Comment raconter la guerre. Des journalistes régionaux témoignent au Club de la presse

, par Faouzia

Mardi 31 mai, le Club de la presse Hauts-de-France a reçu Éric Dussart et Pascal Bonnière, grand reporter et photojournaliste à la Voix du Nord, et Denis Paillard, photographe indépendant. De retour d’Ukraine pour les deux premiers, auteur d’un travail sur Srebrenica pour le troisième, ils ont raconté leur vécu sur le terrain.

Chaque terrain de guerre est spécifique, mais tous ont en commun la douleur et la souffrance de la population civile (femmes, enfants, hommes, personnes âgées). Pour Eric Dussart, grand reporter depuis 27 ans et qui a connu plusieurs terrains de guerre comme Srebenica, le Kosovo, etc., le journaliste ressent plus humainement la guerre lorsqu’il est sur le terrain. Le bilan que fait le journaliste de ses deux reportages en Ukraine est troublant. Les troupes russes ont détruit au moins trois quarts des villes comme Boucha, Kiev, Irpin, Kharliv. Tel un ouragan, ils ont tout ravagé sur leur passage. Le désespoir de la population est tel qu’on pouvait lire dans leur regard « une invitation à partager leur histoire avec le monde entier » précise Éric Dussart. Avec Pascal Bonnière pour les images, ils ont recueilli les témoignages de victimes à Boutcha, Kiev ou Ispin.

Toute l’horreur ne peut être publiée

Selon les journalistes, ce qui compte dans le reportage en milieu de conflit, ce n’est pas la géopolitique mais le fait de rapporter le vécu et l’émotion de la population. Les massacres, les viols de femmes et d’adolescents (parfois devant les membres de la famille des victimes), donnent lieu à des témoignages glaçants et racontent le traumatisme de la population qui a fait le choix de rester sur place ou qui n’avait pas les moyens de partir. Ces témoignages peuvent aussi devenir des armes de défense pour la population ukrainienne, dans les dossiers de crimes de guerre qui seront ouverts à l’issue de ce conflit. Mais, confie Éric Dussart, toute l’horreur ne peut être racontée. « Je me suis parfois dit, ça, je ne vais pas le publier. »
Un pays en guerre, comme l’Ukraine, c’est aussi un pays où les gens tentent de vivre comme ils le peuvent, profitant des zones non touchées par les affrontements, profitant des moments où ils peuvent sortir, voire de profiter d’un coucher de soleil avant le couvre-feu. Pascal Bonniere a ramené de très belles photos immortalisant de tels instants.

La nécessité du témoignage
Cette nécessité de « témoigner », le photographe indépendant Denis Paillard la confirme. Après les massacres de Srebrenica, en Bosnie Herzégovine en juillet 1995, il est retourné sur place pour entretenir la mémoire des victimes civiles. Il en a ramené une exposition, « Survivance », autour des questions de la reconstruction et de la cicatrisation des blessures profondes. « Comment les cicatrices se referment ou pas après la guerre et comment les femmes victimes de viols arrivent à se reconstruire ? »

Pour faire ce travail indispensable, les journalistes ne partent pas à l’aventure. Il faut se préparer, savoir où l’on va, ce que l’on veut faire, qui l’on va contacter. Précisément, la rencontre proposée par le Club de la presse est intervenue alors que, la veille, on avait appris la mort de Frédéric Leclerc Imhoff, le jeune journaliste de BFM tué par un éclat d’obus. Il suivait une opération humanitaire et n’était pas du genre à prendre des risques inutiles. Devant le public du Club de la presse, Éric Dussart n’a pas caché sa colère face à l’attitude du pouvoir russe qui a accusé notre confrère d’être un « mercenaire » au service de l’armée ukrainienne. « Non ! » clame le journaliste de la Voix du Nord. Frédéric était un journaliste qui faisait son travail. L’attitude de l’armée russe, qui n’a pas hésité à tirer sur un convoi humanitaire, et des autorités est inacceptable. La rencontre au Club a d’ailleurs commencé par une minute de silence en hommage à Frédéric Leclerc Imhoff.


 

 
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