ILS L’ONT DIT AU CLUB

Épuration de l’air intérieur par les plantes : mythe ou réalité ?

L’annonce parue sur l’agenda du Club était plutôt séduisante : « Conférence de presse pour présenter les résultats du programme PHYTAIR sur la dépollution de l’air par les plantes » ! Bigre. Chacun de nous est en effet plus ou moins conscient de la pollution de l’air à l’extérieur certes, mais aussi à l’intérieur de nos maisons. Surtout dans notre région où l’on l’a plutôt tendance à se calfeutrer pour se protéger du froid, à l’inverse des habitants de Rome ou de Madrid qui passent leurs soirées attablés à des terrasses accueillantes dans la rue.

Alors, pensez donc, si on pouvait purifier l’air de nos logements en achetant quelques plantes en pot qui métaboliseraient (et supprimeraient donc) toute la pollution des maisons, quelle aubaine pour notre santé physique et notre confort moral ! Car, parmi les moyens qui existent pour réduire la pollution atmosphérique à l’intérieur des logements, les plantes ont beaucoup fait parler d’elles ces dernières années. Nombreux sont les magasins ou les sites internet qui vantent les mérites de plantes dites « dépolluantes », alimentant les débats et autres controverses.

Hélas, les résultats de cette recherche de grande ampleur, intitulée PHYTAIR, menée par les chercheurs de la Faculté de pharmacie de Lille, associés à d’autres organismes de recherche, ne sont pas si roses. Financé par la Région Nord – Pas de Calais, la Direction régionale Nord – Pas de Calais de l’ADEME (Agence de l’environnement et la maîtrise de l’énergie) et les fonds FEDER, le programme PHYTAIR a concentré ses recherches sur les capacités d’épuration des polluants par les plantes, mais aussi les mécanismes biologiques qui sont impliqués et les possibilités de biosurveillance végétale de la qualité de l’air en milieu intérieur.

Les intervenants à cette présentation au Club de la presse le 5 décembre étaient MM. Damien Cuny, professeur à la Faculté des sciences pharmaceutiques et biologiques de Lille et vice-président de l’Association pour la prévention de la pollution atmosphérique (APPA), Hervé Pignon, directeur régional de l’ADEME Nord – Pas de Calais, Benjamin Hanoune, président de l’Université Lille Nord de la France, et Mme Véronique Malengé, directrice adjointe de la Direction de l’environnement au Conseil régional Nord – Pas de Calais.

La pollution de l’air à l’intérieur de nos maisons et appartements est très présente et les sources sont variées : les polluants chimiques (monoxyde de carbone, pesticides…), minéraux (amiante, plomb…) ou encore physiques (radon…). Notons que la fumée du tabac, qui contient plus de 4000 substances chimiques (monoxyde de carbone, benzène, cadmium, dioxines…) est considérée comme le premier polluant de l’air intérieur par l’Académie de médecine. Trois polluants ont été particulièrement observés dans cette étude car ils sont très fréquemment rencontrés dans les logements (à faible échelle, heureusement) et ce sont les plus dangereux : le benzène, le formalhédyde (particulièrement présent dans les colles des papiers peints, moquettes, bois reconstitué, faux plancher, laques, déodorants, etc.) et le monoxyde de carbone (causé par le mauvais fonctionnement de chaudières, cuisinières à gaz…).

Le programme PHYTAIR s’est déroulé en trois phases entre 2004 et 2011 : les deux premières ont eu lieu en enceintes de laboratoire, tandis que la dernière a consisté à transposer les expériences à l’échelle réelle en s’associant au laboratoire MARIA à Champs-sur-Marne, une Maison automatisée pour des recherches innovantes sur l’air.

A la lumière des résultats de ce programme novateur, l’ADEME est amenée à considérer que l’argument « plantes dépolluantes » n’est pas suffisant pour être efficace et qu’il n’est donc pas validé scientifiquement au regard des niveaux de pollution généralement rencontrés dans les habitations et des nouvelles connaissances scientifiques dans le domaine. Que, en matière d’amélioration de la qualité de l’air intérieur, la priorité reste la prévention et la limitation des sources de pollution (entretenir les chauffe-eaux et chaudières, réduire l’utilisation de produits chimiques ménagers,…) accompagnées d’une ventilation ou plus généralement d’une aération des locaux (entretien du système de ventilation, ne pas bloquer les orifices d’aération, ouvrir les fenêtres tous les jours quelques minutes…).

Autrement dit, l’aération et la ventilation restent bien plus efficaces que l’épuration par les plantes. Qui restent jolies pour décorer son intérieur. A bon entendeur…

GR

Télécharger le dossier de presse du programme PHYTAIR sur la dépollution de l’air par les plantes

 

 

 

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