Geoffroy Deffrennes pousse la porte des lofts
Un journaliste... « passe-muraille » !

De la lumière, de l’espace, de superbes photos pleines pages, d’autres qui se resserrent sur l’intime du texte, des dimensions hors du commun (un format de 24 x 30 cm, 192 pages, 340 photos) : dans la forme, l’ouvrage de Geoffroy Deffrennes, d’Eléonore Delpierre et de Sébastien Jarry est à la mesure du sujet... Lofts et espaces ouverts dans la métropole lilloise.
Tout commence à New York. « Dans les années 50, ce sont des peintres sans le sou qui, en s’installant faute de mieux dans des usines abandonnées, sauvèrent celles-ci de la destruction, rappelle Geoffroy Deffrennes. Ils ont aussi réinventé l’art contemporain, grâce aux grands formats artistiques que permettait cet espace inespéré. »

Dans le fond, Geoffroy Deffrennes qui signe là son dixième ouvrage effectue un véritable travail de journaliste : mise en perspective de l’histoire des métropoles internationales comme New York, Londres, Berlin, Amsterdam ou Anvers, avec l’histoire industrielle de la métropole lilloise, travail d’investigation pour dénicher les lieux plus secrets, les plus jalousement gardés, ou au contraire les lieux et les idées que tout un chacun pourrait s’approprier.

C’était le risque... Le nouvel opus de Geoffroy Deffrennes n’est pas un catalogue de portraits et de belles images. Le journaliste perce à jour les motivations, les émotions, les coups de cœur, les émotions mais aussi le narcissisme de certains propriétaires. Plus que dans n’importe quel autre type d’habitat, le loft donne à voir, met en scène la personnalité de ses occupants. Dans les trente lofts visités par l’ouvrage, on passe du baroque à l’esprit zen, du mégalo à l’écolo, de l’artiste branché à l’esprit de chine, de la récup ou du système D au Palais contemporain, du cocoon au démesuré, du détournement à la mémoire recomposée, du kitsch à l’authentique. Pas obligé de tout aimer ! Mais toujours, il y a ce plaisir de pousser les portes, de découvrir des univers, de jouer les passe-muraille au travers ces hauts murs de brique.

Au travers des lofts, Geoffroy Deffrennes parle de notre histoire et de notre devenir, entre Lille, Roubaix et Tourcoing. « Toute la métropole est désormais concernée de Saint-André à Loos, de Wattrelos à Marquette » souligne le journaliste.

Photographie d’un moment de ce vaste mouvement, l’ouvrage pose quelques questions. « Les lofts ne doivent pas chasser les plus pauvres, comme cela s’est passé à Manhattan où la montée des prix a poussé jeunes artistes et population plus désargentée vers Williamsburg à Brooklyn... » souligne en préface, Michel François Delannoy vice-président de Lille Métropole et maire de Tourcoing.

« Le loft, comme l’architecture, comme la culture, ne doit surtout pas être réservée à une élite » lance Geoffroy Deffrennes.

Avec une région Nord – Pas-de-Calais qui concentre cinquante pour cent des friches industrielles françaises, mais aussi la plus forte densité de sites pollués, le journaliste met le doigt sur l’enjeu qui est d’abord écologique et sanitaire, « avant de devenir patrimonial quand tout se passe bien ».

Alors le phénomène des lofts serait-il donc autre chose que l’expression d’un monde contemporain où la mémoire collective n‘existe plus que parcellisée, récupérée par une multitude de mémoires individuelles ?
La question est ouverte. Tout reste toujours à construire. Dans le murmure des murs, l’histoire ne fait que commencer...

Hervé LEROY

- Lofts et espaces ouverts dans la métropole lilloise. Textes : Geoffroy Deffrennes. Photographies : Eléonore Delpierre et Sébastien Jarry. Direction artistique : Olivia Gharbi. 192 pages. 340 photos. Prix : 35 euros. Editions Degeorge.


 

 
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