Parlez-moi d ’Algérie (1) - 24 février 2003

Il est tout autant difficile de soutenir une action dont il se dit très fort qu’elle est une immense opération de communication pour le pouvoir algérien. Notre rôle n’est de toute façon pas celui-là. Au contraire, il est de continuer à soutenir nos consœurs et confrères qui exercent toujours dans des conditions difficiles. Hier confrontés aux menaces de mort des islamistes, les journalistes doivent aujourd’hui, plus que jamais, résister au harcèlement judiciaire et au renforcement du code de l’information.

Ce quotidien douloureux vaut pour les journalistes algérois. En région, les correspondants doivent également affronter les pouvoirs locaux mafieux. A Tébessa, l’an dernier, le président de la Chambre de commerce, Saâd Garboussi, n’a pas hésité à faire kidnapper et torturer le correspondant local d’El Watan. Las d’un harcèlement incessant, ce dernier, Abdelhaï Béliardouh, a fini par se suicider en avalant une bouteille d’acide. Son agonie a duré un mois. Ces dernières années, les représentants locaux d’El Watan, du Matin, d’El Khabar, de Chourouk El Youm, d’El Ahdat, de l’Est et d’Akhar Saâ, des organes de presse indépendants, ont été visés par cette autre forme de terrorisme.

D’est en ouest et du nord au sud, les journalistes sont soumis aux pressions, menaces, intimidations et poursuites en justice, quand il n’agit pas de tentative d’assassinat. Leurs bourreaux sont certains pouvoirs locaux qui leur reprochent d’oser parler de contrebande, trafic, corruption et autres actes de cette nature. Abdelhaï Béliardouh n’est ni leur première, ni leur dernière victime.

Début janvier, l’Union internationale de la presse francophone a reçu, à Alger, Hervé Bourges, président de l’Union de la presse francophone et président du comité mixte chargé de l’organisation de l’Année de l’Algérie, Jean-Louis Prévost, président du Syndicat national de la presse quotidienne régionale, et Laure Adler, directrice générale de France Culture.

Jean-Louis Prévost a proposé "des pistes dans le cadre de la formation et de l’échange de l’information entre les médias des deux pays". Il a également souligné qu’avant la fin de ce premier semestre, une rencontre entre journalistes et éditeurs de France et d’Algérie devrait permettre de "déterminer avec détail les différents axes d’échanges et de partenariat". Il a enfin insisté sur la nécessité "d’informer le lecteur français sur ce qu’est réellement l’Algérie d’aujourd’hui". Laure Adler a reconnu que les Français "vivent encore sur des clichés à propos de l’Algérie". Elle a plaidé pour une meilleure approche des relations entre les deux pays.

Rabah Chaïbi, administrateur du Club, entouré de
nos consoeurs Salima Tlemçani et Djaouida Azzoug
(Photo Gérard Rouy)

C’est précisément dans le sens d’une meilleure compréhension que nous avons confié à notre confrère algérien Rabah Chaïbi l’organisation d’une initiative propre au Club de la Presse. Il a choisi de l’intituler "Parlez-moi d’Algérie". Cela commencera les 6 et 7 mars avec la venue de trois journalistes algériennes. Le premier volet se déclinera en effet au féminin. Nous serons à la veille de la journée internationale de la femme. En Algérie, le rôle des femmes dans la résistance à l’intégrisme est connu. Dans les médias, il est tout aussi essentiel. Journalistes de terrain et observatrices averties de la vie politique, Salima Tlemçani et Djaouida Azzoug nous apporteront des témoignages de première main et nous dirons comment elles perçoivent la presse française.

Nous n’en resterons pas là. Dans le courant de l’année, nous vous proposerons des expositions, des publications et d’autres rencontres. Dès à présent, vous pourrez trouver et consulter, au Club de la presse, plusieurs titres de la presse quotidienne algérienne. Qui, mieux qu’eux, saura nous parler de l’Algérie de tous les jours ?

Philippe ALLIENNE


 

 

 

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