Maguy Barthaburu : « Les médias français méconnaissent la réalité centrafricaine »

La présidente de l’association Manassé (qui regroupe des Centrafricains du Nord de la France) s’indigne contre le traitement de l’information sur la Centrafrique. Selon elle, on instrumentalise les confessions religieuses au détriment de la réalité.

Maguy Barthaburu lors de sa venue au Mardi de l’info du Club de la presse au mois de novembre 2013

Lorsque vous êtes venue aux Mardis de l’Info du Club, le 12 novembre, vous avez poussé un cri d’alarme sur la situation dramatique que vit votre pays depuis le mois de mars et vous dénonciez l’indifférence internationale. Maintenant que l’Onu a autorisé l’intervention française, en soutien à la Misca, et que d’autres pays s’apprêtent à envoyer des forces armées en Centrafrique, quelle est votre analyse ?

Maguy Barthaburu : L’intervention française, dans le cadre de l’opération Sangaris lancée le 5 décembre, a contribué à calmer plus ou moins le jeu. Les membres de l’ex-Séléka ne peuvent plus tuer comme ils le faisaient depuis le coup d’Etat du mois du 25 mars. La population centrafricaine est davantage protégée même si beaucoup reste à faire. A l’heure où je vous parle [l’entretien a été réalisé à 13 heure, ce 20 décembre – ndlr], une partie de la population se dirige vers le centre de Bangui pour exiger la, démission du président Michel Djotodia et le retrait de l’armée tchadienne du dispositif Misca. Devant l’Assemblée nationale, une équipe de l’ex-Séléka est sortie avec des armes lourdes dans l’attention affichée de tirer. Mais les membres de Sankari interviennent pour les empêcher. On voit bien que la présence française permet d’éviter de nouvelles catastrophes.

La manière dont les médias français traitent la crise ne vous satisfait pas. Pourquoi ?

M.B : Leur méconnaissance de la réalité centrafricaine risque de nous mener sur un terrain dangereux. Contrairement à ce qu’écrivent les médias, il ne s’agit pas d’un conflit inter-religieux. Les Centrafricains d’ici et de là bas se mobilisent, notamment à travers les réseaux sociaux, pour rectifier et dénoncer ces interprétations erronées, ces informations fausses. Des imams et des archevêques montent également au créneau. Il n’est pas question d’ajouter une autre donnée à la crise actuelle. Il faut bien regarder l’histoire de la Centrafrique. C’est un des rares pays, en Afrique, où l’Islam et les autres religions ont toujours cohabité de façon harmonieuse. Quant aux quartiers chrétiens ou musulmans dont parle la presse française, ils n’existent tout simplement pas. C’est encore une fausse information. Tous les quartiers sont multi-confessionnels. Il faut d’ailleurs noter que les reporters qui vont vraiment sur le terrain comprennent davantage les réalités.

On parle de milices d’auto-défense chrétiennes.

M.B : Cela ne correspond pas à la réalité. Les « anti-balakas » (ou anti-machettes) sont un mouvement d’autodéfense villageois de l’Ouham. Ce groupe a été créé il y a 20 ans dans cette partie frontalière avec le Tchad et le Soudan qui était devenue une véritable passoire. Les braconniers soudannais et tchadiens faisaient alors irruption en Centrafrique et dépossédaient les villageois tandis que le pouvoir en place laissait faire. Depuis plusieurs années, les « anti-balakas » étaient en stand by. Ils se sont à nouveau manifestés à partir de septembre, mais cette fois contre les rebelles de la Séléka et leurs exactions et en réaction à l’indifférence des autorités locales.

Comment voyez-vous l’avenir immédiat ?

M.B : La société civile centrafricaine, diaspora comprise, doit peser de tout son poids pour que l’opération Sangaris, via la Misca, réussisse. S’il y a ambiguïté, si l’on continue à dire que c’est un conflit entre chrétiens et musulmans, cela va alimenter la haine. Pour le reste, il est essentiel que le président Djotodia démissionne ainsi que l’ensemble du gouvernement. C’est la moindre des choses. Le sang n’a pas cessé de couler depuis leur prise du pouvoir. Il faut vite des élections pour une reprise en main des choses.

Propos recueillis par Philippe Allienne


 

 

 

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