Deux jours de grève tout de même ! Et un troisième évité de justesse. Radio France a vécu une rentrée houleuse après le recrutement du journaliste Charles Sapin pour une chronique hebdomadaire de 2 minutes 30 dans la matinale dominicale.
Finalement, le directeur adjoint de Valeurs Actuelles (recruté par la directrice de France Inter alors qu’il était encore journaliste pour « Le Point « ) n’aura tenu que deux chroniques. La mobilisation syndicale contre sa présence sur la radio publique aura eu raison de la décision et du positionnement de Céline Pigalle.
Ce que les syndicats, mais aussi une grande partie des salariés et de très nombreux auditeurs reprochaient à Charles Sapin était, précisément, le titre pour lequel il travaille : « Valeurs Actuelles ». Un journal d’extrême droite qui tente laborieusement de faire oublier ce qui l’a fait condamner à trois reprises pour provocation à la haine raciale, injure publique à caractère raciste, diffamation.
Débat ou pluralisme de façade ?
En recrutant le journaliste d’un média très controversé, la direction de France Inter a voulu répondre à l’obligation de pluralisme que doit satisfaire le service public. Les reproches et attaques de la récente commission d’enquête et du rapport de Charles Alloncle, député de l’Union des Droites pour la République (UDR), ont très certainement motivé le choix de Céline Pigalle.
Mal lui en a pris. Face à la fronde des salariés, elle a proposé à Charles Sapin de remplacer sa chronique par un débat contradictoire. Il a décliné avec le panache d’un noble d’épée : « Ce serait une censure préventive », a-t-il commenté.
Censure préventive . Le débat contradictoire ne vaut-il pas un pluralisme de façade ? Car le pluralisme ne saurait être l’addition ou la juxtaposition d’opinions différentes, disséminées dans une semaine de radio. Alors, après cet épisode qui se termine en eau de boudin, les ténors des chaînes de Vincent Bolloré s’enflament. L’un crie à la démission du service public, l’autre à la victoire du parti LFI (dont feraient partie tous les syndicat ? Ou parce que Mme Danièle Obono autrefois caricaturée en esclave noire, chaînes au cou et aux pieds, est membre de ce parti ?) D’autres encore appellent à la démission de Céline Pigalle.
Un peu de sérieux. Celles et ceux qui crient à la faillite du pluralisme sur le service public sont les mêmes qui ne respectent pas le pluralisme chez eux. Et qui, évidemment, ne respectent pas la neutralité également réclamée au service public de l’audiovisuel.
Le pluralisme et la neutralité ne veulent pas dire qu’il faut absolument ouvrir la porte à ceux qui en sont les ennemis. France Inter n’a pas vocation à devenir Radio Paris. Or, les défenseurs de Charles Sapin, ou plutôt de « Valeurs Actuelles », souhaitent majoritairement la privatisation de l’audiovisuel public. Cela figure dans le programme de Marine Le Pen. Les lendemains ne sont pas forcément appeler à chanter la République.
La Ligue de la Liberté, dirigée par Guilhem Caraton, vice-président de l’UDR (le parti de Charles Alloncle) est lui aussi vent debout et vient de saisir l’Arcom pour protester contre le retrait de Charles Sapin. « Le pluralisme n’est (…) pas une faveur que la direction accorde ; c’est une obligation du service public », se défend-il.
« Figure emblématique »
En 2020, le Conseil de déontologie du journalistique et de médiation (CDJM) rendait un de ses premiers avis après la publication de « Valeurs Actuelles » sur Danièle Obono : Cette publication lit-on dans cet avis, « est contraire en de nombreuses occurrences à la déontologie journalistique au sens de la Charte d’éthique professionnelle des journalistes et de l’article 8 de la Charte d’éthique mondiale des journalistes ».
La loi Léotard de 1986 exige l’impartialité du service public. Cela entend l’absence de parti pris, de préjugé, de préférence ou d’idée préconçue. Dans le rapport que Bruno Lasserre (vice-président honoraire du Conseil d’Etat) a remis à l’Arcom, fin mai, on parle de « pluralisme exemplaire » avec un « enjeu crucial d’image et d’apparence ». L’une de ses recommandations porte sur la désignation de « figures emblématiques donnant à voir et à entendre un pluralisme effectif ».
Est-ce à dire que le directeur-adjoint de « Valeurs Actuelles » serait une de ces figures emblématiques ? Par son appartenance à un magazine d’extrême droite ? Son apport aurait-il vraiment contribuer à renforce le pluralisme ? Et de l’ensemble d’opinions différentes exprimées sur France Inter, aurait-on trouv é une réelle neutralité ?
Les salariés de Radio France et les auditeurs ont plutôt vu une porte ouverte à un courant anti-républicains. Ils s’y sont opposés. Ils ont obtenu gain de cause.
Par : Philippe Allienne






































































