Dictionnaire amoureux du Journalisme de Serge July

Un formidable bagage pour demain...

Serge July : un authentique amoureux du « plus beau métier du monde » plutôt qu’un académicien.

Plus qu’un dictionnaire, c’est un panthéon personnel. Et comme tout dictionnaire est en retard sur la langue, les interrogations et les enjeux d’aujourd’hui ne sont pas le point fort du Dictionnaire amoureux du Journalisme de Serge July.

L’intérêt est ailleurs. Page 402... On se précipite sur l’article July (Serge), sous-titre Itinéraire d’un enfant gâté. Drôle de mise en abyme.
Le « Je » de July ne s’attarde pas sur les trente-trois années passées à Libération. Il y a une autre entrée pour cela, page 456, lettre L.

A la lettre J comme July, l’auteur plonge dans une enfance faite de non-dits pour retrouver les sources et les chemins qui le menèrent au journalisme.
July n’établit pas le parallèle mais nous ne sommes pas très loin de l’enfance de Louis Aragon. L’un fut poète et directeur des Lettres françaises. L’autre fut journaliste, directeur de Libé. Avec toujours cette nécessité intérieure de se trouver d’autres familles...

Dans cette « somme » qui est un peu comme un Serge July par lui-même, l’auteur nous convie à un voyage au travers ses racines, ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses passions... un voyage buissonnier qui souvent surprend et mène jusqu’à la figure de Tintin reporter.

Au passage, Serge July n’hésite pas à remettre quelques mythes à leur place, à l’image de Théophraste Renaudot, « collaborateur permanent de Richelieu », ou d’Albert Londres qui fut aussi « agent secret » comme le révèle Pierre Assouline.

Cela n’enlève rien aux qualités de « l’inventeur patenté du premier journal français » ni à la force d’écriture de celui qui «  incarne le grand reportage à la française », un journalisme des sens et du regard « qui ne fait confiance qu’à ses yeux, son cœur et sa main, celle qui tient la plume ».

Simplement, Serge July pratique ce qui doit être la qualité première et le réflexe de tout journaliste : le doute absolu.
Cela posé, l’homme n’hésite pas à revisiter les classiques du journalisme, Hersey, García Márquez, Defoe, Gide, Malaparte, Kessel, Grossman, Lanzmann… ni même à musarder du côté de ceux qui, en dehors du journalisme, disent beaucoup des marges de la profession, et de cette ineffable frontière entre journalisme et création littéraire, à l’instar de Marguerite Duras, d’Alexandre Dumas, d’Albert Camus, de Voltaire, de Zola ou d’Ernest Hemingway.

Avec bonheur, on retrouve la fameuse citation de Georg Wilhelm Friedrich Hegel : « La lecture des journaux est la prière du matin réaliste de l’homme moderne. On oriente son attitude au regard du monde vers Dieu ou vers ce qu’est le monde. Cela donne la même sécurité qu’ici : que l’on sache comment l’on se situe ».

Au passage, le lecteur du Nord regrettera le peu d’analyses et de commentaires de l’époque où July, responsable maoïste pour le nord de la France, bataillait avec les Houillères du côté de Lens et de Waziers, et couvrait l’affaire de Bruay-en-Artois pour La Cause du peuple. Mais il sera très intéressé par la saga historique sur les grands journaux et magazines parisiens créés par Jean Prouvost, le patron de Lainière de Roubaix, relancés par Ferdinand Béghin, l’industriel de Thumeries et de Corbehem, partagé entre sucre et papier.

Au final, si forcément en creux il parle de lui, Serge July écrit pour tous ceux pour qui la liberté de la liberté de la presse est constitutive de la démocratie. C’est un signe... Mis sous presse avant les attentats contre Charlie Hebdo, le Dictionnaire amoureux du Journalisme de July ne souffre pas de ce décalage d’actualité, tant la place accordée à Charlie Hebdo, au professeur Choron, à Cavanna, à Cabu ou à Wolinski y est importante.

Voilà un dictionnaire que l’on peut lire d’une traite de A à Z, ou au contraire en picorant ici ou là au hasard d’un titre qui accroche. C’est surtout un livre vers lequel sans cesse on revient.
C’est en étant le plus profondément soi-même qu’on peut prétendre à l’universel.
Au travers les chemins et les virages qui furent les siens, Serge July livre un formidable bagage permettant à tout « honnête journaliste » d’aujourd’hui de savoir d’où il vient, et ainsi d’affronter les enjeux de demain.

Hervé LEROY

- Dictionnaire amoureux du Journalisme. Serge July. Plon. Prix : 25 euros.
- A ne pas rater : ce lundi 18 mai à 17 h 30 au Furet du Nord à Lille : avec le Club de la Presse Nord – Pas-de-Calais et le Furet, le débat Regards de Presse avec Serge July pour son livre Dictionnaire amoureux du journalisme. Entrée libre.


 

 

 

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