Les Mardis de l’Info

Ferhat Méhenni et la politique française en Afrique

Invité des « Mardis de l’Info » du 18 novembre, le chanteur Ferhat Mehenni, créateur du Mouvent pour l’autodétermination en Kabylie, n’a pas mâché ses mots sur la politique française en Afrique francophone. Auteur de « a France va-t-elle perdre l’Afrique », aux éditions Nord-Sud (2013, réédité en 2014) et de « Le siècle identitaire – la fin des Etats post-coloniaux », il regrette la constance française dans la poursuite de la « Françafrique ».

le chanteur Ferhat Mehenni, créateur du Mouvent pour l’autodétermination en Kabylie était l’invité des « Mardis de l’Info » du 18 novembre 2014

«  Pourquoi, écrit-il notamment, la France s’entête-t-elle à maintenir en l’état sa politique africaine qui est en passe de devenir le pire fossoyeur de ce qui aurait pu être pour elle et pour les Africains, voire pour le monde entier, une véritable poule aux œufs d’or , Quel prestige ou quelle satisfaction tire-t-elle de son refus de laisser les pays de l’Afrique francophone se développer ?  ».

Une thèse et un homme qui prêtent à polémique. Ferhat Mehenni à répondu aux question d’un public nombreux, dans les salons de l’Espace Inkermann-Châtillon, à Lille. Portrait de Ferhat et compte-rendu en images.

Ferhat Mehenni, l’autonomiste convaincu

Pour amorcer la rencontre-débat avec Ferhat Mehenni, la journaliste Djamila Makhlouf avait dressé un portrait de l’invité de ce « Mardi de l’Info ». Pour des raisons techniques, l’enregistrement de celui-ci n’a pu être diffusé. Nous en reproduisons le texte ci-dessous.

Ferhat Mehenni et Djamila Makhlouf, administratrice du Club de la presse et animatrice des Mardis de l’infos

Un combattant courageux qui vit pour une cause : la Kabylie. Avec un projet : L’indépendance de la Kabylie. Enfant du village Maraghane de lloula Oumalou dans la grande kabyle, la wilaya de Tizi Ouzou où il est né le 3 mars 1951, Ferhat Mehenni est également connu sous le nom de Ferahat Imazighane Imula.

Chanteur engagé

Très tôt, faisant fi des pressions du pouvoir algérien, il lutte pour défendre l’identité kabyle. Il le fait d’abord à travers la chanson. Il est un des rares chanteurs engagés de l’époque, en Algérie. Son combat militant remonte à 1973, année où il remporte le premier prix de la chanson kabyle au festival du la chanson moderne à Alger avec son groupe "Imazighane imula". C’est là qu’il prend le nom de son groupe.

Le chanteur n’éclipsera jamais la volonté et la stature du politique. En 1976, il décroche une licence en science politique à l’Université d’ Alger. Son combat pour l’identité kabyle n’en est qu’à ses débuts. En 1980, il est l’un des artisans du « Printemps berbère » qui commence le 20 avril . Il est arrêté et libéré le 19 mai. Par la suite, il subira bien d’autres poursuites et arrestations.

Rien n’empêche Ferhat de poursuivre et développer ses idées politiques et son combat pour la liberté et les droits de l’homme. En 1985 il devient membre fondateur de la Ligue algérienne des droit de l’homme et il est l’un des fondateurs, en 1988, du Rassemblement pour la culture et la démocratie, le RCD- avec ses amis Said Sadi , Mustapha Bacha et Mokrane Ait Larbi.

Mais ses convictions se précisent. Très vite, il s’oppose à Saïd Sadi et quitte la direction du RCD. Il devient président de la coordination nationale du Mouvement culturel berbère (MCB). Il s’agit de l’aile gauche du RCD, opposée au MCB Commissions nationales alliées du Front des forces socialistes (FFS) de Aït Ahmed.

La grève des cartables

Le MCB organise, en septembre 1994, un long boycott scolaire (la grève des cartables) qui aboutit un après à la création du Haut Commissariat à l’Amazighité. Ferhat signe un accord en ce sens avec le gouvernement, qui voulait la fin de la grève. Les commissions nationales ne suivent pas.
Ferhat est aussi un anti-islamiste convaincu. En décembre 1994, on le découvre sortant de l’avion d’Air France, à Marseille, après le détournement de celui-ci par des terroristes du GIA. Mais l’homme se radicalise sur la question de la berbérité. En mai 1997, il quitte le RCD. Pour lui, Saïd Sadi a trahi la berbérité et la démocratie. Il s’exile en France mais revient en 1999 pour « redynamiser la mouvance culturelle berbère ».

Le « Printemps Noir »

En 2001, "Garmah Massinissa", un jeune kabyle, est assassiné par des gendarmes à Tizi Ouzou. Cela met le feu aux poudres. C’est le déclenchement du « Printemps noir » kabyle. Ferhat fonde le MAK le mouvement pour l’autonomie de la Kabylie qui devient le mouvement pour l’autodétermination de la kabylie. En 2010 il devient président du gouvernement provisoire kabyle qu’il crée en France. Cela lui vaut un déferlement de haine. En Algérie, on l’accuse d’être un agent de la France où il vit. Cela ne s’arrange pas lorsqu’il est reçu officiellement en Israël. Il avait déjà déclaré, lors d’un colloque à l’Assemblée nationale française que, pour lui, « les kabyles sont les nouveaux juifs ». Par solidarité avec les Kurdes, il a soutenu l’intervention américaine en Irak.

en 2013, Ferhat Imazighane reçoit le prix Gusi Peace Prize, un prix délivré par Gusi peace prize inernatinal , visant à récompenser les personnalités oeuvrant pour la paix dans le monde.

Ferhat, le chanteur, Ferhat le politicien, Ferhat l’écrivain. Il publie en 2004 son « Algerie , la question kabyle », en 2010 « le siècle identitaire » et en 2013 l’essai « La France va - t- elle perdre l’Afrique ? ». Avec toujours en toile de fond, l’autonomie.

Djamila MAKHLOUF

Ferhat Mehenni au coté des deux animateurs des mardis de l’info, Djamila Makhlouf et Philippe Allienne


 

 

 

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