« La Voix » et « Nord Eclair » : plus petits et plus épais depuis le 4 mai - 28 avril 2006

Depuis le 4 mai, « La Voix du Nord » et « Nord Eclair » ont adopté leur nouvelle formule : format tabloïd, pagination augmentée, plus de couleur, papiers plus courts… Les deux titres misent sur ces changements pour enrayer l’érosion des ventes et rajeunir leur lectorat.

Jeudi 4 mai, La Voix du Nord et Nord Eclair se sont faits un peu plus petits mais aussi un peu plus épais. C’est en effet ce jour-là que sont sorties les formules en format tabloïd des deux titres, résultats d’un travail entamé il y a environ un an au sein du groupe. Les deux journaux, imprimés à La Pilaterie (Marcq-en-Baroeul), adoptent le format de La Voix des Sports (40 cm sur 27 cm), qui équivaut à la moitié de l’ancien format des quotidiens. La pagination moyenne passe à 60 pages, avec une présence de la couleur accrue, mais limitée à 16 pages, en début et en fin d’édition. Le parc actuel de rotatives ne permet pas, en effet, de réaliser des journaux en « tout quadri ». Cela reste l’objectif affiché par la direction, qui annonce un investissement pour 2008 ou 2009, estimé entre 35 et 40 millions d’euros.

Un important plan de communication

La sortie des nouvelles formules, qui représente un investissement global de 2,5 millions d’euros, s’accompagne d’un important plan de communication. Juste avant le basculement, les lecteurs des deux quotidiens ont eu droit à une page quotidienne pour expliquer les changements auxquels ils devaient s’attendre. Deuxième temps : la conférence de presse organisée par le groupe jeudi 27 avril au siège de La Voix du Nord, sur la Grand place de Lille. Et puis, dans le désordre : un bus aux couleurs de La Voix du Nord qui sillonnera les grands événements de la région jusqu’au 20 mai, 1.300 panneaux « 4x3 », 1.000 affiches dans les gares et kiosques de presse, une série de spots radio qui totaliseront 2.800 passages à l’antenne, un spot vidéo diffusé pendant trois semaines dans toutes les salles de cinéma du Nord-Pas-de-Calais et repris sur les écrans de France 3 et C9 (la chaîne câblée du groupe), la distribution d’un document publicitaire de 8 pages dans les 1,5 million de boîtes aux lettres de la région, une soirée le 4 mai sur la Grand place de Lille avec le DJ David Guetta… Les moyens sont cependant sensiblement moins importants pour Nord Eclair, qui ne bénéficiera pas, par exemple, de spots dans les cinémas ni à la télévision.

Enrayer l’érosion et rajeunir le lectorat

Ce qui pousse le groupe à changer ses formules, c’est bien sûr réagir à l’érosion régulière de lectorat que connaissent les deux titres, comme pratiquement l’ensemble de la presse quotidienne régionale. Avec, selon les chiffres OJD 2005, une moyenne de 293.000 exemplaires vendus chaque jour pour La Voix du Nord et 31.600 pour Nord Eclair, les deux titres enregistrent respectivement des reculs de 1,7% (équivalant à la moyenne de la presse quotidienne régionale) et de près de 5%. Il faut noter que 2005 a été pour Nord Eclair l’année de la fusion de ses pages locales, sur les secteurs de Lens et Béthune, avec celles de La Voix du Nord. Ce genre d’opération se conclut toujours par une perte de lectorat plus marquée. L’autre objectif, c’est de conquérir un lectorat plus jeune que les 52 ans de moyenne d’âge affiché par les lecteurs de La Voix du Nord en 2005 (contre 51 ans l’année précédente).

Hormis le format et les maquettes, réalisées par l’agence parisienne Rampazzo et Associés, les deux journaux adoptent les recettes classiques de ceux qui ont opté pour une nouvelle formule ces derniers mois, à savoir des papiers plus courts, plus d’illustrations et la multiplication des clés d’entrée dans les sujets : éléments de titraille revus, encadrés, infographie… Les rédacteurs en chef des deux quotidiens expliquent que des espaces seront réservés aux sujets développés, y compris en pages locales. Les pages « Région » et « Métropole » de La Voix du Nord devraient ainsi s’ouvrir chaque jour sur un dossier. Et dans l’édition de samedi 29 avril de Nord Eclair, son rédacteur en chef, Jean-René Lore, annonce que le journal comportera « tous les jours une page Economie, le samedi une page Europe, le dimanche un reportage de l’étranger, une page people quotidienne… ». En parallèle, les deux titres développeront ce qu’on appelle dans le métier les rubriques « info-service ». Quelques exemples au hasard : cartes figurant les embarras de circulation prévisibles ou les lieux de sortie de la soirée, les restaurants où manger pour moins de 10 euros, etc. Et les deux journaux, qui ont déjà commencé à ouvrir leurs colonnes aux sujets « people », ne s’interdisent donc pas non plus de poursuivre dans cette voie. Les sujets sur la sortie de produits multimédia (DVD, consoles de jeux vidéos, photo numérique…) devraient également être plus nombreux.

Une identité particulière pour les pages « Métropole »

La volonté d’écrire plus court a apparemment été plutôt bien acceptée par une rédaction assez jeune (1). La place disponible pour le rédactionnel a en revanche fait l’objet de débats, ainsi que la pertinence d’un certain nombre de rubriques, qui émailleront en particulier les éditions de La Voix du Nord dans la métropole lilloise. Ce fut le cas de la rubrique présentant des restaurants à moins de dix euros, déjà évoquée plus haut, mais aussi celle dédiée aux photos MMS envoyées par les lecteurs. De façon générale, La Voix du Nord sollicite depuis quelques jours ses lecteurs, les incitant notamment à donner leur avis sur des spectacles auxquels ils ont assisté. La page « courrier des lecteurs », jusque-là hebdomadaire, adoptera par ailleurs un rythme quotidien.

Pour revenir au cas particulier des éditions de la métropole, le quotidien enregistre sur cette zone des chiffres de vente qui le satisfont encore moins qu’ailleurs. Ce qui l’a poussé à réaliser « un projet dans le projet », en donnant aux pages « Métropole » une identité particulière. La zone de Lille-Roubaix-Tourcoing concentre en effet une série de particularités qui la différencie des autres zones d’édition : la place importante des transports en commun, une proportion importante d’étudiants et la concurrence de trois quotidiens gratuits que sont 20 Minutes, Metro et Lille Plus (lancé par le groupe Voix du Nord pour occuper le terrain face aux deux premiers) (2).

L’organisation du travail changera également au sein des deux journaux. Ces changements découlent principalement de contraintes techniques. Imprimer plus de pages suppose de changer plus souvent les plaques sur les rotatives. Ce qui est tout simplement plus long. La direction avait estimé à 40 minutes le temps à « économiser » dans le processus de fabrication pour tenir les horaires de distribution des journaux. Avec plus de pages à produire, un incident à l’imprimerie entraînerait-il plus de conséquences ? Ce qui est sûr, c’est que les éditions de la métropole lilloise en subiraient les premières conséquences, celles-ci étant imprimées en dernier. C’est d’ailleurs ce qu’a vécu le journal il y a quelques jours, à cause de la rupture d’une courroie sur une des machines de la Pilaterie. L’incident a nécessité un temps de réparation conséquent.

Nouvelle ordre de passage sur les rotatives

Tout cela s’ajoute à une nouvelle répartition de l’ordre de passage des 30 éditions imprimées chaque nuit à Marcq-en-Baroeul (3). Ce qui aura notamment des répercussions sur l’heure de bouclage des deux titres. La Voix du Nord devra avoir envoyé sa dernière page pour 23 h 10 et Nord Eclair pour 23 h 30. Dans ses pages dédiées aux courses Nord Eclair du samedi 29 avril annonçait ainsi : « En raison de l’heure de bouclage de nos pages hippiques, il ne nous sera plus possible de vous donner les résultats et rapports de toutes les courses disputées en nocturne ». Les journalistes de Nord Eclair devront par ailleurs se faire à une autre exigence : celle d’alimenter le site internet du quotidien, qui a vécu ses premières heures en même temps que la nouvelle formule du titre (4). Cette création se fait en effet à effectif constant, soit une rédaction de 50 journalistes.

Ludovic FINEZ

(1) Même si tous les départs n’ont pas été remplacés, les quatre clauses de cession enregistrées en sept années à « La Voix du Nord » se sont traduites par des dizaines d’embauches de jeunes journalistes. La rédaction du quotidien affiche une moyenne d’âge inférieure à 40 ans.

(2) « Lille Plus » enregistre, selon Jacques Hardoin, directeur général du groupe Voix du Nord, une progression annuelle de l’ordre de 30 à 35% de son chiffre d’affaires publicitaire. Le titre n’a cependant pas atteint son équilibre, enregistrant l’année dernière un déficit d’exploitation (comblé par le groupe) d’environ un million d’euros.

(3) A la Pilaterie, sortent les 24 éditions de « La Voix du Nord », les 5 de « Nord Eclair » et l’édition unique de « Nord Littoral » (Calais). « Nord Littoral » (un peu plus de 9.000 exemplaires par jour), seul quotidien du groupe Voix du Nord à enregistrer une progression de ses ventes, est déjà imprimé en petit format. Il se contente donc d’un changement de maquette. Quant aux hebdomadaires que possède le groupe dans le Nord-Pas-de-Calais, ils sont imprimés par la SA Presse Flamande, à Hazebrouck.

(4) www.nordeclair.fr.


L’exclusivité qui a fait grincer des dents

Organisé à Lille du 24 au 28 avril, le congrès de la CGT, qui a d’ailleurs été l’occasion d’officialiser la naissance d’une section Nord-Pas-de-Calais du SNJ-CGT, a suscité un engouement médiatique comme le syndicat en a rarement connu. Les effets de la récente mobilisation contre le CPE y sont probablement pour beaucoup. Environ 200 journalistes avaient demandé une accréditation pour couvrir l’événement. L’intérêt des journalistes s’était manifesté avant même le début du congrès. Samedi 22 avril, les habitués des « Petits déj’ » de Nord Eclair (1) auraient ainsi dû lire une longue interview de Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT. C’est du moins ce que le quotidien avait programmé. A la place, les lecteurs ont découvert une interview de la danseuse Marie-Claude Pietragalla, qui vient de créer un spectacle à l’occasion du centenaire de la catastrophe minière de Courrières. A force de rendez-vous impossibles à caler avec Bernard Thibault, les journalistes de Nord Eclair ont en effet fini par apprendre, par son attachée de presse, qu’une exclusivité avait été demandée - et accordée - par La Voix du Nord. L’interview en question, signée par le correspondant parisien du journal, a paru le dimanche en page « Région ». De son côté, Nord Eclair a dû se contenter, pour sa page « France » du samedi, d’extraits d’une interview et d’un encadré sur les thèmes du congrès, réalisés par l’AFP (2). Idem pour la photo qui accompagnait le sujet.

« C’est assez fréquent »

L’épisode a causé quelques grincements de dents au sein de la rédaction. « Je trouve que c’est une erreur de la part des interviewés [de nous écarter] parce que nous sommes plus petits que notre puissant concurrent  », estime le rédacteur en chef de Nord Eclair, Jean-René Lore, qui ne remet pourtant pas en cause le principe général des exclusivités. Jacques Hardoin, qui cumule les fonctions de directeur général de La Voix du Nord et de président de Nord Eclair, explique qu’il « ne savai[t] pas  ». Mais « cela montre que les rédactions sont excessivement autonomes et indépendantes  », se félicite-t-il. Sur le fond, il estime que « c’est à Bernard Thibault de savoir s’il donne une exclusivité ; ce n’est pas à moi de le dire. » L’attachée de presse du secrétaire général de la CGT explique pour sa part qu’une fois l’exclusivité accordée, elle ne pouvait revenir dessus lorsque Nord Eclair a sollicité un rendez-vous. Jean-Michel Bretonnier, rédacteur en chef de La Voix du Nord, confirme la démarche. « C’est assez fréquent, commente-t-il. Les interviews politiques valent surtout parce qu’elles sont exclusives. » Tout en précisant que la demande d’exclusivité concernait surtout les médias nationaux et pas Nord Eclair en particulier. Les deux rédacteurs en chef nous ont d’ailleurs expliqué qu’ils n’avaient pas échangé sur ce sujet.
A France 3 Nord-Pas-de-Calais, certains ont également été déçus que Bernard Thibault décline l’invitation, lancée il y a plusieurs mois, à participer à l’émission « Voix publique », alors que le soir même, il donnait une interview sur l’antenne nationale de la chaîne. La raison serait cette fois-ci tout autre : selon l’attachée de presse du secrétaire général de la CGT, le programme du congrès ne permettait pas à ce dernier d’être présent à temps sur le plateau de « Voix Publique », dont la diffusion débute à 18 h 40.

L. F.

(1) Publiée chaque samedi, la rubrique « Petits déj’ » (maintenue dans la nouvelle formule) propose sur une page complète une longue interview d’une personnalité, le plus souvent du Nord-Pas-de-Calais.

(2) Le lendemain, « Nord Eclair » consacrait une page au thème « Syndicalistes : pourquoi ils s’engagent ».


 

 
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