Edito

Pour que les otages sachent et entendent
La leçon de Jonathan Alpeyrie

D’aucuns pourraient encore croire que les manifestations de soutien aux otages, en l’occurrence ceux qui sont actuellement détenus en Syrie, sont inutiles, voire contre-productives. Les initiatives qui sont prises un peu partout en France pour les journalistes français Didier François, Pierre Torrès, Edouard Elias et Nicolas Hénin, démontrent le contraire. L’affichage de leurs portraits, auquel viennent de procéder le Conseil général du Nord et la Ville de Lille, la création d’un comité lillois de soutien, la mobilisation à laquelle nous appelons tous les 6 du mois, sont indispensables.

Martine Aubry, Maire de Lille, Présidente de LMCU, entourée de son 1er adjoint Pierre de Saintignon et de Philippe Allienne, administrateur du Club de la presse, lors du rassemblement de soutien aux otages du 6 mars

Ces affichages et rassemblements n’ont rien de dérisoire. En revanche, les prises d’otages sont absurdes en soi. Un otage, qu’il soit journaliste, humanitaire, prêtre, ou employé d’un groupe étranger, n’est pas responsable de la situation du pays où il est retenu. Il ne peut rien faire, sauf apporter lui-même un soutien à ceux qui, dans ce pays, sont des victimes, comme le peuple syrien. Or le peuple syrien a besoin que l’on sache ce qu’il se passe chez lui. C’est une condition pour qu’il puisse être libéré lui-même de sa propre condition d’otage. C’est une des principales raisons pour lesquelles le rôle des reporters ne peut être remis en cause.
Les ravisseurs sont animés par l’appât de la rançon qu’ils ne manqueront pas de toucher, quoi que l’on dise, ou par le désir de reconnaissance. Peut-être par les deux. Les otages, pour supporter leurs conditions de détention, ont besoin de relativiser leur isolement du reste du monde. Ils savent, grâce à ceux qui les ont précédé dans leur mauvais sort, que l’on se mobilise pour eux, que l’on pense à eux, que l’on a bien conscience de l’importance de leur rôle et du travail qu’ils réalisaient avant d’être capturés et coupés de leurs proches. On ne peut imaginer le réconfort que pourrait leur procurer un son, une image, une ligne en provenance de leur pays d’origine, de leur chez eux.

La bâche apposée sur le fronton de la Mairie de Lille

Il faut aussi retenir ce qu’en disent les otages lorsqu’ils sont libérés. Le photojournaliste franco-américain Jonathan Alpeyrie, otage durant 81 jours en Syrie et rentré fin juillet 2013, témoignait ainsi, lors de la soirée de solidarité organisée le 6 janvier à la Maison de Radio France : « J’allais dans la salle de télévision, raconte-t-il. On recevait France 24. Mais on ne parlait pas de moi car mon enlèvement avait été tenu secret. Les rebelles m’ont alors demandé pourquoi la télévision ne disait rien de moi. A cause de cela, ils m’ont accusé d’être un agent secret américain. »

On sait que Jonathan Alpeyrie a finalement été libéré après le versement d’une rançon par… un proche du régime syrien qui souhaitait se refaire une image auprès des milieux d’affaires occidentaux. La politique des Etats-Unis, en matière d’otages, refuse toute médiation et tout paiement de rançon. On comprend alors combien la question des otages demeure trop sérieuse et trop complexe pour être laissée aux seuls négociateurs ou à la seule diplomatie.

Philippe Allienne

On apprend à l’instant (vendredi 7 mars à 16h30) la libération de Jeppe Nybroe, journaliste danois indépendant, retenu en otage depuis 1 mois en Syrie. Quelques jours plus tôt, Marc Marginedas, journaliste espagnol, était lui aussi libéré.

Philippe Kanner, président du Conseil Général du Nord et Mathieu Bourgasser, membre du comité de soutien ont dévoilé à 11h30 la bâche sur la façade du Conseil Général

 

 

 

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