Parmi les hommages qui lui sont rendus, celui de Macha Méril, actrice et sociétaire emblématique des « Grosses Têtes », résume une partie de ce qui faisait la singularité de l’animateur. Sur franceinfo, lundi, elle a salué un homme qui avait eu « une invention géniale, celle d’unir le rire à la culture ».
Créées par Philippe Bouvard en 1977, « Les Grosses Têtes » sont rapidement devenues une institution radiophonique. Pendant 37 ans, l’animateur a installé autour du micro un mélange inédit de comédiens, humoristes, artistes et personnalités du monde de la culture.
« Son talent principal, c’était les invités et les inventions », raconte Macha Méril, évoquant cette alchimie entre « les gens de culture et les humoristes ». Mais, selon elle, l’essentiel était ailleurs : « Il riait lui-même. On y allait pour ça, pas pour faire carrière, ni pour se faire connaître, on venait pour s’amuser. »
Une carrière commencée dans la presse
Né le 6 décembre 1929 à Coulommiers, en Seine-et-Marne, Philippe Bouvard s’était d’abord destiné au journalisme. Il entre au Centre de formation des journalistes à Paris en 1948 avant de rejoindre Le Figaro, où il commence comme garçon de courses au service photo. Il y gravit progressivement les échelons.
Au fil des décennies, il travaille pour plusieurs grands titres, notamment France-Soir, Paris Match, L’Express et Le Point. Il devient notamment rédacteur en chef, directeur puis éditorialiste de France-Soir.
« Les Grosses Têtes », l’œuvre de sa vie
C’est bien à la radio que Philippe Bouvard va construire sa légende. En 1977, il prend les commandes des « Grosses Têtes » sur RTL. L’émission devient l’un des rendez-vous les plus populaires de la station et accompagne plusieurs générations d’auditeurs.
En 2014, après 37 ans à l’antenne, il quitte la présentation de l’émission, non sans émotion. « Vous allez me manquer », avait-il lancé à ses auditeurs, estimant que les « Grosses Têtes » représentaient « sans doute la partie la plus heureuse » de sa vie .
Laurent Ruquier, qui lui succède, lui rend hommage sur RTL : « C’est un maître pour moi. » Il salue également celui qui avait contribué à installer l’impertinence au cœur du paysage audiovisuel français.
Un passeur pour toute une génération d’humoristes
Philippe Bouvard a également marqué la télévision. De 1982 à 1987, il présente sur Antenne 2 « Le Petit Théâtre de Bouvard », émission de sketchs devenue un véritable vivier de talents.
Muriel Robin, Mimie Mathy, Pascal Légitimus, Chevallier et Laspalès : nombreux sont les humoristes qui y ont fait leurs premiers pas ou ont contribué à populariser leur talent auprès du grand public.
Installé à Cannes avec son épouse Colette, avec laquelle il était marié depuis plus de 70 ans, Philippe Bouvard continuait de cultiver jusqu’à ses dernières années son goût pour l’écriture et pour les échanges avec son public.
Fin 2024, sur RTL, il évoquait encore le lien particulier qui l’unissait à ses auditeurs, forgé par des décennies de radio. « Le fait de parler aux gens », expliquait-il, c’était aussi « leur donner une partie de soi-même ».
Pour Macha Méril, cette relation résumait peut-être mieux que tout le reste l’héritage de l’animateur. Elle se souvient d’un homme attaché à la langue française, qu’il maniait avec exigence et qu’il n’hésitait pas à défendre à l’antenne.
Avec la disparition de Philippe Bouvard, c’est une voix familière de la radio française qui s’éteint, mais aussi une certaine idée du divertissement : celle d’un spectacle où l’humour pouvait côtoyer la culture, l’impertinence et le goût des mots.







































































