Médiapart dans le viseur du RN après son enquête sur Jordan Bardella

, par redaction@clubdelapressenpdc.fr

Propos antisémites attribués à Jordan Bardella : le RN contre-attaque, Mediapart défend son enquête
Le Rassemblement national conteste fermement une enquête de Mediapart attribuant à Jordan Bardella des propos antisémites tenus dans des échanges privés en 2013. Le président du RN dénonce des « faux grossiers » et annonce une plainte pour diffamation. De son côté, le média d’investigation maintient ses révélations et dénonce les attaques du parti contre la presse.

La polémique enfle autour de Jordan Bardella. Dans une enquête publiée lundi 28 septembre, Mediapart affirme avoir retrouvé des dizaines de conversations écrites datant de 2013, alors que le président du Rassemblement national était encore un jeune militant du Front national. Le média assure avoir fait authentifier ces échanges de manière indépendante.

Selon Mediapart, Jordan Bardella aurait notamment tenu des propos antisémites et relayé des théories complotistes autour d’Israël, des banques et du « nouvel ordre mondial ». L’enquête évoque également une proximité intellectuelle avec les thèses d’Alain Soral.

Jordan Bardella rejette catégoriquement ces accusations. Il affirme ne jamais avoir tenu de tels propos, que ce soit à l’oral ou à l’écrit, et qualifie les documents publiés de « faux grossiers ». Il a annoncé que son avocat avait déposé une plainte en diffamation contre Mediapart.

Le RN dénonce une opération de déstabilisation

Depuis la publication de l’enquête, les principaux responsables du RN ont fait bloc autour de leur président.
Jordan Bardella a dénoncé une « tentative d’assassinat politique » et évoqué les prémices d’une « guerre totale » visant, selon lui, à déstabiliser le parti à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Marine Le Pen a également pris la défense du président du RN. Lors d’une conférence de presse, elle a déclaré à propos de Mediapart : « C’est à Mediapart, je crois, qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en kevlar », ajoutant qu’une réponse serait apportée à la manière dont le média se comporte.

Ces déclarations ont suscité des réactions politiques. La députée écologiste Léa Balage El Mariky a annoncé son intention de saisir le procureur de la République sur le fondement de l’article 40 du Code de procédure pénale, estimant que ces propos « ressemblent à des menaces de mort ».

Au sein du RN, la ligne de défense consiste également à rappeler les exclusions prononcées ces dernières années contre certaines personnalités accusées d’antisémitisme. Jean-Philippe Tanguy a ainsi évoqué la « racaille antisémite qui a été purgée » au sein du parti dans les années 2010.

Une polémique qui ravive la question de la dédiabolisation du RN

Les révélations interviennent alors que le Rassemblement national cherche depuis plusieurs années à mettre en avant sa rupture avec certaines positions historiques de l’extrême droite française.
Le sujet est particulièrement sensible pour le parti, qui s’est notamment présenté comme un « bouclier des juifs ». Les accusations rapportées par Mediapart ravivent donc les interrogations sur l’évolution idéologique du mouvement et sur sa stratégie de dédiabolisation.

Jordan Bardella a contesté les faits qui lui sont attribués. il a également affirmé que les documents seraient poursuivis pour faux et évoqué une opération organisée depuis plusieurs mois pour déstabiliser le RN.
Un soutien venu d’Israël

La polémique a également suscité une réaction en Israël. Amichaï Chikli, ministre israélien chargé de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme, a publié une photographie le montrant aux côtés de Jordan Bardella sur le site du festival de musique Nova, théâtre du massacre du 7 octobre 2023.
La photographie a été prise lors du déplacement de Jordan Bardella en Israël dans le cadre d’une conférence consacrée à la lutte contre l’antisémitisme.

En France, Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a déclaré à l’AFP que le RN « n’a jamais fait partie de l’arc républicain et n’en fera jamais partie ».

Mediapart défend son enquête

Face aux attaques du RN, Mediapart a défendu son travail. Lénaïg Bredoux, co-directrice éditoriale du média, a dénoncé une « violence sidérante » et des « propos menaçants d’une grande gravité ».

Le média affirme que les échanges publiés ont fait l’objet de vérifications et maintient les informations contenues dans son enquête. Fabrice Arfi, coresponsable du pôle enquêtes de Mediapart, a par ailleurs annoncé mercredi 30 septembre que de nouvelles révélations seraient publiées dans les prochains jours.
L’affaire se déplace désormais sur le terrain judiciaire. Jordan Bardella a annoncé une plainte pour diffamation contre Mediapart, tandis que le média maintient ses accusations.

Par : Juliette Carlier


 

 

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