« La Voix du Nord, histoire secrète » : sans concession et très documenté - La Lettre du Club n°69 - septembre 2005

Frédéric Lépinay signe un livre acide sur l’histoire de « La Voix du Nord ».

Frédéric Lépinay signe un livre acide sur l’histoire de « La Voix du Nord ».

« La Voix du Nord, histoire secrète » était en librairie au moment même où était annoncé le rachat du quotidien par le belge Rossel (lire en page 4). Son auteur est un ancien journaliste de la maison, aujourd’hui indépendant, qui s’attend sûrement à l’accusation de vouloir régler des comptes. En tout cas, son livre mériterait déjà un chapitre supplémentaire, tant certains se demandent si le rachat par Rossel est bien le dernier acte d’une pièce qui en a compté beaucoup.

Frédéric Lépinay, lui, est remonté beaucoup plus loin. Plus de 60 ans en arrière, aux origines d’un quotidien habituellement présenté comme l’héritier direct d’une publication clandestine créée par un mouvement de résistance portant le même nom. Tout d’abord, une révélation pour le moins surprenante. Avant le quotidien lillois, quatre autres publications, plus ou moins éphémères, ont porté le nom de Voix du Nord. La dernière est un mensuel monarchiste, créé en 1939 par l’avocat Jean Brackers d’Hugo et qui s’éteindra avec la déclaration de guerre. Frédéric Lépinay n’a retrouvé aucune trace d’une cession du titre. Selon lui, les descendants de l’avocat en sont toujours propriétaires.

Les liens avec « L’Echo »

Le livre revient également sur les liens qui ont pu unir La Voix du Nord et L’Echo, l’ancien puissant journal lillois, interdit après-guerre pour avoir paru sous l’occupation avec l’approbation des Allemands. Comme beaucoup d’anciens journaux clandestins, La Voix du Nord, à sa sortie au grand jour, a bénéficié des moyens techniques de L’Echo (locaux et imprimerie, partagés avec le quotidien communiste Liberté). Le journal a également accueilli une bonne partie de l’équipe qui le rédigeait pendant la guerre. L’autre rappel concerne la façon dont l’ancien maire de Bailleul, Natalis Dumez, véritable fondateur de La Voix clandestine (avec le policier Jules Noutour, mort en déportation) a été écarté de tout rôle dans la marche du journal à son retour de déportation. La constitution de cette puissante et riche entreprise de presse, en particulier la répartition de son capital, a donné lieu à une longue bataille juridique avec des membres du réseau de résistance Voix du Nord, qui s’estimaient floués. De l’autre côté, on les accusait souvent de convoiter la poule aux œufs d’or. L’auteur reproche surtout à La Voix du Nord d’avoir toujours voulu, même des années après, jeter un voile pudique sur cette époque.

Autre épisode de l’immédiat après-guerre : le jugement du propriétaire de L’Echo, Jean Dubar, et de quelques journalistes. De façon étonnante, La Voix du Nord dénonce un verdict sévère. Jean Dubar est condamné à cinq ans de travaux forcés et certains journalistes sont sanctionnés plus durement. Frédéric Lépinay, pour sa part, estime qu’il y a bien eu des actes de résistance passive au sein de L’Echo pour minimiser la propagande allemande. Sachant que certains journaux ont fait le choix de se saborder plutôt que de paraître sous contrôle allemand, cette thèse devrait déclencher son lot de commentaires.
Quelques mois plus tôt, c’est Charles Tardieu, éditorialiste de L’Echo imposé à la fin de la guerre par les Allemands, qui était jugé. Liberté fait alors des titres incendiaires pour réclamer sa tête, puis pour s’étrangler de rage quand il n’écope que d’une peine de prison. La Voix du Nord aussi s’étonne de cette clémence.

Histoires de gros sous

Impossible de résumer ici tout le livre, qui évoque notamment des subventions, liées à des projets internet, jugées disproportionnées par rapport aux réalisations. Il ne pouvait pas non plus ignorer la tentative de rachat du journal par trois hommes d’affaires lillois et le fameux RES (rachat de l’entreprise par les salariés) de 1989 qui a suivi. A son terme, une poignée de hauts cadres disposaient de la majorité des actions du quotidien. Rocambolesque encore le feuilleton judiciaire d’Age Conseil, filiale de La Voix du Nord mise en cause dans la réalisation de journaux pour la mairie de Valenciennes et le Conseil général du Nord. Homérique toujours la nouvelle tentative de prise de contrôle de La Voix par d’anciens cadres, en 1998. Des actions achetées quelques centaines de francs changent alors de main pour 40 000 F… Finalement, c’est Rossel (déjà…) qui raflait la mise, avant de céder la place à son actionnaire, la Socpresse. Après un passage par la case Dassault, c’est aujourd’hui le retour dans le giron Rossel. Vous avez dit compliqué ?

L. F.

(1) « La Voix du Nord, histoire secrète », Frédéric Lépinay, éditions Les Lumières de Lille.
www.leslumieresdelille.com.
Le Club organise jeudi 22 septembre à 18 h 30 un débat avec l’auteur.


 

 
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