Aujourd’hui dans la presse régionale - mardi 29 août 2006

Après un mois de vacances, la revue de la presse quotidienne revient. Chaque jour, nous essaierons de donner la principale tendance de l’information et de son traitement par les quotidiens et autres périodiques de la région. Le week-end et le lundi matin, nous vous donnons rendez-vous pour une revue augmentée des titres hebdomadaires.

LE DRAME DE ROUBAIX- Durant la semaine dernière, les quotidiens ont longuement parlé du terrible incendie qui a ravagé, dimanche matin 20 août, un immeuble du boulevard Beaurepaire, à Roubaix. Le bilan est très lourd : six morts dont deux enfants, et huit blessés dont un bébé de six mois. « Liberté Hebdo » y consacre sa couverture du 25 août sous le titre « Six morts accusent » et s’attache aux causes profondes du drame.
Dans son éditorial, Bruno Cadez dénonce « l’aubaine saisie par un marchand de sommeil louant à des prix exorbitants des chambres minuscules, permettant de loger le maximum de personnes dans un minimum de place ». Rappelant l’incendie survenu à Paris, il y a un an, « une fois encore, écrit-il, ce sont les pauvres qui meurent brûlés vifs dans ces ersatz de logement ». Il va jusqu’à évoquer des « systèmes mafieux » qui prospèrent « d’abord en raison du manque criant de logements sociaux ». Pour lui, « toute la politique du logement ces dernières années a essentiellement consisté à encourager la spéculation, à exonérer à tour de bras les cessions de biens immobiliers, à offrir des facilités fiscales pour les constructions du type de celle de Roubaix, mais à ne surtout pas mettre les moyens de construire les centaines de milliers de logements sociaux qui seraient nécessaires pour loger les personnes des milieux populaires ».
Toujours dans « Liberté Hebdo », Jean-Louis Bouzin pose lui aussi la question du « manque criant de logements sociaux ». « Certes, admet-il, Roubaix est bien engagé dans un programme ANRU qui vise à démolir des logements anciens pour en construire de nouveaux. Mais comme le notait, mardi, l’élu communiste Jean-Pierre Marescaux, "au final, il n’y aura pas de logements en plus, il y en aura même moins sur Roubaix" ».
Le rédacteur en chef de l’hebdomadaire communiste s’étonne enfin et regrette : « Le fait est que les commentaires, pourtant nombreux autour du drame de Roubaix, ont peu souligné la question du manque de logements […]. Chacun aura remarqué également le silence assourdissant du ministre nordiste au logement, Jean-Louis Borloo. » Et il rappelle cette absence d’attention accordée par les médias à la mort, vingt-quatre heures après le drame de Roubaix, d’un sans domicile fixe dans l’incendie d’un squat à Ferrière-la-Grande. « Combien faudra-t-il encore relever de corps calcinés avant que l’on se décide à considérer le Logement (notons la majuscule portée à « Logement ») comme un droit et non plus comme un marché où les profits sont d’autant plus grands que le logement est rare… ? »

Dans son édition de ce mardi matin, « La Voix du Nord » revient sur ce dossier et se demande si le permis de louer ne serait pas la solution pour lutter contre les marchands de sommeil. « Il a fait ses preuves en Wallonie », souligne le quotidien. Mais jusqu’à présent, « le lobbying exercé par de puissantes fédérations de propriétaires » empêche son application en France. Alors, on trouve des histoires « d’une banalité effroyable » comme celle que nous raconte Olivier Berger. L’histoire d’un couple et d’un bébé de quatre mois qui vivent dans un local de 45m² , dépourvu de fenêtre, et dont la porte d’entrée donne directement sur le parking du Général-Sarrail, à Roubaix. « On entend le passage de rats et de souris dans le plafond ». Plus sordide encore : pour la mairie, ce logement n’existe pas ; il est recensé comme issue de secours d’un ancien magasin ! « Le sympathique proprio n’hésite pas à leur louer ce deux pièces indigne pour 450 € », ajoute le journaliste. L’APL , versée directement au propriétaire, s’élève à 337,87 €. Le couple met dont 118,13 € de sa poche. « Il est donc possible, écrit Olivier Berger, qu’un propriétaire perçoive l’allocation logement de locataires d’un appartement fantôme ». Dans un autre article, Bernard Virelle explique que « La Caf traque les logements indécents et les propriétaires indélicats ». Mais la tâche s’avère particulièrement ardue. « Entre ne rien faire et faire un petit peu, je préfère la seconde solution », avance une assistante sociale.

TRAGIQUE MOIS D’AOUT - Signe de la rentrée, « Nord Eclair » revient également sur l’incendie de Roubaix, sans exclure que les causes pourraient être criminelles. A ce propos, on ne peut que frémir devant ce fait divers, rapporté par Aurélie Jobard. Quatre jours après ce drame, deux mineurs (15 et 16 ans), ont été interpellés après deux tentatives d’incendie dans un immeuble lillois. « J’ai voulu faire comme à Roubaix. Mais sans faire de morts… », aurait déclaré l’un deux.
Le quotidien roubaisien consacre ses deux premières pages régionales à une tragique rétrospective du mois d’août. Sous le titre « Tragique mois d’août dans la région… », il dresse une liste consternante. Outre l’incendie, il évoque les trois accidents qui ont fait plusieurs blessés et un mort sur la voie rapide urbaine Lille-Roubaix-Tourcoing, l’enlèvement d’une fillette au Touquet, le 9 août, la séquestration d’un homme de 78 ans, en situation de précarité sociale et psychologique, par un couple de Zeggerscappel. « Nord Eclair » n ’oublie pas le feuilleton de Numericable, largement commenté par « Liberté Hebdo » du 25 août. Si « Nord Eclair » y voit « comment un simple changement de fréquences a pu révéler l’addiction des hommes à leur télé », l’hebdo de la rue d’Inkermann note l’incompétence avec laquelle l’opérateur rend son service. Il écrit que « l’ouverture du marché des télécoms a semble-t-il créé un effet d’aubaine pour des groupes à l’affût de ce gisement de clients et de profits, mais les moyens, tant humains que matériels, visiblement, ne suivent pas ».

LE PREFET NOUVEAU EST ARRIVE : CE N’EST PAS POLITIQUE - Arrivé samedi dernier à Lille, le nouveau préfet de région, Daniel Canepa, a pris officiellement ses fonctions hier. Avec une « avalanche de cérémonies qui l’ont amené à rencontrer plusieurs corps de métiers de l’Etat », explique « La Voix du Nord », qui ajoute : « Il y a eu également cet entretien matinal avec Marc-Philippe Daubresse, élu mais aussi haute personnalité de la droite régionale ». Une manière pour Christophe Caronde souligner que le successeur de Jean Aribaud est un proche de Nicolas Sarkozy, dont il a été directeur adjoint de cabinet, place Beauveau, en 2002, avant d’être nommé secrétaire général du ministère de l’Intérieur. Face à la presse, hier soir, il a « réfuté la nomination politique dont certains l’accusent d’avoir bénéficié », écrit Candice Leblanc dans « Nord Eclair ». Il assure d’ailleurs s’être proposé lui-même pour le Nord - Pas de Calais ! Il y a quelques semaines, « La Voix du Nord » avait relevé la valse des grands commis de l’Etat dans la région, à quelques mois de l’élection présidentielle. Les priorités de Daniel Canepa : la sécurité… et la cohésion sociale. Dans l’ordre. L’ordre, c’est bien normal.

L’UNIVERSITE DE LIONEL, PIERRE, MARTINE, FRANCOIS, JACK, SEGOLENE ET TOUS LES AUTRES … - Pas d’ambiguïté cette fois : nous parlons bien politique. Le sujet : l’Université d’été du Parti socialiste, à La Rochelle. Les acteurs : voir ci-dessus, pour une liste non exhaustive. Autour de l’un d’entre eux, Lionel Jospin présenté -parfois, souvent- comme un possible recours. Dimanche, « La Voix du Nord » titrait en Une : « Lionel Jospin à cœur ouvert ». Ce mardi, « Nord Eclair », sous la plume de Didier Husson estime que « Jospin complique le jeu ». Pour notre confrère, « le rendez-vous de La Rochelle n’était pas destiné à trancher le débat, mais à vérifier les forces en présence. […] S’il faut designer un perdant, les regards se tournent en bonne logique vers celle qui avait le plus à perdre. » Entendez : Ségolène Royal, « dont la force tient à son impressionnante popularité mesurée par les sondages, pas à des confrontations d’idées au sein du parti ». Martine Aubry n’a du reste pas manqué de décocher une flèche particulièrement acérée contre la chérie des sondages : « Quand le débat n’est pas à la hauteur, les Français choisissent sur l’image, sur l’anecdote. » Pour en revenir à Jospin, « c’est lui qui a créé l’événement de ces journées, assure Didier Husson. En quelques phrases sorties de ses tripes, il a soldé son drame personnel de 2002 ».

Mais qu’en pense Pierre Mauroy ? Il faut s’accrocher. Hervé Favre, dans « La Voix du Nord » de ce mardi, prévient : « Si quelques déclarations antérieures avaient pu laisser penser que le cœur de Pierre Mauroy penchait de plus en plus vers Ségolène Royal, l’ancien Premier ministre de François Mitterrand est reparti de La Rochelle pour Lille convaincu de la supériorité de François Hollande sur tous les candidats déclarés ! » Lionel, le recours ? « Je l’aime beaucoup, mais je ne crois pas qu’au PS avec un tel Premier secrétaire nous ayons besoin d’un recours ». En tout cas, écrit Hervé Favre, « Pierre Mauroy attendra […] avant de se prononcer et de peser de tout son poids sur le vote de la fédération Nord, de connaître la décision de François Hollande qui n’a jamais, lui aussi, exclu d’entrer dans la danse ! »

« Nord Eclair » nuance davantage la position de M. Mauroy. Si ce dernier a expliqué que « la sagesse c’est d’attendre », il n’accorde pas moins « pour 2007 une légitimité supérieure à François Hollande ». Et il mouche les « anti-Ségo en délivrant une leçon basique de stratégie politique : "A force de vous acharner à décrier Ségolène Royal, vous la faites grimper dans les sondages" ». A Raphaël Tassart, à qui il accorde une interview, il confirme qu’« il faut pour l’heure soutenir François Hollande. C’est une question de correction ».

Dans son éditorial, Jules Clauwaert évoque une « situation courtelinesque, puisque François Hollande est évidemment supposé tenir balance égale entre les concurrents ». En même temps, « il peut fort bien se retrouver le candidat du recours ». Quant à Jospin, « la confession tardive de ses erreurs suffira-t-elle à gommer sa retraite, un soir de défaite électorale ? », demande l’éditorialiste de « Nord Eclair ». Quelles chances, finalement, pour Ségolène Royal ? Jules Clauwaert propose cette réponse : « Est-il interdit d’imaginer que les Français ne sont pas mécontents qu’une élue socialiste leur parle du respect des autres, d’un ordre juste, en France et dans le monde, de la valeur "travail" dans la compétition économique, de la cellule de base de toutes solidarités que constitue la famille ? Et pourquoi la gauche devrait-elle exclure la simplicité de son langage ? » Un éditorial brillant que « Sarko », concurrent de « Ségo », ne manquera sans doute de méditer.

Titres du 28 août 2006

Philippe Allienne


 

 
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