Le tribunal refuse de mettre « Mon Œil » sur la paille - La Lettre du Club n°68 juillet/août 2005

L’hôpital de Boulogne demandait 45 000 euros d’indemnités au mensuel satirique « Mon Œil », pour un article paru en mai. Le tribunal l’a débouté.

« Exclusif ! A l’hôpital de Boulogne-sur-Mer, l’horreur d’un ²assassinat raffiné² ». Il ne s’agit pas d’un titre de l’hebdomadaire à sensation Détective, mais de la une du numéro de mai de Mon Œil, mensuel satirique édité par l’association Opale Expression Information Libre et distribué dans le Boulonnais. A sa tête, Daniel Leau, un ancien de La Voix du Nord, qui collabore aujourd’hui notamment au Canard Enchaîné. Dans ce dossier de 10 pages, le journaliste revient sur un épisode douloureux, le décès en juin 1998, à l’hôpital Duchenne de Boulogne-sur-Mer, d’un adolescent de 17 ans. Sa mère, elle-même infirmière dans cet hôpital, a multiplié depuis les démarches, clamant que son fils est mort à cause de « négligences médicales ». Elle vient même de publier un livre (« Sacrifié par le corps médical », Société des écrivains de Paris), sur ses propres deniers, où elle parle d’une « suite de négligences médicales qui ont amené la mort » de son fils. « J’appelle cela un assassinat raffiné », écrit-elle même à deux reprises. Daniel Leau explique suivre « cette affaire depuis 1999 ». Enquête administrative, plainte de la mère auprès du Conseil régional de l’Ordre des médecins, expertise ordonnée par le Tribunal administratif de Lille, échange de courriers à n’en plus finir… Ce dossier a en effet connu de nombreux épisodes.
Jusqu’à la sortie de ce livre et la décision du journaliste de « briser l’omerta » en révélant l’affaire. Dans ce dossier, il reproduit des éléments glanés au cours de ces années : extraits de courriers, extraits d’expertises et autres rapports, interviews… Malgré son titre choc, Daniel Leau ne reprend pas à son compte les accusations de la mère, tout en dénonçant « la lâche attitude de certains membres du corps médical, du parquet de Boulogne-sur-Mer et des autorités de tutelle. Un peu plus de discernement et de courage leur aurait, peut-être, permis d’éviter la mort » du jeune garçon. Il évoque aussi « une expertise contradictoire tronquée (menée en 2002, Ndlr) », produite par un professeur qui, sans le savoir, ne disposait pas de certains éléments du dossier médical. Mais le journaliste évoque aussi la possibilité d’un « syndrome de Münchhausen par procuration ». Une forme particulièrement étonnante de maltraitance, dans laquelle un parent, en général la mère, utilise le corps médical pour atteindre son enfant en lui faisant subir des traitements médicaux.

Assigné en référé

Quelques jours après la sortie en kiosque du journal, Mon Œil était pourtant assigné en référé par un docteur (cible principale de la mère) et le centre hospitalier lui-même. Leurs demandes portaient sur le retrait de la vente du mensuel et le paiement de 45 000 euros d’indemnité « pour le préjudice causé à leur réputation » (et non - c’est important - pour diffamation). Autant dire la mort du journal, si le tribunal les avait suivis. Mais dans son jugement du 1er juin, le tribunal de grande instance de Boulogne « déboute les demandeurs de leurs réclamations ». L’exposé des motifs recèle quelques passages très importants en matière de droit de la presse. Le TGI explique ainsi que « M. Leau, pour l’essentiel, n’a fait que reprendre des passages d’un livre écrit par la mère de l’adolescent (livre qui n’a jamais valu de poursuites judiciaires à son auteur ni à son éditeur) ». Un peu plus loin : « Cet article, qui relate également les diverses expertises judiciaires qui ont conduit à estimer qu’il n’y avait pas eu de faute médicale, est au demeurant assorti de réflexions sur la personnalité de la mère, infirmière à l’hôpital, qui ne mettent pas en cause le reste du personnel soignant de cet établissement ». »

« Diffuser librement »

Le TGI rejette donc tout « outrage » et exclut « un quelconque droit à réparation, a fortiori des réparations aussi démesurées que celles réclamées (des milliers d’euros…) qui conduiraient en pratique à la disparition du journal et à la ruine de ses animateurs, et encore moins l’interdiction de sa publication, ce qui serait contraire à la liberté prévue tant par les lois de la république que par les traités européens, de diffuser librement les informations et les opinions ».
Evidemment, dans son numéro de juin, le directeur de la publication de Mon Œil ne pouvait que se féliciter d’une telle décision, en titrant : « La presse libre n’a pas été assassinée ». « Ayant publié tous les éléments à charge et à décharge dans cette affaire, en l’absence d’une prise de position officielle de la direction de l’hôpital de Boulogne-sur-Mer, nous estimions, à juste titre, avoir effectué correctement et honnêtement notre mission d’information », écrit-il. Certes, Daniel Leau ne se sera pas fait de nouveaux amis dans cette affaire. Mais en lisant, quelques pages avant, que le maire de Réty le considère comme persona non grata dans sa commune, on se dit qu’il doit avoir l’habitude…■

L. F.


 

 
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