent aujourd’hui à la régulation du secteur des médias et cherchent à favoriser le respect des principes d’éthique et de déontologie.
Au sein même du CDJM, les organisations membres sont divisées sur la question de la « labellisation des médias », souligne son vice-président.







































































