LIBRES, ENFIN !

C’est avec beaucoup de joie que le Club de la presse Nord – Pas de Calais a appris, ce samedi matin 19 avril, la libération de Didier François, Pierre Torrès, Nicolas Hénin et Edouard Elias. Comme toutes les organisations et tous les individus qui se sont mobilisés pour les soutenir, sensibiliser l’opinion et exiger leur liberté, nous nous devons de rester vigilants. 


D’abord, c’est un immense merci que nous adressons à toutes celles et ceux qui ont partagé notre mobilisation tout au long de la détention de nos confrères en Syrie. Les médias, le comité national de soutien, le comité local qui s’est créé à Lille et dont le club est membre, les collectivités et les élus qui ont affiché les portraits des journalistes, l’Ecole supérieure de journalisme de Lille sur la façade de laquelle, rue Gauthier de Châtillon, a été transférée notre affiche de soutien après notre déménagement, les étudiants qui se sont rapidement mobilisés, les nombreux anonymes qui ont répondu à nos appels.

Depuis de longues années, et au long des nombreuses prises d’otage de journalistes qui se sont succédé en Irak, dans la jungle de Jolo (Philippines), en Afghanistan, en Syrie, nous n’avons de cesse d’alerter, de mobiliser et de répéter à l’envi que ces prises d’otages sont ignobles. Mais elles ne pourront jamais entamer la détermination des reporters de poursuivre leur travail : informer sur toutes les réalités de ce monde, aller sur le terrain.

La prise d’otage : une arme indigne

Les prises d’otages sont devenues beaucoup trop nombreuses et ne font que se multiplier. Elles touchent toutes celles et ceux qui, par leurs activités, gênent les dictatures, les ennemis de la liberté, les tenants d’un ordre passéiste et réactionnaire. Lorsqu’elles portent sur des journalistes, elles prennent une signification particulière, une portée que les preneurs d’otages ont appris à maîtriser pour mieux manipuler. Nous savons bien que les groupes armés qui commettent ces actes sont souvent animés d’intentions qui n’ont pas seulement -parfois jamais- de rapport avec de quelconques idéaux. La pression sur ceux qu’ils combattent, le drapeau brandi au service d’une foi incertaine, cachent souvent des objectifs beaucoup plus terre à terre. L’argent. Leur demande de reconnaissance, d’explication de leurs réalités, de leurs vérités, passent souvent loin derrière des demandes de rançon.

Les journalistes en font les frais parce que les ravisseurs comptent sur la médiatisation de leur captivité. Le combat des geôliers en perd toute morale et tout honneur s’il en a jamais porté. Comme un cancer, la prise d’otage continuera à se propager sur les zones de conflit. D’autres journalistes, hélas, tomberont dans le piège et vivront des moments effroyables. Comme ils mettront leur vie en danger où comme ils risqueront la prison. Car les preneurs d’otages ne sont pas toujours de vulgaires bandits armés, des soldats perdus. Ils peuvent aussi être incarnés par les autorités en place imbues de leur pouvoir.

Mardi 22 avril à midi, le Club de la presse Nord - Pas de Calais, l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille et le Comité Lillois pour la libération des otages ont décroché la bâche de soutien apposée sur la façade du 50, rue Gauthier de Châtillon à Lille

Le combat des journalistes chez eux

Lorsqu’il s’agit d’otages, comme l’ont été Didier François et Edouard Elias, enlevés au nord d’Alep le 6 juin 2013, Nicolas Hénin et Pierre Torrès, enlevés le 22 juin à Raqqa, les autorités du pays dont ils sont ressortissants doivent tout faire pour obtenir leur libération. La France l’a fait, une fois encore. Il faut s’en féliciter. La profession doit les soutenir. Elle l’a fait. C’est son honneur. La société citoyenne doit s’impliquer. Elle a été présente. Merci à elle. Personne aujourd’hui, ne prétend qu’il ne faut plus aller dans les pays où les conflits sont devenus tellement compliqués qu’une présence journalistique n’apporterait rien. Au contraire, l’absence des médias reviendrait à abandonner les populations de ces pays et à les laisser eux-mêmes pour otages.

Pour les journalistes, et tous ceux qui travaillent à informer, qui prennent des risques dans leur propre pays, à commencer par la Syrie, mais aussi dans toutes les parties du monde où le mot liberté sonne comme une offense pour les dirigeants et les clans, les démocraties doivent faire connaître leur combat, les soutenir, les défendre. Le rôle des associations, des médias, des élus, est primordial. C’est tout le sens de notre action. Ne pas le faire reviendrait à mépriser autant de peuples.

Aujourd’hui, nous ne boudons certainement pas notre plaisir en attendant l’arrivée de nos confrères à l’aéroport de Villacoublay et leur retour dans leurs familles. Nous ne cachons pas non plus notre admiration pour leur courage et pour le travail qu’ils ont accompli. Dans les jours qui suivent, nous détacherons leurs portraits de la façade de l’Ecole de Journalisme. Le Conseil général du Nord et la Ville de Lille en auront fait autant. En procédant à ces décrochages, nous aurons plus que jamais une vibrante pensée pour Didier, Edouard, Nicolas, Pierre et les nombreux otages qui sont toujours détenus. Ils croient en leur métier. Ils croient en l’humanité. Leur combat ne s’arrête pas là. Que vive l’information. Que vive le reportage.

Philippe Allienne


 

 

 

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