L’autre 60e anniversaire : les ordonnances sur la presse de 1944 - La Lettre du Club n°61 - juin 2004

A la Libération, la presse collaborationniste, interdite de parution, laissait la place à une nouvelle presse, issue pour partie de la Résistance. Les ordonnances de 1944 voulaient également favoriser l’indépendance et le pluralisme.

Le Débarquement de Normandie n’est pas le seul 60e anniversaire fêté cette année. Les ordonnances de 1944 ont jeté les bases d’une nouvelle presse. Retour en arrière. En 1939, les décrets d’août et septembre rétablissent le contrôle de la presse. Le 27 août, juste après le pacte germano-soviétique, les journaux communistes sont interdits (dont L’Enchaîné dans notre région). Puis, l’occupation d’une partie Nord de la France entraîne des situations diverses. Dans un premier temps, de nombreux titres parisiens se replient en zone libre : Le Petit Parisien et Le Petit Journal à Clermont-Ferrand, La Croix à Limoges, Le Figaro et Paris-Soir à Lyon, etc. Certains regagneront ensuite la capitale. Pendant ce temps, en zone occupée, la presse est soumise à la censure allemande de la Propaganda Abteilung et de ses services régionaux, les Propaganda Staffeln. Les morasses sont relues avant impression. En octobre 1940, Vichy interdit aux Juifs l’exercice du journalisme, entre autres professions. L’ordonnance allemande sur l’aryanisation fait de même en zone Nord. Par ailleurs, Vichy exproprie l’agence Havas, dont elle transforme la branche information (1) en Office Français d’Information. De leur côté, les Allemands remplacent Havas par l’AFIP (Agence Française d’Information de Presse), fournisseur exclusif de la presse paraissant en zone occupée. L’AFIP reprend en fait les bulletins de l’agence berlinoise DNB.
Comme le rappelle Marc Martin (« La Presse régionale », Editions Fayard), sous l’occupation, la pagination des journaux se réduit, les colonnes se remplissent de communiqués allemands, d’infos pratiques sur le rationnement, de jugements qui répriment le marché noir… La presse collaborationniste s’enthousiasme sur les déplacements de Pétain en province. En zone occupée, la moindre preuve de mauvaise volonté de la part d’un journal se solde par une suspension ou une suppression. La Propaganda Staffel place également ses hommes, qu’il s’agisse de rédacteurs en chef ou d’actionnaires. Dans le même temps, se développe une presse clandestine, à la parution aléatoire. L’Humanité diffusera 317 numéros sous le manteau. Dans la région, L’Enchaîné (créé en 1920) paraît clandestinement de septembre 1939 à septembre 1944, avant de donner naissance à Liberté, le quotidien du parti communiste. Le 1er avril 1941, paraît le premier numéro de La Voix du Nord, « organe de la Résistance de la Flandre française », grâce à Natalis Dumez et Jules Noutour. Il sera suivi de 63 autres numéros jusqu’à la Libération.

La presse clandestine au grand jour

A l’approche de la Libération, les propositions faites par la Fédération nationale de la presse clandestine (rassemblées dans le fameux « Cahier bleu ») sont transmises au gouvernement provisoire d’Alger. Elles inspireront les ordonnances des 6 mai, 22 juin, 26 août et 30 septembre. Première mesure : l’interdiction des journaux ayant continué de paraître plus de 15 jours après l’armistice en zone nord et plus de 15 jours après l’entrée des troupes allemandes en zone sud (le 11 novembre 1942). Leurs matériels sont placés sous séquestre. Dans le Nord, Le Journal de Roubaix, L’Echo du Nord et Le Réveil ne paraîtront plus. A contrario, sont autorisés les titres ayant suspendu leur parution, les journaux clandestins et ceux publiés par les mouvements membres du Conseil National de la Résistance. A Lille, La Voix du Nord et Liberté sortent sur les anciennes rotatives du Grand Echo, Nord Eclair sur celles du Journal de Roubaix. Paraissent également La Croix du Nord, que les Allemands avaient interdit de reparaître sous l’occupation (une chance finalement…), et le quotidien socialiste Nord Matin.

Epuration
chez les journalistes

Mais, outre la naissance d’une nouvelle presse, les ordonnances de 1944 se penchent aussi sur l’indépendance, la transparence et le pluralisme des titres. Elles imposent la publication du tirage des journaux et des noms des dirigeants, actionnaires et collaborateurs. Par ailleurs, elles créent la notion d’entreprise de presse, interdisant la concentration des titres, mais également la possession en parallèle d’un titre de presse et d’une entreprise de publicité, d’une agence de presse ou d’une activité industrielle. On mesure le gouffre entre ces principes, jamais réellement appliqués (faute notamment de décrets d’application) et la situation actuelle...
La Libération est également une période unique dans l’histoire de la Commission de la Carte, qui jouera alors un rôle d’épuration. Une nouvelle carte est nécessaire pour tout journaliste en activité. Celle-ci n’est délivrée qu’à ceux qui peuvent justifier de leur comportement pendant l’occupation. C’est également à cette période que naissent des systèmes coopératifs. L’organisation actuelle de la distribution de la presse nationale est une des traces qui subsistent de ce profond renouveau.

Ludovic FINEZ

(1) L’agence Havas disposait également d’une branche publicité, qui sera la seule à demeurer à la Libération.


 

 
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