Informés jeudi de l’ouverture de négociations, avant la tenue d’un CSE extraordinaire lundi, les syndicats ne cachent pas leur inquiétude. Pour eux, une cession du groupe « n’est pas une surprise ».
Une entreprise fragilisée par plusieurs restructurations
Le groupe Sud Ouest emploie aujourd’hui environ 700 salariés, dont 230 journalistes. Ces dernières années, l’entreprise a connu plusieurs restructurations. En 2024, 81 départs ont été enregistrés. Cette année, un nouveau plan prévoit une cinquantaine de départs, entre départs volontaires et non-remplacements, d’ici à 2028.
Interrogé par l’AFP, le sociologue des médias Jean-Marie Charon estime que Sud Ouest est « un des titres de PQR qui a le plus rogné dans sa rédaction, fragilisant ainsi sa capacité à se renouveler éditorialement ».
Détenu à environ 80 % par la famille Lemoîne, héritière de Jacques Lemoîne (1895-1968), fondateur du journal en 1944, le groupe Sud Ouest rassemble la SAPESO, société éditrice de Sud Ouest, mais aussi plusieurs titres régionaux, parmi lesquels La Charente Libre et La République des Pyrénées. Le groupe possède également des activités dans l’événementiel, avec Côte Ouest, et dans l’audiovisuel, avec Écrans du Monde.
Les inquiétudes des syndicats face aux rumeurs de rachat
Selon un élu du Syndicat national des journalistes (SNJ), les rumeurs de rachat s’étaient multipliées ces dernières semaines. Plusieurs noms avaient circulé, notamment celui de Vincent Bolloré, dont le groupe contrôle Canal+, CNews, Europe 1 et le Journal du dimanche, ainsi que celui de Jean-Michel Baylet, à la tête du groupe La Dépêche.
« Les méthodes ne correspondent pas aux valeurs de Sud Ouest. L’inquiétude était grande », explique l’élu du SNJ.
Dans ce contexte, l’entrée en négociations avec Rossel a été présentée comme une décision mûrement réfléchie par les actionnaires familiaux.
Rossel présenté comme un partenaire « solide » et « familial »
L’ouverture des négociations avec le groupe belge Rossel constitue une « décision lourde », prise « à l’unanimité » de la cinquantaine d’actionnaires, avec « beaucoup d’émotion », a déclaré à l’AFP Tristan Lemoîne, vice-président du conseil d’administration de GSO.
Il défend le choix de Rossel, qu’il décrit comme « un actionnaire très solide, familial », partageant « des valeurs communes avec les nôtres ». Il souligne également son caractère « apolitique » et affirme que le groupe « n’intervient pas dans la ligne éditoriale de ses médias ».
Pour Rossel, l’opération s’inscrit dans une stratégie plus large de développement dans la presse française.
Un projet encore soumis aux autorités de la concurrence.
Dans un entretien accordé à La Voix du Nord, Bernard Marchant, administrateur délégué du groupe Rossel et président de Rossel France SA, confirme que le projet doit encore franchir plusieurs étapes.
« L’accord actionnarial doit passer par la consultation des instances représentatives du personnel et la validation des autorités de la concurrence. Nous espérons une finalisation d’ici la fin de l’année, idéalement en novembre », précise-t-il.
Le dirigeant insiste sur le poids de la presse quotidienne régionale (PQR), qu’il considère comme « le premier média de France ». Le rapprochement avec Sud Ouest doit permettre à Rossel de renforcer son implantation sur le marché français et, plus largement, sa capacité à investir face aux grandes plateformes numériques et aux GAFAM.
Bernard Marchant estime également qu’une taille critique plus importante est nécessaire pour conserver, à long terme, une capacité d’investissement suffisante dans les activités de presse.
Rossel assure disposer des moyens financiers nécessaires
Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. Interrogé sur les moyens financiers mobilisés, Bernard Marchant assure que le groupe Rossel ne porte aucune dette et que Rossel France dispose des ressources nécessaires pour mener à bien l’opération « sans prendre de risque financier déraisonnable ».
Si le projet aboutit, le groupe Rossel changera ainsi d’échelle dans la presse régionale française, avec un portefeuille renforcé autour de ses titres existants, dont La Voix du Nord.
Le dossier 20 Minutes également sur les rails
Autre dossier stratégique pour le groupe : celui de 20 Minutes, dont le rachat par Ouest-France est actuellement en discussion.
Bernard Marchant assure qu’il n’existe « aucun problème de fond » avec Ouest-France et indique que les discussions se poursuivent.
Le projet de cession de Sud Ouest reste, lui, suspendu à la consultation des représentants du personnel et au feu vert des autorités de la concurrence. La prochaine étape est attendue lundi, avec la réunion du CSE extraordinaire.
Faouzia Allienne






































































