A quoi sert la commission de la carte de journaliste ?

Le premier tour de l’élection des représentants des journalistes à la CCIJP (commission de la carte d’identité des journalistes professionnels) a eu lieu le 15 mai dernier avec un taux de participation particulièrement faible (35%). Avant le second tour, organisé du 4 au 14 juin, le Club de la presse Nord – Pas de Calais a convié trois représentants des journalistes pour rappeler le rôle de cette commission et son fonctionnement, lors d’un débat d’actualité le mercredi 30 mai.

Les trois invités représentent chacun un niveau de l’organisation de la CCIJP.

Katty Cohen, secrétaire de rédaction aux Echos (SNJ-CGT) est l’une des 8 élu(e)s représentant les journalistes à la Commission nationale (et candidate pour une réélection en 2012), auxquels s’ajoutent les 8 représentants désignés des patrons de presse. Cette commission se réunit tous les 15 jours pour statuer sur les cas litigieux, vérifie que les candidats remplissent les conditions fixées en terme de statut, d’intitulé de poste, de nature d’activité et de revenu.

Franck Bazin, journaliste à la Voix du Nord, est correspondant régional (SNJ) de la CCIJP, à nouveau candidat en 2012. Dans la pratique, son rôle consiste à aider la Commission pour les premières demandes de cartes venant de sa région et de vérifier les informations fournies par le candidat. Pour la région Nord – Pas de Calais on compte en moyenne 50 demandes de premières cartes par an.

Bruno Espalieu, journaliste à France 3 Nord - Pas de Calais est membre du syndicat USJ – CFDT, candidat au poste de correspondant régional de la CCIJP. Comme les autres syndicalistes, il est un relais local d’informations et peut apporter une aide pour la constitution de dossier de carte de presse.

Mathieu Hébert, président du Club de la presse, Franck Bazin, journaliste à la Voix du Nord (SNJ), Katty Cohen, secrétaire de rédaction aux Echos (SNJ-CGT) et Bruno Espalieu, journaliste à France 3 Nord - Pas de Calais, membre du syndicat USJ – CFDT (photo Ludovic Finez)

Scruter les évolutions du métier

Interrogés sur le faible intérêt suscité par le premier tour de l’élection des représentants, les trois intervenants pointent plusieurs explications. « La carte, on comprend son intérêt quand on ne l’a plus » résume Franck Bazin. De fait, lorsque c’est l’employeur qui gère les demandes de cartes, les journalistes sont moins impliqués dans ce processus qui assure leur représentation. La faible représentation syndicale, notamment dans les petites structures de PHR, freine également la circulation de l’information. La Commission joue pourtant un rôle important qu’il ne faut pas minimiser. A travers l’évolution des demandes de cartes, elle scrute l’évolution du journalisme : nouveaux métiers, nouvelle façon de rémunérer les journalistes... En choisissant de valider ou pas une carte de presse, on peut valider une évolution du métier.

La Commission est donc particulièrement attentive aux dérives : l’activité du demandeur relève-t-elle du champ du journalisme ? L’employeur respecte-t-il la convention collective ? Katty Cohen reconnaît que l’apparition des nouveaux supports (internet) rend plus difficile le maintien d’une cohérence globale dans les décisions. La réflexion porte de plus en plus sur la notion même de travail journalistique. C’est notamment sur ces points que les représentants des journalistes et des patrons de presse peuvent avoir des avis divergents. Travailler pour un média ne signifie pas automatiquement être journaliste ; à l’inverse le travail journalistique n’est plus forcement l’apanage des médias. Parmi les exemples évoqués, celui de l’équipe du Petit Journal de Canal+ dont une partie de l’équipe n’a pas reçu de carte de journaliste.

Le genre « infotainment  » brouille les pistes. Franck Bazin rappelle d’ailleurs que la Commission n’a pas pour vocation de juger la qualité du travail des journalistes ou leurs conditions de travail. Citant les exemples de la presse people et des matinaliers assurant les décrochages locaux de radios nationales, il constate que la précarité progresse, au point de rencontrer « de plus en plus de situations incroyables » comme ce stagiaire, adjoint d’un chef de rubrique dans news magazine, gérant 25 pigistes pour 760€ par mois. Il arrive également que la Commission assouplisse un peu ses critères pour aider un journaliste. L’obtention de la carte peut lui permettre alors de défendre son statut.

Et dans l’avenir ?

Quel est le futur de la carte de journaliste ? Des perspectives se dessinent, elles seront à vérifier dans l’avenir. Certains patrons de presse demanderont-ils un jour que la carte de presse soit rattachée à un groupe de presse et non plus uniquement à un titre ? Les patrons « poussent pas mal sur la reconnaissance du statut d’auto-entrepreneur  », rapporte sans surprise Katty Cohen. La représentante du SNJ-CGT aimerait quant à elle que les bordereaux répertoriant les demandes de cartes d’une rédaction soient consultables par les délégués du personnel pour vérifier que ces demandes concernent réellement des journalistes.

N.B.


 

 

 

La Vie du Club

ESPACE PRESSE