Ali Anouzla devant ses juges
Le club de la presse soutient les journalistes menacés

Arrêté le 17 septembre et emprisonné à la prison de Salé II, près de Rabat, le journaliste marocain Ali Anouzla doit passer en jugement ce mardi 22 octobre. La veille à midi, le Club de la presse du Nord – Pas de Calais et l’Association marocaine des droits humains (AMDH Nord France) accrochent une affiche de soutien sur la façade du Club.

Rendez-vous ce lundi 21 octobre, à 12h00, 17 rue de Courtrai à Lille. Deux affiches seront accrochées sur la façade du Club de la presse. La première porte les portraits des journalistes otages en Syrie, Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres.

A côté, la seconde affiche réclame la libération du directeur du site d’information lakome.com, Ali Anouzla. Pour cette dernière action, le Club se joint au comité nord de l’Association marocaine des droits humains et au comité de soutien qui s’est constitué dans la région.

Co-fondateur, avec Ali Anouzla, de lakome.com, le journaliste Aboubakr Jamaï est récemment venu à Lille pour sensibiliser l’opinion sur le sort de son confrère et sur le contexte qui entoure son arrestation. Il se dit convaincu que seule une mobilisation internationale, voire une intervention de Paris, Bruxelles et Washington auprès de Rabat, sera de nature à infléchir le régime et à entraîner la libération d’Ali Anouzla.

Aboubakr Jamaï, lors de sa venue à Lille pour sensibiliser l’opinion sur le sort d’Ali Anouzla.

Charges surréalistes

Le 24 septembre, quelques jours après son interpellation, Ali Anouzla a été inculpé au titre de la loi marocaine relative à la lutte contre le terrorisme du 28 mai 2003 et qui prévoit des peines pouvant aller jusqu’à 6 et 20 ans d’emprisonnement.

Il lui est reproché d’avoir publié un article renvoyant à un lien du quotidien espagnol El Pais qui diffusait une information concernant une menace d’AQMI (Al Qaida au Maghreb Islamique) contre le Maroc. Ce lien renvoyait lui-même au lien d’une vidéo d’Aqmi évoquant cette menace.

Selon l’AMDH, les charges retenues « sont surréalistes : aide volontaire à la commission d’actes terroristes, assistance matérielle et apologie de crimes terroristes !  ». Pour Aboubakr Jamaï, qui lui n’a pas été inquiété, son confrère n’a fait que son métier de journaliste en informant ses lecteurs, comme l’a fait le journal espagnol El Païs. Surtout, insiste-t-il, il n’a pas enfreint la loi de 2003. Celle-ci précise en effet que seront poursuivie ceux qui « incitent à la violence et au terrorisme » et/ou qui provoquent « un danger imminent  » pour le pays.

En revanche, explique le co-directeur de lakome.com, la vidéo d’Aqmi évoque pour la première fois la corruption du régime marocain. Or, Ali Anouzla, et son journal, ont déjà dénoncé cette corruption et se sont clairement positionnés pour une révision réelle de la constitution. Comme l’écrit l’AMDH, « cette arrestation s’inscrit dans le cadre d’une politique d’intimidation, de répression et d’arrestations à l’encontre des militants des droits humains, des journalistes, d’avocats et des jeunes du Mouvement 20 février. »

Mystification

Aboubakr Jamaï ne mâche pas ses mots sur le tournant opéré lors de l’arrivée au pouvoir du roi Mohamed VI. La libération d’expression dont on veut le créditer, explique-t-il, est « une mystification ». En fait, assure-t-il, on assiste rapidement à un durcissement dès le début des années 2000. A l’époque, son quotidien, « Mon Journal  » en a su bit les conséquences en battant les records de condamnations en dommages et intérêts. En même temps, les rentrées publicitaires ont chuté de 80%. Pire, en 2007, Aboubakr Jamaï a été condamné pour diffamation à 3 millions de Dirhams (150 000 euros) et a dû se résoudre à l’exil. Aujourd’hui, « Mon Journal » n’existe plus. Le site lakome.com ne peut véritablement le remplacer, même s’il s’emploie à diffuser de l’information de manière indépendante. Ali Anouzla en paie vraisemblablement le prix.

Ph. A


 

 

 

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