Aujourd’hui dans la presse régionale - Mardi 5 septembre 2006

De la victoire des anciens salariés de Stein, qui fera figure de précédent, à la « peopolisation » de la campagne de Sarkozy, l’actualité est savoureuse. Au lendemain d’une rentrée scolaire pas si facile que cela…

ALSTOM POUR L’EXEMPLE - Deux minutes. C’est le temps qu’il a fallu hier au Tribunal de Lille pour rendre son jugement contre Alstom : la société devra payer 75.000 euros d’amende et indemniser tous les salariés qui ont été exposés à l’amiante, les « ex-Stein » de Lys-lez-Lannoy. Montre en main, Delphine Tonnerre, de « Nord Eclair », n’en a pas perdu une miette. « Il est 14h10, et l’audience est levée, rapporte-t-elle. Les poignées de main et accolades sont de rigueur. Sylvain Stanesco reçoit une première bise assortie d’un "Bravo !" de Martine Aubry, venue en personne à l’audience ». Les anciens salariés de Stein sont soulagés et on les comprend. Après un très long et très dur combat, ils peuvent crier victoire. Même si, comme le pense un ancien délégué syndical, « les neuf mois de prison avec sursis prononcés à l’encontre de Bernard Gomez paraissent (…) "bien légers quand on entend que les erreurs ont été prouvées et répétées entre 1998 et 1991" ». « L’argent ne rachète pas leurs angoisses », commente « Nord Eclair ». Dix camarades sont morts ». Mais, comme le souligne Delphine Tonnerre, « cette décision de justice est une première. Une victoire qui servira aux autres ».
Frédérick Lekluyse, dans « La Voix du Nord », renchérit en parlant d’un « authentique événement qui s’est produit à Lille ». Il note que « pour la première fois en France, une entreprise et son responsable ont été pénalement reconnus coupables d’avoir mis en danger la vie de leurs salariés en les exposant à l’amiante ». On comprend que le président de l’association des victimes de l’amiante (Ardeva) n’en revenait pas. « Jusqu’à hier, explique « La Voix du Nord », ce sont uniquement les tribunaux des affaires de sécurité sociale (donc les contribuables) qui se chargeaient d’indemniser les personnes malades ». Reste à attendre si Alstom va décider ou non de faire appel. En attendant, reprend notre consœur de « Nord Eclair », « le combat continue : le 29 septembre, à la cour d’appel de Douai, c’est cette fois concernant leur licenciement que les ex-Stein se retrouveront ».

RENTREE - Lundi matin, dans l’académie de Lille, ils étaient 870.000 élèves à faire leur rentrée dans le premier et second degré, public et privé. « La Voix du Nord » nous apprend que « le secondaire connaît une chute de ses effectifs, aussi bien dans les collèges (-2,5%) que dans les lycées (-2,35%), du fait de la baisse démographique ».La démographie, précisément, provoque quelques effets parfois surprenants sur les chiffres de la rentrée. Nomba Danielle, dans « La Voix du Nord », souligne par exemple le cas de cette école primaire de Reclinghem, dans l’Audomarois. « La cloche [y] a retenti hier pour la première fois de puis sa fermeture… il y a vingt quatre ans. Une réouverture liée à l’augmentation du nombre d’enfants scolarisés au sein d’une communauté de trois petits villages ». Ailleurs, à la Chappelle d’Armentières, lit-on dans le même reportage, c’est une classe qui finit par ouvrir après comptage et une occupation de l ’école par les parents d’élèves !
Il n’empêche. La réalité demeure triste même quand de nouveaux enseignants sont recrutés. Alors que le nouveau recteur de l’académie de Lille, Bernard Dubreuil, confie à Mathieu Thuillier, dans les colonnes de « Nord Eclair », que la rentrée s’est passée sans incident, les reportages sont beaucoup plus nuancés. Nomba Danielle (« La Voix ») n’oublie pas les revendications et les inquiétudes des syndicats qui dénoncent notamment « les classes sans professeurs », dans les collèges, comme ces classes de maternelles qui vont recevoir jusqu’à 42 enfants. Matthieu Millecamps, pour « Nord Eclair », parle d’une « rentrée en trompe-l’œil » pour noter que « les sujets de grogne sont nombreux » et qu’une première action syndicale est prévue dès ce mercredi. Il fait également le point sur le nouveau label « Ambition réussite » concernant les collèges. Dans la région, ils sont 28 à le porter, en remplacement des établissements en ZEP. Mais les syndicats dénoncent déjà : « Il n’y a eu aucun moyen supplémentaire. Les 5ème et 4ème se sont vu supprimer une demi-heure de cours pour parvenir à l’équilibre. Il s’agit d’un autofinancement total ».
A signaler encore, avec Bernard Virel et David Laurence (« La Voix du Nord ») ces « 158 Rmistes du Nord, censés épauler le personnel enseignant dans diverses activités », mais qui « sont finalement restés à la porte des écoles ». Recrutés dans le cadre de « la loi Borloo qui prévoit la création dans l’académie de Lille de 4 100 emplois de "vie scolaire", destinés en priorité aux personnes en difficulté sociale », ces allocataires du RMI n’ont pu prendre leur poste parce que le Conseil général du Nord n’a pas signé leurs contrats. Le président du Département, Bernard Derosier, s’en explique : « Les Rmistes peuvent signer ce type de contrat, tout en continuant de percevoir leur allocation, sauf qu’alors… l’Etat ne compense plus ». C’est sûr, le bras de fer entre le président du Conseil général et l’Etat est bien engagé.

Il y a tant à dire et à écrire sur cette rentrée ! A commencer, peut-être, par ce « bon sens » que prêche Jules Clauwaert, dans « Nord Eclair ». « Le bon sens, écrit-il, veut (…) que l’on cesse de prêcher l’égalité des chances, si l’on accepte que des adolescents de toutes origines soient largués dès leur arrivée au collège, parce qu’ils n’ont pas la base suffisante ni en français ni en mathématiques ». Dans « La Voix du Nord », Eric Dussart porte son commentaire sur une « rentrée sans papiers et pleine d’angoisse ». Il évoque ces « enfants comme les autres » qui ont le trac de la rentrée mais qui, en plus des autres, vivent une « mélancolie sourde qu’ils traînent au fond de leur cartable, et qu’ils ont héritée de leurs parents. Quand papa doit sortir, il marche tête basse. Quand maman les emmène à l’école, elle rase les murs. Parce qu’ils n’ont pas de papiers ». Notre confrère pointe du doigt cette autre réalité de la rentrée : « Contrairement à ce qu’avait claironné le ministre de l’Intérieur, la rentrée est là et "l’affaire des sans-papiers" n’est pas "réglée". Et ce concours d’entrée là promet d’être sans merci. Il y a trente mille candidats. Il ne doit y avoir que six mille reçus ».

DOC SARKO, LES JEUNES ET LES ARTISTES - Un mot, justement sur le ministre de l’Intérieur ou plutôt sur le président de l’UMP et son discours de « rupture », ce week-end, à Marseille. Hervé Favre raconte la clôture de cette université, dimanche, et a bien noté la réponse de Nicolas Sarkozy aux mises en garde que lui avaient lancées Dominique de Villepin et Michèle Alliot-Marie. De cette même tribune, rappelle le journaliste, tous deux « l’avaient exhorté à s’appuyer sur le bilan de l’équipe en place plutôt que de chercher à s’en démarquer à tout prix ». Et Sarkozy de répliquer : « "Quand on ne veut pas de rupture, c’est qu’on n’a rien compris à la politique". » «  Ni aux aspirations de la jeunesse », ajoute le journaliste. « A cette jeunesse, écrit Hervé Favre, Nicolas Sarkozy offre en modèle les hommes de la Renaissance, les soldats de l’An II, les poilus de 14-18, le jeune résistant communiste Guy Moquet et, en anti-modèle, la génération de leurs parents ».
Dans « Nord Eclair », Didier Husson estime cependant que Sarkozy est un « candidat de fausse unanimité ». « A la différence de ce qui se passe au PS, admet-il, ce ne sont pas seulement les sondages qui l’on virtuellement investi : il tient aussi l’appareil, qui décidera le moment venu ». Pourtant, ajoute notre confrère de « Nord Eclair », « l’action gouvernementale, depuis plusieurs mois, ne le met guère en vedette : tandis qu’il se débrouille plus ou moins bien avec les dossiers de l’immigration, c’est sur le front économique et social, sur les dossiers de Thierry Breton et de Jean-Louis Borloo, que se marque l’embellie ». Ainsi, selon Didier Husson, les jeux sont loin d’être faits. « Il n’en faudrait pas moins pour donner des ailes à ses adversaires ».

Ce mardi matin, « L’Humanité » jugeait que « la rupture de Sarkozy, c’est la France en miettes », en estimant que « le projet du président de l’UMP laisserait libre cours à l’ultralibéralisme. ». « Libération » titrait quant à lui sur la « peopolisation » qu’il qualifie de « grande dérive ». « En vue de la présidentielle de 2007 et face aux artistes mobilisés contre sa politique, Sarkozy drague le show-biz », peut-on lire en Une. On sait en effet que l’intervention du président du l’UMP a été prononcée en présence de Johnny Hallyday, qui vient d’adhérer à l’UMP, et de Doc Gynéco. Certes, le soutien des artistes, à gauche comme à droite, n’est pas un phénomène nouveau. Mais on peut s’interroger, avec Robert Belleret, du « Monde », sur « la montée en puissance de l’intérêt de Sarkozy pour les gens du spectacle, des acteurs ou auteurs aux people du show-biz ». Dans un article aussi long que passionnant daté du 2 septembre et intitulé « les baladins de Sarko », il met en avant le rôle joué par son conseiller Pierre Charon, dont « l’activité est si voyante que les journalistes politiques l’ont déjà bombardé "conseiller rires et chansons" ». Robert Belleret explique que le travail d’approche des artistes ne relève pas du hasard. Il fallait passer du trio Reno, Barbelivien, Clavier à « une plus grande formation ». Alors, dès qu’une « vedette » ou une « star » « prononce le nom de Sarkozy, elle est contactée ». Pierre Charon précise qu’ « on ne leur demande pas de s’engager, chacun conserve sa casaque. Mon but est atteint lorsqu’un artiste invité glisse ensuite à ses amis : "J’ai dîné avec Sarkozy, ce n’est pas un nazi" ». Ça, c’était avant la polémique née autour de la chanson de Renaud, « Elle est facho » et sur laquelle « Aujourd’hui en France » revient avec force détail et les explications de l’auteur.
Second élément, de taille, relevé dans l’article du « Monde » : notre confrère relève que Sarkozy partait « avec un gros handicap sur le terrain de la culture si habilement ensemencé par Jack Lang ». Alors, il « l’a patiemment travaillé ». Et Pierre Charon reprend : « Tout à commencé à la mairie de Neuilly. Nicolas avait l’opportunité de rendre des services à ses administrés, y compris à pas mal de stars. Ça a continué à Bercy, où le ministre des Finances ne refusait jamais de recevoir les artistes en proie à des petits problèmes fiscaux. Et à l’Intérieur, c’est aussi facile, car ça ne fait jamais de mal de connaître le premier flic de France ». Notre confrère du « Monde » commente : « Ainsi s’est mise en place une machine à décomplexer, à intéresser. Et plus si affinités… ».

Philippe Allienne


 

 
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