Moldavie : Les élections législatives et le tourisme au cœur d’un débat au Club de la presse

, par Faouzia

Ce dimanche 28 septembre, les Modaves sont appelés aux urnes pour les élections législatives. Quelques jours avant ce très important rendez-vous, le Club de la Presse Hauts-de-France a consacré un débat à ce pays frontalier de l’Ukraine, rarement mis en avant dans les médias.

Ludovic Lascombe, journaliste au « Courrier Picard » et administrateur du Club de la presse est allé en Moldavie en juillet dernier. Il faisait alors un reportage sur la compagnie ukrainienne SkyUp Airlines qui relie l’aéroport de Beauvais-Tillé (dans l’Oise) à celui de la capitale moldave, Chișinău. La ligne maintient en effet un service régulier entre l’Europe et l’Europe de l’Est et propose désormais deux vols par semaine
Il s’est notamment interrogé sur le fonctionnement de cette compagnie et sur la manière dont elle s’adapte à la situation géopolitique, en plein conflit russo-ukrainien. La Moldavie cherche de son côté à renforcer le tourisme.
Pour témoigner devant les membres et invités du Club de la presse, Ludovic Lascombe était entouré d’Étienne Peyrat, directeur de Sciences Po Lille, et en visio depuis la capitale moldave, d’Andrian Gurdis, responsable d’une agence de voyage à Chișinău. La rencontre était animée par Hugues Chaigneau, administrateur du Club.

Au centre d’une guerre hybride et informationnelle

Rappelant que la Moldavie, ex-république fédérée de l’URSS, a proclammé son indépendance en août 1991, Étienne Peyrat a décrit une situation géopolique comparable à celle de la Géorgie. Ces deux pays, explique-t-il, possèdent en effet des territoires sécessionnistes, subissent des pressions russes, et vacillent entre l’héritage soviétique et la volonté d’intégrer l’Union européenne.
Pour Andrian Gurdis, la Moldavie est aussi au centre d’une guerre hybride et informationnelle. « On sait que la Russie investit à peu près 10 % du PIB moldave dans cette campagne électorale », souligne-t-il. Pour lui, la Moldavie est un véritable « terrain de test pour la propagande russe ». Il explique que la désinformation touche la société à plusieurs niveaux : sur les réseaux sociaux, dans les flyers distribués localement ou via des relais à l’étranger. Elle vise, assure-t-il, à « faire monter la peur et jouer sur les différents acteurs ». Pourtant, dit-il, il existe une volonté forte des autorités et des citoyens de rejoindre l’UE.

A l’heure des élections législatives

Le directeur de Sciences Po Lille précise : « Avec la guerre en Ukraine, l’Union européenne a été obligée de se positionner par rapport à la Moldavie plus clairement qu’auparavant. » Jusqu’en 2022, Bruxelles considérait que la Moldavie pouvait rester « dans une orbite un peu russe », sans en faire une priorité. Mais l’invasion de l’Ukraine a changé la donne. Le pays a obtenu le statut officiel de candidat à l’Union européenne, ce qui a provoqué un durcissement de la position russe.

Désormais, « les stratégies russes s’affinent », ajoute-t-il. « L’objectif pour Moscou n’est plus seulement de prôner un retour à l’Union soviétique, mais de fragmenter la vie politique et de semer la confusion, au risque de rendre le pays difficilement gouvernable. »
Cela dépasse d’ailleurs la Moldavie, dit encore Étienne Peyrat : « La polarisation, la désinformation, la manipulation des clivages sont aussi des risques qui nous concernent directement en Europe occidentale. » Selon lui, nul doute que les élections seront « hyper scrutées » par Bruxelles et Washington. Et « c’est mérité d’avoir un peu de couverture pour montrer ce qui se passe en Moldavie », a-t-il ajouté, insistant sur l’importance de mettre en lumière la réalité de ce pays souvent oublié dans les grands récits médiatiques.

Population mobilisée

Andrian Gurdis, quant à lui, souligne que la population moldave reste mobilisée malgré les tentatives de déstabilisation. Pour lui, la manipulation et la propagande russe créent une fatigue informationnelle, mais n’empêchent pas les Moldaves de s’engager dans le débat politique et de se préparer activement aux élections. Il insiste par ailleurs sur la place de la diaspora dans ce prochain scrutin. La diaspora moldave compte environ un million de personnes en Europe et dans le monde, ce qui représente un poids électoral considérable.

Parmi le public de la rencontre, François Motte, chargé d’organiser les bureaux de vote pour les quelque 30 000 Moldaves établis dans les Hauts-de-France, souligne également l’importance de cette diaspora. Ce détail fondamental n’a pas échappé à un autre participant (journaliste pour Liberté Actus.fr) pour qui, sans le vote et le soutien massif de la diaspora, l’actuelle présidente Maia Sandu, candidate de l’axe euro-atlantique, n’aurait sans doute pas été élu lors de la présidentielle de 2024. Même chose pour le référendum récemment organisé sur l’adhésion à l’Union européenne et remporté de justesse avec 50,3 des voix.

Polarisation entre deux pôles d’influence

Ainsi, estime le journaliste, la Moldavie demeure « très polarisée entre la Russie et l’UE ». Et Mme Sandu n’est pas seulement pro-européenne. Elle affiche aussi son atlantisme. Quid alors des résultats des élections législatives de ce dimanche et de ce qui va suivre ? « Le peuple modave, interroge le journaliste, n’est-il pas finalement pris en otage et sommé de se positionner au sein bloc euro-atlantique ? Si les partisans de Maia Sandu et de l’adhésion à l’UE et à l’Otan l’emportent, comment réagira Moscou. Des troupes russes sont toujours positionnées en Transnitrie, une bande de terre entre la Moldavie et l’Ukraine.
D’autre part, si ce sont les partisans de la Russie qui font pencher le scrutin en leur faveur, une contestation ne manquera pas de se développer sur fond d’accusations d’ingérence russe. Une crise grave est alors possible.

Le moldave Andrian Gurdis avoue qu’un tel scénario est plausible. Pour ces élections, il faut aussi compter sur le rôle, et le poids, qu’aura le parti « Alternative » d’Alexandr Stoianoglo. Ce dernier incarne une sorte de troisième voie, critique de Maia Sandu, mais se tenant prudemment à distance des opposants les plus durs à cette dernière.

Réponse ce dimanche.

Le tourisme, un enjeu économique de taille pour la Moldavie

Le tourisme représente aujourd’hui une ressource importante pour la Moldavie, même si le pays reste l’un des moins visités d’Europe et figure encore dans le « top 5 » mondial des destinations les moins fréquentées. Depuis 2013, rappelle Andrian Gurdis, le gouvernement a engagé des efforts pour structurer ce secteur, avec la création d’un office national du tourisme et la mise en valeur de ses principaux atouts. Dix ans plus tard, une véritable carte touristique s’est dessinée, centrée sur la gastronomie, la culture et l’environnement. Le pays abrite certaines des plus grandes caves du monde, héritées de l’époque soviétique, dont les galeries souterraines s’étendent sur plusieurs dizaines de kilomètres, affirme l’intervenant.

Lors de la rencontre au Club de la presse, des questions ont également porté sur les conditions de vie dans les campagnes moldaves. Un représentant de l’Agence de l’Eau Artois-Picardie a témoigné du « décalage énorme » entre les infrastructures urbaines et rurales.
Andrian Gurdis explique que ces différences tiennent aux initiatives locales : « Certains maires ont su profiter des programmes européens pour développer leur village, d’autres non. Résultat : des régions bien connectées coexistent avec d’autres privées d’eau courante ou de routes praticables. Il a également insisté sur la résilience de la population. Malgré la pauvreté et l’exode, « beaucoup de Moldaves veulent revenir, investir et développer des projets entrepreneuriaux ». La diaspora, selon lui, jouera un rôle essentiel pour rééquilibrer ces inégalités territoriales.


 

 

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