Revue de presse du 8 au 10 avril

Les dieux du stade (11 avril 2011)

Et le vainqueur s’appelle… Fabian Cancellara ? Non, encore raté. Deuxième de Milan Sanremo, troisième du Tour des Flandres, le coureur suisse aura aussi échoué à monter sur la première marche du podium lors de cette 109e édition de Paris-Roubaix. Le champion du stade vélodrome, ce dimanche après-midi, s’appelle Johan Van Summeren. Il est belge. Ce coéquipier du champion du monde Thor Hushovd, plutôt habitué à rester dans l’ombre des stars, a profité cette fois, de la lumière des champions et s’est offert le luxe de demander la main de sa mie au beau milieu du vélodrome.

A la veille de la course, Tom Boonen, le champion flamand, évoquait « la fin de l’état de grâce de Fabian Cancellara », écrit Franck Séguin, envoyé spécial de Nord éclair à Compiègne. « Et ça suffit pour en faire l’homme à abattre ». Pas tout à fait : Cancellara est finalement monté sur le podium, sur la deuxième marche.

Quant à Tom Boonen, « retardé une première fois sur accident mécanique dans la trouée d’Arenberg », écrivait hier soir la Voix des Sports sur son site internet, « il a perdu toute chance ensuite d’enlever un quatrième succès en chutant à 70 kilomètres de l’arrivée ».

Des taureaux sur le vélodorome !

Il est un champion en devenir qu’ont pu observer tous les coureurs à leur arrivée sur la piste du stade vélodrome de Roubaix, ce dimanche. C’est justement le futur stade vélodrome, construit aux normes Haute Qualité Environnementale (HQE) qui, rappelle Youenn Martin, dans Nord éclair « n’existaient pas en 1895 ». Pourquoi en 1895 ? Il faut se plonger dans la longue histoire de « Roubaix et les vélodromes » pour le comprendre. On apprend donc, grâce à Nord éclair, que jusqu’en 1914, la course s’achevait sur un autre stade vélodrome, près du parc Barbieux. « Le vélodrome roubaisien », voulu et lancé par les deux industriels textiles à l’origine de la course, Théodore Vienne et Maurice Pérez, est maçonné en ciment, et recouvert de parquet. La loge du concierge est située sous un des virages. « Buvette au rez-de-chaussée, restaurant à l’étage », précise Youenn Martin, qui est allé à la pêche aux anecdotes. Dont celle-ci : saviez-vous qu’on organisait jadis des courses de taureaux sur le vélodrome ? Et qu’on est allé jusqu’à construire un « torodrome » à côté ? Et qu’en cette année 1899, on a organisé un combat entre un lion et un taureau ? Ce devait être un grand spectacle. Des trains devaient amener les spectateurs de Paris, ainsi que des journalistes venus spécialement de Bruxelles et de Londres. Pour voir quoi ? « Un flop », résume Youenn Martin, qui a replongé dans les chroniques de Jules Watteeuw, le célèbre Brouteux : « le lion, édenté et fripé, n’a pas eu la force de se battre ».

« C’est vraiment l’Enfer du Nord »

Après la guerre, le Nord est en ruines. « La fin du parcours offre un paysage de désolation aux coureurs. "Ici, c’est vraiment l’Enfer du Nord", déclare le coureur Eugène Christophe », explique encore Youenn Martin.

Le Nord, ce week-end, n’avait rien d’un enfer. Ou alors pour les agoraphobes. La Voix du Nord et Nord éclair sont allés à la rencontre de ces amateurs de vélos qui se sont lancés sur les pavés entre Saint-Quentin et Gruson, au célèbre Carrefour de l’Arbre. Pierre-Laurent Flamen, pour la Voix du Nord, a ainsi rencontré « de glorieux anciens », comme l’Irlandais Sean Kelly. « Ça reste l’enfer du Nord », a-t-il confié au journaliste. La preuve avec Michaël Gemarin, « pas auvergnat pour rien » : il a crevé cinq fois. « A huit euros la chambre à air, c’est un budget ». Certes. Justine Faiderbe, pour Nord éclair, a rencontré des amateurs plus enthousiastes, comme cet Australien qui estime que « pavés are fun », ou Franck, le Bordelais, qui, bien que « le moral cassé par une crevaison, reviendra affronter le parcours ». Que voulez-vous, « c’était un rêve de gosse ».

Le pavé de Martine Aubry

Comme dans bien des grands événements, la presse régionale profite aussi de Paris-Roubaix pour mettre le projecteur sur les zones symboliques du parcours. La Voix du nord et Nord éclair consacrent articles et photos aux pavés, « les vedettes de la course », selon la Voix du Nord, qui publiait aussi un article aux expressions liées au mot « pavé ». « Chacun comprend, par exemple, ce que l’on veut dire par "jeter un pavé dans la mare" : il suffit d’entendre Martine Aubry évoquer le temps où elle sera candidate et de voir se troubler l’eau de rose que certains optimistes veulent voir couler rue de Solferino », écrit Bruno Dewaele.

Dans la capitale des Flandres, Laurie Moniez dévoile tout ou presque du futur Vélille, le vélo en libre service. Il sera disséminé dans tous les quartiers de Lille. « Chaque conseil de quartier avait son mot à dire. Le grand gagnant ? Le centre ville, naturellement  », résume la journaliste de Nord éclair.

Quant à Florence Traullé, elle consacre deux pages de Nord éclair, dimanche, au « vent de renouveau » qui touche le « nord-est de la métropole », qu’on appelait autrefois « le versant nord-est  ». Elle rappelle les « villes fracassées par la disparition de l’industrie textile, un urbanisme désolant ». « Certes les taux de chômage restent affolants », écrit la journaliste. Mais « la transformation est palpable », poursuit-elle, citant le maire de Tourcoing, Michel-François Delannoy, qui se félicite de l’essor de la Plaine Images, un pôle dédié aux studios graphiques et audio-visuels autour du Fresnoy, du Centre régional de ressources audio-visuelles (Crrav), de Grand Lille TV et d’Ankama, l’entreprise à l’origine de Dofus, une série et un jeu à succès.

Pour illustrer le dossier de Florence Traullé, qui fait la une de Nord éclair ce dimanche, le quotidien basé à Roubaix a choisi une photo tirée d’un reportage précédent sur l’entreprise Ankama. On y voit des employés devant des rangées d’ordinateurs, qui planchent sur des dessins. Faut-il avoir l’esprit tordu pour y voir un alignement géométrique qui rappelle celui des machines à coudre d’antan ? Le renouveau, disions-nous ?

Comme les quotidiens Nord éclair et la Voix du Nord l’ont abondamment montré au cours de la semaine, et ce plusieurs jours de suite, La Croix du Nord revient aussi sur l’ouverture du nouveau centre commercial qui doit assurer la « résurrection » de Tourcoing, non sans ironie : « Saint-Christophe, nouveau patron du commerce tourquennois ».

La Croix du Nord aussi se saisit de l’actualité de Paris-Roubaix, mais pour mettre le « cap sur la fraternité », titre l’hebdomadaire chrétien, qui a choisi de consacrer un article au « Paris-Roubaix de la Fraternité », une journée consacrée à ce thème, co-organisée par l’Université populaire et citoyenne de Roubaix et par la Fraternelle de Paris, « une association qui a pour but de faire fraterniser les scientifiques et les artistes avec le monde du social », a expliqué Daniel Le Scornet, son fondateur, à Thomas Levivier.

« On le sait moins », rappelle le journaliste, Daniel Le Scornet est aussi candidat aux primaires socialistes. « Le politique est en fin de règne dans sa posture en surplomb de la société », estime cet ancien militant syndical. Que pense-t-il donc des trente propositions du Parti socialiste pour changer la France dans le cadre de l’élection présidentielle de 2012 ? L’Agence France-Presse, qui a largement couvert la présentation du document par Martine Aubry, le 5 avril, a noté que certaines mesures proposées par les socialistes « existaient déjà », comme la mise en place de tarifs sociaux.

Additions, soustractions et divisions

Jean-Michel Bretonnier, dans la chronique dominicale qu’il tient dans la Voix du Nord, a repéré chez les socialistes comme chez Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, « la tentation du repli sur soi ». Le rédacteur en chef de la Voix du Nord ne met pas tout le monde dans le même panier. Mais il remarque que « le projet socialiste, sans céder aux tentations radicales de la gauche de la gauche, fait néanmoins un pas vers un certain protectionnisme. Il a beau leur donner des allures sociales et écologiques, ses "écluses tarifaires" ressemblent bien à de vulgaires barrières ».

L’éditorialiste de Nord éclair, Patrick Pépin, constate que « les candidatures ont fait florès », et pas seulement au Parti socialiste. « Sitôt les cantonales terminées, la machine à produire des candidats à la présidentielle s’est mise en marche ». Et l’éditorialiste de faire les additions : « le retour des centristes, (…) une nouveauté », dans une configuration « qui ressemble à feu l’UDF, les libéraux en moins » ; « l’esquisse de candidature de Nicolas Hulot, (…) pas plus innocente que la précédente » ; et « la présence (…) de Jean-Luc Mélenchon, résolu à jouer les trublions  ».

« Soit Borloo fait pschitt, soit… »

Le sénateur UMP Jean-René Lecerf, qui participait samedi à Arras à une réunion des élus UMP-Nouveau centre, a résumé la situation ainsi, rapporte Sarah Bardis, dans la Voix du Nord : « Il y a deux hypothèses. Soit Borloo fait pschitt. Soit c’est Sarkozy qui plonge dans les sondages et qui s’efface ».

A La Poste, qui fait désormais grand cas des chiffres avec la banque postale, on aime les additions, mais on se souvient aussi que les chiffres se font avec des lettres. L’entreprise publique a en effet repris le flambeau de la dictée de Bernard Pivot, les fameux Dicos d’Or. Son but : « rappeler de façon ludique les règles du français, promouvoir et défendre la langue et, et lutter contre l’illettrisme », a indiqué le représentant de la Poste à Hugo Clément, de Nord éclair.

Le texte présenté samedi aux candidats nordistes, dans le grand amphithéâtre de la fac de médecine de Lille, a été écrit par Philippe Delerm. Son titre ? « L’amer et le sucré », peut-on lire dans la Voix du Nord, qui reproduit le texte dans son intégralité.

Mycologue, appenzell, clitocybe

Combien d’ouvriers d’Eiffage savent-ils écrire correctement mycologue, appenzell ou clitocybe ? A vrai dire, ce n’est pas la question qu’ils se posent actuellement. En grève depuis fin mars, les salariés du groupe de construction réclament des hausses de salaires et de meilleures conditions de travail, explique, dans Liberté Hebdo, Ludovic Finez, qui les a rencontrés sur le chantier du futur Grand stade de Lille, et qui ironise, dans son édito, sur « les vraies questions » : « faut-il mettre en place un code de la laïcité ? (…) Martine Aubry a-t-elle dévoilé son secret de Polichinelle trop tôt ?  »…

Tout ne va pas mal dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, note la Chronique du BTP qui, citant deux études, se félicite que le milieu régional « est moins touché » que d’autres par l’absentéisme et que, en matière salariale, les pratiques « mercenaires » ont cessé : « dorénavant, les entreprises ont revu leur politique salariale à la baisse ».

Les « vraies questions », ils sont sans doute nombreux à se les poser dans le BTP, ou à Carrefour, dont plusieurs magasins de la région étaient concernés par la grève des employés pour les salaires, rapportent la Voix du Nord et Nord éclair. Ils sont assurément nombreux à l’école : parents et enseignants, parfois avec les enfants, multiplient les initiatives pour protester contre les soustractions et les divisions. C’était le cas samedi à Armentières, Bray-Dunes ou Cambrai, indique Perrine Diéval, dans la Voix du Nord. « La colère monte », note Bruno Cadez, dans Liberté Hebdo. D’autant que, « dans le privé aussi, ça ferme », constate l’Indépendant du Pas-de-Calais. Après Paris-Roubaix, les dieux du stade sont fatigués. Les petites mains aussi.

Mathieu Hébert


 

 

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