« VaVu » : des voix pour le Darfour

Nocky Djedanoum, écrivain et journaliste tchadien résidant en France, est le directeur de Fest’Africa, un festival de littérature et des arts africains organisé depuis quinze ans à Lille et depuis quatre ans à N’Djamena (Tchad). Avec d’autres, il a décidé de se mobiliser pour le Darfour, à l’ouest du Soudan, où selon l’Onu plus de 200 000 personnes ont été tuées et 2,5 millions déplacées (1). Le journaliste est venu présenter cette initiative lors d’une conférence de presse, le 20 juin, au Club de la presse.

Photo : Christian Furling

« Ce qui m’a fait réagir, c’est le silence des Africains eux-même. Si les médias occidentaux commencent à s’intéresser à ce drame, ce n’est pas le cas des médias africains qui sont absents. » Déjà à l’époque du génocide au Rwanda, Nocky Djedanoum faisait le même constat, ce qui l’avait poussé à s’investir pour médiatiser les massacres. Grâce au soutien de la Fondation de France, il s’était donc rendu en 1998 dans des camps de réfugiés avec des écrivains. Un colloque intitulé « Rwanda : écrire par devoir de mémoire » a même été organisé à Kigali. « Nous étions attendus sur la musique et la danse, nous avons choisi la littérature pour témoigner. Dix livres ont été écrits. »

« Ce mutisme des Africains a plusieurs causes, pense le journaliste tchadien. L’esclavage puis la colonisation ont engendré des siècles de silence. Et au quotidien, ils se posent d’abord la question de savoir s’ils ont leur pain pour manger. C’est beaucoup plus facile pour la diaspora qui n’a pas à se poser cette question. » C’est dans l’optique de mobiliser des écrivains, des artistes, des historiens et des journalistes et d’installer une résidence pour recueillir des témoignages de Darfouris, rassembler le plus d’information sur l’histoire des réfugiés, qu’il vient de créer le mouvement Voix africaines, Voix Universelles. Toutes les disciplines artistiques peuvent être concernées. L’écriture bien sûr, mais pourquoi pas, aussi, la bande-dessinée ou la danse contemporaine…

Le révérend Jean-Marie Matadi Ngazuba et le journaliste Nocky Djedanoum (photo : Soizic Baron)

« La première chose à faire est de trouver des moyens financiers, explique-t-il. Nous allons monter des actions, des concerts de soutien pour récolter des fonds. Nous demanderons aussi une aide au ministère des Affaires étrangères et pourquoi pas à des gouvernements africains comme celui du Tchad. Des ONG comme Médecins Sans Frontières et l’Unicef, ainsi que le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU peuvent aussi nous apporter un soutien logistique sur place. » Il espère que les premiers artistes pourront ainsi se rendre au Darfour avant décembre. « Je rêve que VaVu devienne une ONG efficace, la première ONG africaine, poursuit-il. Et qu’elle puisse un jour intervenir ailleurs qu’en Afrique. »

Sensibiliser le public

Pour sensibiliser le public aux massacres perpétrés au Darfour, Fest’Africa et d’autres associations organisent dimanche 24 juin une rencontre (2). Des Darfouris, des travailleurs humanitaires et des journalistes apporteront leur témoignage. Le groupe « On a slamé sur la lune » y participera avec des poésies et des textes de circonstance, mettant l’accent sur « l’humain et l’inhumanité du conflit », au travers une série de personnages. L’association arrageoise « Le bon samaritain » présentera aussi son action. Elle héberge les réfugiés du Darfour et les aide dans leurs démarches pour obtenir une carte de séjour en France.

« En 2004 je ne connaissais pas la situation de ce pays quand j’ai reçu un réfugié dans mon bureau, explique le créateur de cette association, le pasteur Jean-Marie Matadi Ngazuba. Ce fut pour moi un véritable choc de voir un être humain réduit à ce point. Cet homme ne m’a jamais parlé de son histoire, tellement il était traumatisé. Les semaines suivantes, douze autres sont arrivés à Arras. J’ai donc pris la décision de les héberger. » Son association est la seule du département à avoir obtenu l’agrément de la préfecture pour héberger les demandeurs d’asile. Il a ainsi accueilli 170 Darfouris en 2006.

« Les demandes administratives sont de plus en plus difficiles car la loi a été durcie en 2005 », précise le pasteur. L’an passé, seulement 17 ont obtenu une carte de séjour. Ceux à qui elle est refusée ont alors un mois pour introduire un recours pour être reconnus réfugiés politiques. S’ils sont déboutés définitivement, ils disparaissent dans la nature. « Ils n’ont pas d’autre choix que de fuir leur pays pour aller n’importe où », poursuit-il. Pour décrire la situation au Darfour, il emploie le mot de « génocide ».

S. C.

(1) Pour six millions d’habitants en 2003.

(2) Dimanche 24 juin de 17h à 21h dans la Salle du Gymnase, 7 place Sébastopol, à Lille.


 

 

 

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