Soutien à La Voix du Nord et à l’ensemble des médias et des journalistes victimes de la haine

, par Faouzia

L’acte 9 de la mobilisation des Gilets jaunes, ce week-end du 12 janvier, a été marqué par une multiplication de violences contre les médias et contre les journalistes. Comme le dit le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, « un cap a été franchi ». Une douzaine d’agressions au moins ont été constatées entre le vendredi 11 et le dimanche 13 janvier avec la tentative d’incendie des locaux de « La Voix du Nord ».

Dans la nuit de samedi à dimanche, une trentaine de manifestants a bloqué le dépôt de ce journal à Valenciennes, empêchant la distribution de 20 000 exemplaires et privant 100 000 lecteurs de leur quotidien régional. Ces chiffres, donnés par la direction de « La Voix du Nord », ne sont pas anodins. En se livrant à de tels actes, les manifestants sont en pleine contradiction avec ce qu’ils prétendent défendre. Ils pensent pour les lecteurs, c’est-à-dire pour les citoyens, en leur imposant une diète informative. Où est dès lors la demande de démocratie, d’égalité, de justice, des Gilets jaunes ?

De telles actions ont été commises à Auxerre, où le centre d’impression de « L’Yonne républicaine » a été bloqué. « Le Journal du Centre » et « La République du Centre » (du groupe « Centre France ») n’ont pu être distribués. A ces blocages se sont ajoutées des violences physiques contre des journalistes de LCI et un agent de sécurité à Rouen, une autre équipe de LCI à Paris, un journaliste du média local « C L’Info » à Pau, frappé en plein direct télévisé. Une journaliste pigiste de la « Dépêche du Midi », à Toulouse, a été menacée de viol. A Bourges, des confrères ont fait l’objet d’intimidation au son de la « quenelle » antisémite. A Toulouse, deux journalistes de l’AFP ont été menacés puis frappés. D’autres, à Marseille ont été empêchés de travailler.
La liste n’est pas exhaustive. Un tel nombre de faits, à travers toute la France, interroge gravement. Ces violences sont commises alors que le mouvement des Gilets jaunes semble vouloir se pacifier en mettant en place son propre service d’ordre.
Rien ne peut excuser de tels actes. A cet égard, le commentaire de l’ex-ministre aux Affaires européennes Noëlle Lenoir, qui renvoie les journalistes à leurs responsabilités, est inacceptable.

A l’entendre, et quoi qu’elle puisse dire pour tenter de se dédouaner, les journalistes et leurs médias auraient choisi de privilégier des informations négatives (en l’occurrence les violences commises par les manifestants) et doivent en accepter les conséquences ! C’est peu ou prou l’idée que répandait un certain Laurent Ozon, écologiste identitaire un temps rallié au Front national. Ce dernier, qui avait peut-être mal lu « Les petits soldats du journalisme » de François Ruffin (au début des années 2000), estimait en effet que les journalistes sont en guerre de par leurs choix éditoriaux. En conséquence, ils doivent accepter de prendre des coups. Physique bien évidemment.

Rien, absolument rien, ne doit interdire la critique des médias et du travail des journalistes. Ces derniers savent d’ailleurs, très souvent, se montrer autocritiques. Mais rien, absolument rien, ne doit autoriser que l’on s’attaque physiquement à des journalistes et à des entreprises de presse. On se souvient que « La Voix du Nord » avait, en 2015, pris une position très courageuse contre le Front national à Hénin-Beaumont et contre les déclarations violemment racistes de ses dirigeants. Dans cette ville du Pas-de-Calais, les élus d’extrême droite ne l’ont pas ménagée et ne ménagent toujours pas les journalistes de l’édition locale.
Aujourd’hui, comme par hasard, des manifestants qui revêtent le jaune fluorescent, s’en prennent à ce journal. Leurs complices en font autant dans de nombreuses villes de France. Voilà qui, ajouté à des déclarations de politiques de divers bords, ne sent pas bon du tout. Plus que jamais, il nous faut être très vigilants. Ceux qui s’en prennent ainsi à la liberté de la presse en veulent plus simplement à notre liberté, à notre démocratie, à notre république.
Le Club de la Presse Hauts-de-France assure « La Voix du Nord » de son entier soutien et de sa solidarité. Il est tout aussi solidaire des journalistes et des médias qui font l’objet, non plus de critiques, mais de haine.

Philippe ALLIENNE
Président du Club de la presse Hauts-de-France
Président de la fédération des Press Clubs Européens

Les agressions de samedi ont suscité d’autres réactions et messages de soutien. « Critiquez-nous tant que vous voulez, c’est bien normal. Mais n’oubliez pas qu’un pays sans journalistes s’appelle une dictature », a lancé sur son compte twitter le journaliste Thomas Sotto. 

« Il y a les dictatures où le pouvoir enferme, torture et tue les journalistes. Et il y a les démocraties comme la France, où c’est le “peuple” auto-proclamé qui s’en charge », a réagi de son côté l’écrivain et philosophe Raphaël Enthoven. 

« Ce sont souvent les journalistes, photographes, vidéastes les plus précarisés qui mouillent leur chemise pour faire remonter gestes et paroles du terrain. En sus d’être d’une infinie tristesse, les images d’hier sont plus qu’inquiétantes », a également déploré l’historienne Laurence de Cock.

Le tweet de Noëlle Lenoir, ministre des affaires européennes dans le second gouvernement Raffarin (2002-2004), affirmant que « les journalistes de LCI agressés par les gilets jaunes sont responsables de ce qu’ils subissent, mais aussi de ce qu’ils font subir aux [forces de l’ordre] jour après jour », a provoqué de nombreux commentaires. Certains internautes l’accusent d’être « irresponsable et indigne », d’autres la défendent. « Ceux qui pensent que je légitime la violence et ne défends pas ardemment la liberté de la presse n’ont pas compris mon souci de ramener les gilets jaunes à leur dimension réelle pour protéger les journalistes qui en sont victimes », a ensuite posté l’ancienne ministre sur son compte Twitter.


 

 

 

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