Le tribunal de commerce de Lille hérite du dossier « France Soir » - 26 janvier 2006 26 janvier 2006

Le dossier France Soir, placé en redressement judiciaire depuis fin octobre, a été délocalisé de Bobigny à Lille. L’actionnaire principal, Raymond Lakah, avait en effet déposé une requête en « suspicion légitime » contre le président du tribunal de commerce de Bobigny.
Photo Gérard Rouy.

« Nous n’avons pas encore reçu le dossier. » Annoncée mardi soir par l’AFP, la « délocalisation » à Lille du dossier France Soir n’avait pas encore, jeudi 26 janvier, entraîné d’effervescence particulière au tribunal de commerce de Lille. Pas plus qu’à celui de Bobigny, où on expliquait « ne pas avoir eu de confirmation » de cette décision. Pour sa part, le greffe du tribunal de commerce de Lille précisait attendre l’ordonnance de la cour d’appel de Paris, qui a décidé de dépayser à Lille tous les dossiers des sociétés de Raymond Lakah, parmi lesquelles Presse Alliance, la société éditrice de France Soir. Raymond Lakah, qui avait racheté France Soir en 2004 aux italiens de Poligrafici Editoriale (qui ont toujours une participation minoritaire), est en effet à la tête de plusieurs entreprises engagées dans des procédures de liquidation. Outre Presse Alliance, les autres sociétés concernées (Star Airlines, Angel Gate Limited, Safar Tour et Air Horizons) évoluent dans le domaine des compagnies aériennes.

Un nouveau juge commissaire

Or, Pierre Dangu, le président du tribunal de commerce de Bobigny, serait selon Raymond Lakah actionnaire de la maison mère d’Air Horizons. D’où un conflit d’intérêt qu’il dénonçait depuis plusieurs semaines. Pour corser le tout, il a même porté plainte contre Pierre Dangu pour « escroquerie » et « abus de confiance ». Ce dernier a répliqué en déposant une plainte contre X pour « faux et usage de faux »… La cour d’appel de Paris a donc motivé sa décision par un souci de « bonne administration de la justice ». De leur côté, les salariés ont accueilli la nouvelle avec surprise. « On pensait que ce serait délocalisé à Créteil ou à Nanterre, en tout cas un tribunal dans le ressort de Paris », confie Christian Gourdet, délégué syndical du Livre CGT et représentant des salariés dans la procédure. « C’est un grand sujet d’étonnement, confirme Florence Grosjean, secrétaire (SNJ-CGT) du comité d’entreprise. Cela va au moins compliquer les choses d’un point de vue pratique. » « C’est peut-être un dossier un peu chaud que l’on a voulu éloigner… », se risque son collègue. Parmi ses sociétés, Raymond Lakah est en est en effet le repreneur d’Euralair, qui a depuis fait faillite, soupçonnée d’avoir fait bénéficier au couple Chirac de voyages gratuits (1).

Concrètement, les administrateurs qui gèrent France Soir depuis son dépôt de bilan ne devraient pas changer. Ces derniers ont en effet une compétence nationale. En revanche, le tribunal de commerce de Lille devra désigner un juge commissaire, chargé de piloter le dossier, et probablement un nouveau représentant des créanciers. Après plusieurs délais accordés, la limite pour le dépôt des dossiers de reprise de France Soir avait été fixée au 31 janvier. Cinq offres ont déjà été déposées, par Vincent Lalu, directeur des éditions de La Vie du Rail, l’actuel directeur général de France Soir et son rédacteur en chef, pour un dossier commun, le marchand de biens immobiliers Jean-Pierre Brunois, l’ancien propriétaire du quotidien Georges Ghosn et ICM, un groupe agroalimentaire luxembourgeois dont on sait peu de choses. Le géant canadien de l’imprimerie, Quebecor, pourrait également être intéressé, mais n’a déposé aucune offre pour le moment. Ou alors peut-être fait-il partie d’un tour de table cité plus haut ? Selon Christian Gourdet, les offres déposées se situent dans une fourchette de 23 à 72 salariés conservés, sur un total actuel de 120. Financièrement, la proposition la mieux-disante serait celle d’ICM, avec 7 millions d’euros. « Mais nous manquons de détails, les intentions sont encore très vagues », ajoute le représentant des salariés. Quant à celle de Vincent Lalu, « nous n’avons pas de nouvelles de son financement », assure le syndicaliste. Mais Florence Grosjean précise que quasiment aucun dossier ne comprend pour le moment de plan de financement. Les candidats ont jusqu’au 31 janvier pour compléter leur offre. Elle espère qu’après déjà trois reports, cette date ne sera pas dépassée.

Deux revenants parmi les candidats à la reprise

De fait, cette liste comporte deux noms déjà apparus dans l’histoire récente du journal. Car France Soir a vécu en quelques années un nombre de péripéties impressionnant. Jean-Pierre Brunois, marchand de biens immobiliers, avait déjà « failli » racheter le titre lorsque Poligrafici Editoriale avait mis en vente 51% du capital du journal, à l’été 2004. Devant son expérience quasi inexistante dans les médias, le flou artistique de son projet et la crainte de subir une liquidation déguisée, les élus du comité d’entreprise avaient refusé de se prononcer. Or même si cet avis n’est que consultatif, il est indispensable. Exit donc l’hypothèse Brunois, à l’époque. Aujourd’hui, ce dernier aurait fait une proposition qualifiée de « ridicule » par Christian Gourdet, à 50 000 euros.

En 2004, c’était finalement l’homme d’affaires franco-égyptien Raymond Lakah qui devait faire affaire avec le propriétaire italien de France Soir. Objectifs de diffusion ambitieux, projet d’un France Soir International en anglais : les plans de Raymond Lakah étaient motivants pour les journalistes… sur le papier. Car rien de tout cela ne s’est concrétisé. De fait, France Soir se débat depuis un moment dans des difficultés financières. Depuis plusieurs années, le réseau de correspondant en régions a disparu et les frais de reportage réduits au minimum. La rédaction ne sort donc quasiment plus de Paris…

Avant Poligrafici, c’est Georges Ghosn - lui aussi sur la liste des candidats déclarés (2)… - qui possédait le journal, acheté au franc symbolique à la Socpresse en 1999. Déjà, elles étaient bien loin les heures de gloire de ce quotidien, populaire et volontiers racoleur, qui a dépassé le million d’exemplaires. France Soir est l’héritier du journal clandestin résistant Défense de la France, créé en juin 1941. En novembre 1944, Pierre Lazareff, le rédacteur en chef du Paris Soir d’avant-guerre (le journal de Jean Prouvost, interdit à la Libération), de retour des Etats-Unis, était nommé directeur. Il rebaptisera le quotidien France Soir. Très vite contrôlé par Hachette, France Soir a souvent changé de mains. En 1976 il était racheté par Robert Hersant. Alors qu’ils ont fêté en 2004 les soixante ans de leur titre, les journalistes de France Soir ne savent pas s’ils auront l’occasion de souffler d’autres bougies.

« L’argent est parti, nous n’avons pas vu les projets »

Pour l’histoire récente, les salariés gardent en tout cas un ressentiment particulier sur l’épisode Lakah. « L’argent est parti et nous n’avons pas vu les projets », lance Christian Gourdet et « il n’a pas payé certains fournisseurs ». De fait, pour cause de grosses ardoises, France Soir n’est plus imprimé, depuis fin août, dans une grande partie Sud du pays. Soit « 15 à 20% » de la diffusion selon le délégué syndical, pour des ventes en kiosque « entre 36 000 et 40 000  » exemplaires. « Il nous manque encore beaucoup d’explications, acquiesce Florence Grosjean. Nous nous posons beaucoup de questions concernant France Soir International. Des sommes importantes (6,5 millions d’euros) sont sorties. Nous avons du mal à croire que ce soit uniquement pour financer ce projet [qui, de plus, n’a pas vu le jour, NDLR]… ». L’autre regret, c’est l’absence de réaction venue du ministère de la Culture et de la Communication, malgré une pétition déposée avec plusieurs centaines de signatures de personnalités et plusieurs motions de soutien. « On espérait au moins une déclaration sur le pluralisme de la presse … », regrette Christian Gourdet.

Le paiement des salaires serait assuré jusque la fin février, grâce notamment à des sommes préalablement bloquées par les créanciers puis remises en circulation après l’engagement de la procédure de redressement. Pour le moment, 700 000 euros (l’équivalent des pertes mensuelles du journal) seraient ainsi revenus dans les caisses, en attendant 300 000 euros supplémentaires début février. Un matelas qui ne permettra pas d’aller bien loin. Pour espérer que l’entreprise poursuive son activité, il faudrait qu’une solution soit trouvée d’ici la mi-février.

Ludovic FINEZ

(1) Ces faits sont antérieurs à l’arrivée de Raymond Lakah à la tête de l’entreprise.

(2) « Il y a des choses drôles dans son plan », commente Florence Grosjean. Apparemment, Georges Ghosn précise dans son dossier qu’il tient beaucoup à la grande table de réunion du journal…


 

 

 

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