En 2023, Chris Hoff avait été lauréat du Prix du roman de la gendarmerie nationale pour son premier roman, « Mekiro » (chez Plon). L’action se déroulait en Polynésie française et reposait sur un socle de fantastique et de surnaturel pour aller vers l’enquête policière. Cette fois, c’est l’inverse. Si le récit bifurque vers le surnaturel, et prend le lecteur à son piège (une histoire de sorcellerie dans les marais de Clairmarais (près de Saint-Omer), il revient au galop sur les chemins de l’investigation policière.
Chris Hoff joue à merveille de ces ressorts pourtant si différents pour entraîner le lecteur à ne pas le lâcher. Il y a du souffle, il y a du rythme, il y a du suspense. Un vrai plaisir. Mais l’auteur sait aussi nous faire emmêler les pinceaux en nous imposant des fausses pistes dès le début. A commencer par le nom du personnage central, le commissaire Auzaguet. Le jeu de mot est audacieux en ce sens qu’il semble nous promettre des pages drôles et loufoques. Il n’en est rien. Ce commissaire, ancien militaire reconverti dans la police judiciaire, est un personnage empreint de sérieux, de rigueur et de cartésianisme. Il défend par ailleurs une déontologie de son métier qui ne peut le faire dévier, malgré le danger et des situationa apparamment inexplicables.
Autre fausse piste, le policier se voit confier une mission consistant à valider un risque d’épidémie de choléra partant du littoral du nord (notamment de Calais) et dont les marins anglais seraient la cause sur fond de contrebande. En fait, Auzaguet passera beaucoup plus de temps dans l’Audomarois plutôt que sur les quais calaisiens. Sur sa route, il découvrira par hasard, un village en proie à la peur et près de se défendre contre une sorcière maléfique. Ce village est celui de Clairmarais que l’auteur décrit comme s’il y avait vécu (alors qu’il est parisien, qu’il a fait ses études dans les Alpes maritimes et qu’il a passé une partie de sa vie en Afrique !). Du reste, il donne force détails sur Aire-sur-la-Lys et Saint-Omer. Il faut y voir le résultat heureux d’une sérieuse recherche historique.
Et puis, à lire les premières pages du roman, on pourrait également s’attendre à un polar politique : la main de l’étranger ou encore la haine de la République que nourrit un certain maréchal Soult, figure de l’épopée napoléonienne et devenu ministre de la guerre de Louis Philippe. Chris Hoff, fort généreux en détails et références historiques, implante solidement l’action de son roman au cœur de la monarchie de juillet, et plus précisément en 1832.
Nous nous gardons bien ici de divulgâcher l’intrigue de « Pour un dernier sabbat » et nous laissons au lecteur le plaisir de se laisser conduire dans une région, certes très pluvieuse, et dans une histoire passionnante.
Parce que Chris Hoff, pour être un jeune auteur, a le don de raconter, de narrer pour, enfin, nous tenir en haleine tout au long de ces 216 pages. Sa plume nous fait rencontrer des travailleurs souvent bourrus, mais toujours dotés d’un cœur riche et d’un sens de l’hospitalité légendaire (mis à part bien sûr les quelques vrais méchants qui ne manquent pas). Elle nous fait aussi redécouvrir un territoire, l’Audomarois, parcouru à pied, à cheval ou à bord des bacôves, ces barques à fond plat « qui coulent point ». Elles sont, dit un des protagonistes, « nos charrettes à nous pou’pousser sur les canaux ».
L’auteur ne se prive pas d’utiliser le chti’mi, pour donner le réalisme nécessaire à ses personnages. Il excelle à faire alterner l’imparfait et le passé simple. C’est sa manière de passer de la description à l’action, garantissant ainsi un rythme très soutenu.
Nous apprécions des tournures littéraires recherchées, comme celle-ci, page 135 : « La tombe de la marquise était d’une effroyable beauté, la pierre sépulcrale dressée, tout juste, sous les branches pendantes d’un saule pleureur pluriséculaire. Tout y était calme et tranquille. »
Chris Hoff ne nous offre pas un simple polar, fut-il historique. Il nous convie à un voyage dans le temps et dans notre langue.
Philippe ALLIENNE
Pour en savoir plus, visionnez la rencontre avec l’auteur :
Vidéo : Juliette Carlier
Note :
« Pour un dernier sabbat » est édité à compte d’auteur, via l’agence d’auto-édition Librinova. On peut le commander sur https://www.librinova.com/librairie/chris-hoff/pour-un-dernier-sabbat








































































