« Groupe AZF » : les scrupules de la presse - La Lettre du Club n°69 - septembre 2005

Deux journalistes de France 3 reviennent dans un livre sur le mystère du groupe AZF, en étudiant notamment son traitement par la presse.

« Menace sur toute la ligne ». Le mercredi 3 mars 2004, c’est un véritable scoop que publie le quotidien toulousain La Dépêche du Midi. Il y est question d’un mystérieux groupe AZF, qui, depuis de longues semaines mène un chantage particulièrement pervers. Soit le gouvernement lui verse une forte rançon, soit des bombes exploseront sur des lignes de chemin de fer un peu partout en France. Après plusieurs heures de flottement, les radios nationales (qui reçoivent pourtant les journaux très tôt le matin) finissent par suivre. Europe 1 en premier. Et encore, le sujet n’arrive qu’en cinquième position du flash de 7 heures. Une dépêche AFP suit juste après. Dans les heures suivantes, on apprend que La Dépêche a bravé une consigne que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, envoyée par fax la veille en fin d’après-midi, à l’ensemble des rédactions. Fait probablement sans précédent, un ministre de l’Intérieur se fend d’une « note aux rédactions » dans laquelle il affirme : « Il est exact que des courriers sont parvenus au ministère émanant d’un groupe qui se désigne sous l’appellation AZF. Ces courriers comportent des menaces d’attentats. Ils sont accompagnés de la demande aux pouvoirs publics d’une importante somme d’argent. » Sa conclusion est la suivante : « Il serait préférable qu’aucune information ne soit rendue publique avant le dénouement de l’affaire. » Pour certains journalistes, le fax ne fait que confirmer des bruits qu’ils entendent depuis deux semaines. A d’autres, il leur révèle que quelque chose d’inhabituel est en cours. Dès lors, quel était le but exact de cette note ?
Concernant l’enquête proprement dite sur le groupe AZF, le livre d’Elise Galand et de Romain Icard (1), très documenté et précis, se lit comme un polar. Un véritable jeu du chat et de la souris où se mêlent envois de courriers au ministère dans un sens, messages par petites annonces dans l’autre (2), tentative de remise d’une (fausse) rançon par hélicoptère et dispositif impressionnant pour cueillir les maîtres chanteurs (avion Awax, dizaines de fonctionnaires de police et de véhicules mobilisés…).

« La Dépêche » ne plie pas

Mais au-delà, les auteurs, journalistes à France 3, se penchent sérieusement sur les choix rédactionnels de leurs confrères. Car si La Dépêche n’avait pas passé outre la consigne de l’Intérieur, on peut se demander quand l’information aurait été publiée. Dans la nuit du 2 au 3 mars, certains journalistes pressentent que La Dépêche va se lancer. Mais personne ne veut rompre l’embargo en premier. Au point, écrivent les auteurs, qu’« à l’AFP, le journaliste accrédité Place Beauvau est pour sa part catégorique. Sur la même ligne que le ministère, il affirme qu’il est hors de question qu’il reprenne l’information, quoi qu’écrive La Dépêche du Midi. » Europe 1 a visiblement cherché auprès du ministère l’assurance qu’elle ne se ferait pas griller en respectant la consigne… Au même moment, « le directeur de cabinet (de Nicolas Sarkozy, Ndlr) passera sa soirée à essayer de convaincre les dirigeants de La Dépêche de renoncer. » Selon les deux journalistes, c’est Aujourd’hui-Le Parisien qui avait les meilleures infos sur l’affaire, mais lui aussi obéit à l’injonction.

« Leçons aux confrères »

On aurait en revanche aimé en savoir un peu plus sur la situation à Libération. Après tout, c’est dans ses colonnes, en rubrique « messages personnels », que le premier contact a été pris avec AZF. Et pour cela, il a fallu l’autorisation du directeur de la rédaction, Antoine de Gaudemar. Un policier s’était en effet présenté au comptoir du journal avec sa petite annonce, à 19 h 30, alors que ces pages étaient déjà bouclées. Selon le propre témoignage d’Antoine de Gaudemar, le policier joue franc jeu en expliquant qu’« il a besoin de passer un message pour une affaire de rançon qui peut avoir des conséquences graves, y compris une implication terroriste ». Avec un tel tuyau, les journalistes de Libé, quitte à taire certains détails, n’étaient-ils pas les mieux placés sur la piste du scoop ? Dans un papier paru en janvier dernier, le quotidien a d’ailleurs assez mal pris les « leçons [données] aux confrères » par les auteurs du livre.
Autre point intéressant de cette enquête : dès la sortie de l’article de La Dépêche, la plupart de ses confrères (exception faite de L’Humanité) lui tombent dessus. Ils reprennent en substance le jugement de Nicolas Sarkozy, qui dans un communiqué taxe le journal toulousain de « pas responsable ». On aura en tout cas vérifié qu’un simple fax de Nicolas Sarkozy, pourtant d’habitude irrésistiblement attiré par les caméras, peut faire renoncer quasiment toute la presse française à publier une information d’une importance capitale. La crainte d’une panique généralisée justifiait-elle cette décision ? D’autant que le mystérieux groupe, qui n’a jamais pu être identifié, avait prouvé son sérieux en indiquant à ses interlocuteurs l’emplacement d’une bombe en état de fonctionner…

L. F.

(1) « Suzy contre Mon Gros Loup. Que cache le mystérieux groupe AZF », Elise Galand et Romain Icard. Ed. Privé.
(2) Celles passées dans « Libération » devaient être signées « Suzy » (les mêmes première et dernière lettres que Sarkozy…) et adressées à « Mon Gros Loup ».


 

 

 

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