En présentant un état des lieux de la situation hydrique de la région Hauts-de-France, les scientifiques et journalistes participants ont invité à faire « un usage parcimonieux par rapport à la ressource en eau, de façon à pouvoir partager entre différents usages et à faire évoluer l’industrie et les pratiques agricoles ». Les discussions se sont ensuite orientées vers la qualité de l’eau, et la polémique qui a fait l’actualité en raison des récentes contaminations.
« Dans la région, la qualité de l’eau s’améliore globalement, que ce soit pour les eaux de surface ou souterraines », affirme Arnaud Gauthier, hydrologue et chercheur à l’Université de Lille. Une évolution positive, selon lui.
Les contaminations aux nitrates ont presque disparu. Toutefois, la région fait face à de nouveaux types de pollution, notamment dues aux produits phytosanitaires et aux pesticides. L’hydrologue souligne que plus de 1 000 polluants sont aujourd’hui suivis. La surveillance était beaucoup plus restreinte il y a quelques décennies. « Détecter ces polluants est une bonne chose. Si nous pouvons agir dessus, nous pourrons mettre en place des traitements adaptés pour améliorer la qualité de l’eau », ajoute-t-il. Il assure que l’eau du robinet est aujourd’hui l’un des produits les plus surveillés en France, avec un nombre d’analyses considérable.
Consommation de l’eau, l’agriculture pointée du doigt
L’agriculture essuie aussi des reproches pour sa consommation d’eau et son impact environnemental. En réaction, Louise Tesse, rédactrice en chef du journal agricole Terres et Territoires a tenu à repréciser la réalité des agriculteurs et les efforts engagés. « Il y a une prise de conscience, notamment face aux effets du changement climatique », souligne t-elle. La journaliste estime que les agriculteurs sont à la fois les premiers témoins et les premières victimes du changement climatique. De fait, Ils sont conscients de la nécessité d’adapter leurs pratiques, mais ces transformations prennent du temps. Concernant l’utilisation des produits phytosanitaires, la situation est plus complexe. Si les agriculteurs doivent évoluer, ils ne peuvent pas porter seuls la responsabilité de cette transition. « Il ne faut pas que l’agriculteur soit le seul à subir ces contraintes alors que l’enjeu est sociétal », met-elle en garde.
L’agriculture est insérée dans un système où l’industrie agroalimentaire impose ses exigences, comme la culture de la pomme de terre, très gourmande en eau.
Mais au-delà de la consommation d’eau, l’agriculture pourrait également jouer un rôle clé dans la gestion des inondations. « Certaines pratiques agricoles peuvent limiter le ruissellement excessif et favoriser l’infiltration de l’eau », souligne Isabelle Matykowski, directrice générale de l’Agence de l’eau Artois Picardie.
Repenser la gestion de l’eau pour éviter les inondations
À l’automne dernier, La Voix du Nord et RCF Hauts-de-France se sont interrogés sur les risques d’inondation en cas de nouvelles pluies torrentielles dans le Pas-de-Calais, notamment dans le delta entre Saint-Omer, Calais et Dunkerque. Il s’est avéré que la situation aurait pu être tout aussi critique qu’en 2023.
Selon les experts de terrain et les scientifiques, le risque zéro en matière d’inondations n’existe pas, car il s’agit d’un phénomène naturel. Mais l’artificialisation des sols au cours des dernières décennies a aggravé le problème. La construction de logements, nécessaire face à la densification de la population, a modifié l’équilibre naturel des sols et des cours d’eau.
« Des solutions sont cependant possibles pour prévenir les inondations, notamment les zones humides et les prairies inondables qui permettent de réguler les crues d’eau, » affirme Isabelle Matykowski. « De même, restaurer les méandres des rivières, plutôt que de les canaliser, ralentit l’écoulement et réduit les risques » poursuit - elle.
Une chose est sûre, les participants sont tous d’accord pour dire qu’il faut repenser la gestion de l’eau à l’échelle des bassins versants. Il est nécessaire de travailler en amont pour ralentir l’eau et permettre son infiltration, aussi bien en milieu urbain que rural.







































































