Les mardis de l’Info

Quand Aymeric Patricot et Saïd Bouamama échangent autour des Blancs pauvres

La rencontre pouvait semble improbable. Aymeric Patricot , 38 ans, est professeur dans la banlieue parisienne. Il a enseigné durant 10 ans en ZEP (zone d’éducation prioritaire). Il est diplômé d’HEC et de l’EHESS, agrégé de lettes, romancier et essayiste. Saïd Bouamama, né à Roubaix il y a 55 ans, est docteur en sociologie et chercheur à l’Ifar. Ce « fils de Zola et du FLN », comme l’appelle le journaliste Philippe Bernard dans son livre « La crème des Beurs » (2004) s’est fait, à travers une lecture marxiste, une spécialité de l’immigration, des classes et quartiers populaires, des discriminations, de l’ethnicisation. Ils ont échangé, pour les « Mardis de l’Info » sur ces « petits Blancs » que l’on peine à nommer ainsi. C’était à l’Espace Marx de Lille, le 13 mai. Nous vous en livrons la vidéo dans sa presque intégralité.

Lorsqu’il est sorti, en octobre 2013, le livre d’Aymeric Patricot n’a pas manqué de faire polémique. Le titre d’abord : « Les Petits Blancs – Un voyage dans la France d’en bas ». D’aucun n’ont hésité à classer l’auteur parmi les amis utiles de l’extrême droite. Et puis, Aymeric Patricot ose passer le barrage du vocabulaire. Ce vocabulaire qui a tellement bloqué –et qui bloque encore- lorsqu’il s’agit de parler banlieues, quartiers, immigration, etc. « Oui, les Blancs très pauvres existent. Je les ai rencontré » pourrait-il dire.

La « question ethnique », il l’a découverte enseignant en ZEP. « J’étais le seul Blanc devant des élèves d’origine extra-européenne », se souvient-il. Les mots : « origine extra-européenne », « Blanc » (qui renvoie au domaine racial) font à eux seuls débat. Aymeric Patricot le reconnaît. Il n’en a cure. Ou plutôt, il choisit de dépasser les contraintes du vocabulaire pour traiter d’un sujet trop souvent évité par les médias, ainsi qu’il l’affirme. Les personnes blanches très pauvres.

Sa définition du « Petit Blanc » : « Un Blanc pauvre qui prend conscience de sa couleur de peau dans un contexte de métissage ». Familier de la culture américaine, il se réfère au terme « White trash » qui désignait, dans le sud des Etats-Unis, des Blancs plus pauvres que les anciens esclaves. Dans une version plus moderne, ce sont ceux qui ont vécu dans une caravane et/ou on connu la violence dans les lycées métissés.

Saïd Bouamama et Aymeric Patricot au coté des animateurs des Mardis de l’info

White trash à la française

Affaire de classes sociales, voire de lutte des classes, plutôt qu’affaire d’ethnicisation ou de racisme ? Le sociologue Saïd Bouamama apporte sa réponse et développe la problématique du vocabulaire et des concepts volés par le Front national. «  Le problème du concept de « Petit Blanc » est qu’il faut le redéfinir à chaque fois, insiste-t-il en faisant remonter les racines à la colonisation et à la dimension idéologique d’alors. Les deux hommes produisent un dialogue riche et inédit. A voir sur la vidéo.

« Votre livre repose sur un recueil de témoignages dans cette France d’en Bas. Comment avez-vous travaillé ? », interroge Djamila Makhlouf (Les Mardis de l’Info). Aymeric Patricot explique qu’il portait ce livre depuis longtemps. Il voulait «  parler des Blancs pauvres dans une France métissée ». Une partie des témoignages sont recueillis auprès de personnes qu’il connaissait déjà. Et il est allé en recueillir d’autres sur le terrain, dont celui de l’ex bassin minier du Nord – Pas de Calais. Et de préciser au préalable : «  J’écris dans une tradition : l’essai mâtiné de témoignages. Je suis entre l’essai et le témoignage ». Un peu comme l’ont fait Gide et Césaire.

Ph A
Photos Gérard Rouy

A lire :
- « Les Petits Blancs – Un voyage dans la France d’en Bas » - Aymeric Patricot – Plein Jour Ed. 2013
- « La France – Autopsie d’un mythe national » - Saïd Bouamama – Philosopher Larousse – 2008
- « Les classes et quartiers populaires – paupérisation, ethnicisation et discrimination » - Saïd Bouamama - Ed. du Cygne – 2009


 

 

 

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