Luc Verschave était de ces hommes qui se savaient laisser indifférent. Présent dès le lancement du "Presse Club Région Nord", le collectif qui avait préludé à la création du Club de la presse en 1992, il laissera un souvenir impérissable aux fondateurs de notre association et au conseil d’administration dont il a été membre jusqu’en 1996, année de son départ pour l’Australie où il avait créé son propre journal.
En lui rendant hommage, le quotidien "La Voix du Nord" ne s’empêche d’évoquer son « ineffable nœud papillon ». C’est qu’il savait le porter, le bougre. Dieu, qu’il le portait bien ! Cet attribut de soie n’était pas vain. Il symbolisait l’homme dans son élégance tout entière : celle de son langage, pétri de ses lettres latines ; celle de sa plume ; celle –vestimentaire- qui savait lui faire apprécier ceux qui « portaient chapeau » à une époque voulant cette fantaisie révolue ; celle de l’homme capable d’avouer ses blessures tout en les dissimulant derrière un sourire et des yeux fréquemment brillants de malice.
Tourmenté, il l’était à coup sûr. La vie professionnelle d’un journaliste n’est pas un long fleuve tranquille. Guère plus que l’existence humaine. Ses longues envolées lyriques, autour de la table du conseil d’administration, nous faisaient finir tard, la nuit. Elles nous amusaient comme elles nous agaçaient, parfois. Est-ce étonnant ? Nous n’en garderons que les fous rires. C’est bien la moindre des choses pour celui qui aurait voulu inviter Raymond Devos, un autre styliste du verbe, dès l’assemblée constitutive du Club.
Et Dieu, dans tout ça ? Il avait son propre regard sur la religion et la vie religieuse dont il était un habile chroniqueur. Au club de la presse, il en parlait peu (ou alors en latin, peut-être ?). Il préférait s’investir dans les interminables débats sur l’éthique et la déontologie. Il fut l’un des premiers à s’inscrire dans ce que, bien des années plus tard, sont devenus les "ateliers réflexion" du Club.
Du reste, la religion n’était pas son unique spécialité. Diplômé de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, en 1972, il a commencé sa carrière à la locale de Montreuil de la "Voix du Nord". Quelques années plus tard, il a rejoint le bureau de Lille pour rapidement intégrer la rubrique sociale. Une rubrique alors connue pour ses fortes personnalités. Il a aussi signé, durant une dizaine d’années, une page hebdomadaire consacrée au troisième âge.
Il est resté à la "Voix" un peu plus de vingt ans. Après son expérience australienne, qu’il venait nous narrer à la faveur d’escales lilloises, il s’est installé dans le sud de la France, au Cannet. La dernière édition de l’annuaire des anciens élèves de l’ESJ, inscrit son nom avec la mention « journaliste indépendant – Alpes Maritimes ». Indépendant, cet amoureux de cantiques l’était à coup sûr.
A sa famille, à Sénéla, son épouse, à ses trois enfants, nous présentons notre plus vive sympathie.
Philippe Allienne






































































