Regards de Presse : la fiction européenne d’Andreï Kourkov

, par communication@clubdelapressenpdc.fr

Rendu célèbre par son roman « Le Pingouin », le romancier et journaliste ukrainien russophone Andreï Kourkov est de retour dans les rayons des librairies avec « Vilnius-Paris-Londres » paru aux éditions Liana Lévi. Il était l’invité du Club de la presse, de l’ESJ Lille et du Furet du Nord pour une rencontre « Regards de presse » pour présenter son livre et partager sa vision de l’Europe le mercredi 3 octobre.

« Mon premier roman sans Ukraine et sans Ukrainien » déclare l’auteur à propos de l’ouvrage. Il est vrai qu’il délaisse pour la première fois son pays d’adoption, il est né en Russie, mais a grandi à Kiev, pour s’intéresser cette fois à la Lituanie. Ce choix est un hommage à ce pays dont l’histoire est méconnue des Européens et dont la population cultive un état d’esprit très différent de celui des autres pays baltes. En choisissant de situer le début du récit en 2007, au moment ou l’espace Schengen s’est élargi, Andreï Kourkov explore un moment fort de la construction européenne. Le livre s’appelle d’ailleurs « Une histoire de Schengen » en version originale et « Cartographie des libertés » dans sa version allemande. En effet, c’est l’exercice de la liberté, et ses limites, qu’explorent les trois couples dont on suit le parcours. L’un tentera sa chance à Londres, l’autre à Paris et le troisième fera le choix de rester au pays. 

Sauver le rêve européen

Andreï Kourkov explique que l’entrée dans l’espace Schengen a été perçue comme une possibilité de changer de vie pour une partie de la population des pays baltes. Le destin des personnages a une valeur pédagogique selon l’auteur « les Lituaniens doivent comprendre que l’Europe, ce n’est pas la Lituanie en plus grand ! Il faut être bien préparé pour tenter l’émigration », « on a une vision très romantique dans les pays baltes : la liberté d’expression, de meilleurs salaires... ». Un des personnages résume les déconvenues que peuvent rencontrer les candidats aux départs « Je ne suis pas venu en France pour finir au fin fond de la Bourgogne », « les gens sont attirés par les cartes postales. La France, c’est Paris, l’Angleterre, c’est Londres » complète le romancier. Cela ne doit pas réduire le livre à une vision pessimiste de l’Europe, bien au contraire. Avec son style, empreint de fantaisie et parfois de fantastique, Kourkov tente de sauver le rêve européen estimant qu’il y a « besoin de fiction sur l’Europe. Il y a trop de livre non-fictionnel et triste à propos de l’Europe ». Le livre se veut aussi un appel à la curiosité, à la compréhension de nos voisins, à la liberté d’expression et de circulation... Les valeurs européennes en somme.

L’héritage cosaque

Andreï Kourkov en dédicace avec les étudiants de l’ESJ Lille après la rencontre.

Interrogé sur sa vision du travail de journaliste, il a notamment écrit dans la presse internationale sur les relations Ukraine-Russie ou en tant qu’éditorialiste, Andreï Kourkov explique préférer la littérature et la fiction et se concentrer sur ces genres. Néanmoins, il fait des exceptions « quand la réalité est trop agressive, je n’écris pas de fiction ». Ce fut le cas lors de la rédaction de « Vilnius-Paris-Londres », interrompue par les événements de la place Maïdan à Kiev en 2013, à 500 mètres de chez lui. Il se rend alors sur place, pour comprendre le mouvement, rencontrer les gens. Il en a tiré le livre « Journal de Maïdan » (éd. Liana Levi). Plus largement, sur la situation du journalisme en Ukraine, Andreï Kourkov déclare que « la plupart des journalistes [ukrainien] pensent que leur travail est de critiquer le pouvoir en place ! ». Un paradoxe qui s’expliquerait par l’héritage cosaque, « L’Ukraine à l’anarchie dans sa matrice historique, naturellement les Ukrainiens n’aiment pas les règles, le pouvoir et le président ». La situation du pays et le conflit avec le voisin russe, rendent le travail de journaliste dangereux. Pour sa part Andreï Koukov, qui a vu ses livres interdits en Russie, prends les choses avec ironie :« Tout est possible, assassinat, etc., mais j’espère que je ne suis pas assez important ». C’est aussi de cette façon qu’il considère ses souvenirs de l’époque soviétique, un autre héritage sans doute.

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