« L’Audimat à mort » : les petites recettes de la télé pour gonfler l’Audimat - La Lettre du Club n°61 - juin 2004

Jusqu’ici, les ouvrages critiques ciblaient surtout la presse écrite. Dans « L’Audimat à mort » (1), Hélène Risser revisite les coulisses de la télévision. De la « télé-poubelle » aux sujets « concernants » des JT.

Journaliste, collaboratrice de l’émission « Arrêt sur images » (France 5), Hélène Risser a un point de vue privilégié sur les pratiques de la télévision. Elle a complété son travail d’une enquête et d’interviews de journalistes, producteurs, dirigeants de chaînes, animateurs, etc. Quand ces derniers ont accepté de la recevoir. Plusieurs responsables ont décliné l’offre : Robert Namias et Etienne Mougeotte, respectivement directeur de l’information et vice-président de TF1, Nicolas de Tavernost, président de M6, Thomas Valentin, responsable des programmes de la même chaîne, Olivier Mazerolle, à l’époque directeur de l’information de France 2. Même refus chez Endemol et Réservoir Prod, les sociétés de production d’Arthur et de Jean-Luc Delarue.
Hélène Risser est partie à la recherche des petites recettes, plus ou moins avouables, pour doper l’Audimat. La lecture de son livre ne donnera pas envie à ceux qui ont remisé leur poste de le rallumer.

Des larmes, du sexe, des engueulades…

La journaliste analyse ainsi comment s’est constitué le fonds de commerce de la « télé-poubelle » : beaucoup d’émotion et de larmes (mais les tranches d’info ne sont pas épargnées), un peu de sexe, quelques engueulades bien senties sur le plateau (inscrites dans le script…), etc. Pour produire ces programmes, il est fortement conseillé de laisser sa conscience aux vestiaires. Exemple parmi d’autres, « Y’a que la vérité qui compte », de Laurent Bataille et Pascal Fontaine, sur TF1. Ce jour-là, un homme de 60 ans veut rencontrer sa fille de 42 ans, Laurence, qu’il n’a jamais connue. Cette dernière a accepté de venir en plateau mais jusqu’au dernier moment, elle ignore ce qu’on va lui annoncer. Evidemment, les animateurs disent avoir pris leurs précautions, « pour des raisons morales que vous comprenez bien ». Il s’avérera que, contrairement à ce qu’il a affirmé, le père n’a pas effectué de recherches de lui-même. Ou que la mère ne s’était jamais remise de cette aventure de jeunesse. Mais que pèsent ces considérations face à « bon » spectacle ? « Pour pouvoir me retrouver, alors que j’étais mariée, ils ont d’abord mis la main sur ma mère, témoigne Laurence, interrogée par l’auteur. Ils lui ont soutiré un certain nombre de renseignements en se faisant passer pour un institut de sondages téléphoniques. Puis, quelques jours plus tard, un journaliste l’a rappelée, en se présentant cette fois-ci comme un vieux camarade souhaitant m’inviter à fêter son mariage. »

Des témoins
tout terrain

Pas très reluisante non plus, l’utilisation à outrance du témoignage de Claire, prostituée, interrogée à au moins six reprises sur différentes chaînes. Tellement facile puisqu’elle est toujours disponible. Mais son discours relève presque d’une vision idyllique : « Je préfère vendre mon corps que de gagner 5 000 francs par mois », « Je suis libre, autonome »... Bernard Lemettre, venu présenter au Club de la Presse le mouvement du Nid (qui milite « pour un monde sans prostitution »), avait mis en garde les journalistes contre ces témoignages, insistant sur le recul nécessaire. « Personne n’a jamais choisi de se prostituer. C’est toujours un piège qui s’est refermé », avait-il expliqué.
Pour gagner un temps précieux, la responsable d’une agence de communication, ayant pour client un fabricant d’alarmes, peut aussi se transformer, le temps d’un reportage du JT, en Parisienne quelconque branchant son système de sécurité avant de partir en vacances…
Dans un autre chapitre, c’est le fonctionnement des sociétés de production qui est décortiqué. Hélène Risser commente un devis adressé par Réservoir Prod à France 2 pour « Ça se discute ». Officiellement, la société empoche une marge nette de 8%. Correct mais pas scandaleux. Après épluchage des cas flagrants de surfacturation (location du studio, montant des salaires, recherches documentaires...), elle arrive à un taux autour de 40%… La chaîne n’a rien trouvé à redire

Des « pools »
de polyvalents

On pourrait aussi parler de la restructuration des rédactions télé. TF1 et France 2 ont quelque peu délaissé l’organisation en services (notamment pour l’étranger), au profit d’un « pool » de reporters polyvalents. Envoyer des non-spécialistes sur le terrain donnerait un certain renouveau aux sujets. Pourquoi pas ? Sauf que cela entraîne aussi des erreurs de débutants. Comme ce reportage de France 2, à Bagdad, « sur des gens armés de kalachnikovs comme si c’était nouveau alors que traditionnellement, dans cette ville tout le monde a un fusil au fond de son tiroir », décrypte un ancien de la chaîne.
Citons enfin les sommaires des JT qui multiplient, dans le jargon marketing, les « sujets concernants » (consternants ?), en particulier sur les intempéries. Jusqu’à dépasser la crise irakienne et le débat sur les retraites, dans les JT de TF1 entre le 3 et 6 février 2003. « En dépit d’un temps très ordinaire pour la saison », précise l’auteur.

L. F.

(1) « L’Audimat à mort », Hélène Risser, Editions du Seuil, 270 pages.


 

 
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