A la grâce - Une enfance dans les corons

Daniel Carton — l’auteur du best-seller « Bien entendu… c’est off » — est né en 1950 à Divion, dans le Pas-de-Calais. Comme tant d’autres avant lui, il choisit aujourd’hui de raconter son enfance, temps de découvertes et d’aventures, enfance vécue dans une cité minière sous l’aile protectrice de sa mère veuve, mais pas veuve de mineur ce qui privait la famille de bien des avantages des Z’Houillères. On craint Germinal revisité… on a entièrement tort !

Quand il raconte la sienne, Daniel Carton raconte toutes les enfances, notamment celles qui se sont déroulées chez nous dans les années 50 et 60. Les points DH à collectionner, l’arrivée de « Europe numéro 1 » sur les ondes du poste Radiola, les premiers stylos Bic, les visites obligatoires au cimetière à la Toussaint, les visites obligatoires pour les étrennes du premier de l’an, Joselito au cinéma, Guy Lux à la télé, Gagarine dans l’espace, on ne jette pas la nourriture et les cadets portent les vêtements des aînés. Notre histoire à tous. A la sienne s’ajoutent l’organisation rigoureuse de la cité minière, la silicose, « l’invasion » des Polonais (et des jolies Polonaises), les combats de coqs, les camarades communistes…

Pas de chapitres dans ce livre, Daniel Carton raconte ses souvenirs comme ils arrivent, comme ils s’enchaînent, comme ils s’entrainent les uns les autres. Les phrases sont légères, simples comme l’enfance, tantôt agrémentées de jolis clins d’œil (« On voyait peu de coulonneux à l’église le dimanche. Toute sa foi, il la mettait dans ses pigeons plutôt que dans la blanche colombe du Saint-Esprit », page 75), souvent tournées pour l’effet comique (« Au denier du culte, [le curé] avait ajouté celui de la cuite », page 184 ; ou, à propos des communistes : « Rouges, ils l’étaient jusqu’aux sinus », page 164). Le récit fonctionne comme un témoignage, un reportage écrit par un journaliste au cours d’un voyage dans le temps, et une leçon de tactique pour trouver le moyen de s’ « en » sortir.

Au bout du conte, avec un dernier souvenir qui souffle le froid sur le chaud, tout le livre prend sens : on comprend qu’il fallait qu’il fût écrit, on en comprend le titre énigmatique (« A la grâce »), on comprend que Daniel Carton nous a mis entre les mains un réel trésor, précieux et fragile.

« A la grâce », récit de Daniel Carton. Fayard, 224 pages, 18 €.


 

 

 

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