Deux photographes et un « journaliste-écrivain » à la (re)découverte de Tourcoing

Les Lundis du Club servent souvent de rendez-vous à l’actualité éditoriale du Nord-Pas de Calais. Le 29 octobre, Jean-Pierre Duplan, Eric Le Brun et Hervé Leroy sont venus présenter le dernière livre des éditions Light Motiv, « Tourcoing, l’audace de la discrète. Deux semaines plus tôt, c’est l’association des éditeurs du Nord et du Pas-de-Calais qui venait présenter une rentrée littéraire foisonnante (lire l’encadré).

Photos : Philippe Armand

Le même trio s’était déjà aventuré dans les rues de Roubaix et d’Arras, aujourd’hui il récidive avec Tourcoing. Lancée en 2005 par l’agence photographique Light Motiv (1), la collection « Passages en ville » vient en effet – après « Roubaix, l’imaginaire en actes » et « Arras, la mémoire envoûtée » – de s’enrichir d’un troisième titre, « Tourcoing, l’audace de la discrète », signé de deux photographes de l’agence, Jean-Pierre Duplan et Eric Le Brun, et du « journaliste-écrivain » Hervé Leroy. Le but est de « descendre dans chaque ville un peu comme des explorateurs », détaille Eric Le Brun, et de travailler les photos « en alliance avec le texte ». Hervé Leroy parle, lui, de « portrait sensible d’une ville », revendiquant « l’exigence et la rigueur du journaliste » en même temps que « la subjectivité de l’écrivain ».

Adrienne de Montalant ou Adrienne de Mont-à-Leux ?

Après Roubaix et Arras, le livre sur Tourcoing est le troisième de la collection « Passages en ville ».

Le livre s’ouvre sur la thématique de la frontière et la Belgique si proche, car « quand on est à Tourcoing, forcément, les frites sont meilleures à Mouscron ». Mouscron, la voisine, qui permet ainsi d’évoquer le souvenir de deux artistes. Raymond Devos d’abord, né de l’autre côté de la frontière, mais arrivé avec sa famille à Tourcoing dès l’âge de deux ans. Jacques Brel ensuite. Dans sa chanson « Les bourgeois », il évoque ainsi la « grosse Adrienne de Montalant », chez qui, « avec l’ami Jojo et l’ami Pierre [il] allait boire [ses] vingt ans ». Cette dernière serait en fait une Adrienne de Mont-à-Leux, quartier de Mouscron. « La frontière, qui a souvent été un cul-de-sac, est sûrement une chance pour Tourcoing demain, sur le plan économique, humain… », poursuit Hervé Leroy.

Puis, au fil des chapitres, le livre présente le passé industriel de la ville, les différents quartiers – pour Hervé Leroy, « Tourcoing est une ville de villages », notamment avec ses « jardins familiaux » –, les artistes (plasticiens, peintres, musiciens…) qui y sont installés, la place que réserve la ville à la musique, au sport… Certaines figures se sont imposées, d’ailleurs pour des raisons différentes. Le peintre Mahjoud Ben Bella, dont la notoriété est certaine, était presque un passage obligé. D’autres pages réservent des surprises ou proposent des redécouvertes. Comme cette rencontre avec le plasticien François Lestrade, que les deux photographes ont rencontré pour la première fois il y a vingt ans et dont les racines sont profondément plantées dans le quartier du Virolois. Ou encore le musée du Message Verlaine, aménagé dans l’ancien QG de la 15e Armée allemande, d’où elle a intercepté le fameux message, extrait d’un poème de Verlaine, annonçant à la Résistance l’imminence du débarquement de juin 1944

De gauche à droite : Hervé Leroy, Jean-Pierre Duplan et Eric Le Brun.

« Il faut entrer, sonner aux portes »

Et pourtant, Tourcoing réserve « une impression un peu monotone de l’extérieur », confie Eric Le Brun, qui s’est attaché aux photos de portraits de l’ouvrage. « Pour moi, avant de travailler sur ce livre, Tourcoing était un non-lieu ou le bout du monde », confirme Jean-Pierre Duplan, qui a réalisé les vues architecturales. « On peut tourner des mois à Tourcoing sans rien voir d’original, juge-t-il. Il faut entrer, sonner aux portes. » Ce qui permet de découvrir « l’intérieur de superbes maisons Art Nouveau ». Ou de dénicher de vraies surprises, comme cette improbable collection de fruits en plâtre, dans une remise : « Je suis tombé dessus par hasard car je voulais voir à quoi ressemblait le jardin botanique. C’était complètement incongru. » « A Arras, les figures imposées [car incontournables, NDLR] sont si nombreuses que la place laissée aux figures libres est faible. A Tourcoing, c’est l’inverse », conclut-il.

Côté « cuisine interne », la collection « Passages en ville » repose sur des moyens, notamment de diffusion, limités. Avant la sortie de chaque livre, l’équipe de Light Motiv démarche des « partenaires » – en premier lieu la ville concernée mais aussi des entreprises – susceptibles d’en acheter un certain nombre d’exemplaires. « Le secret de l’indépendance [éditoriale] étant d’avoir plusieurs partenaires », confie l’équipe. Une prochaine parution est prévue pour l’année prochaine. Elle sera consacrée à Euralille.

L. F.

(1) Site internet de Light Motiv : www.lightmotiv.com.

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La rentrée littéraire régionale s’est faite au Club

Sur le bar, quatorze romans sortis ces dernières semaines. Rien que de très normal quand on sait que chaque rentrée littéraire voit déferler des milliers d’ouvrages dans les librairies. Sauf que ces quatorze romans-là ont tous été publiés dans la région et qu’ils ne constituent qu’une petite partie des nouveautés des éditeurs installés dans le Nord-Pas de Calais. L’année dernière, en mars, l’Association des éditeurs du Nord et du Pas-de-Calais était déjà venue présenter certains de ses adhérents (lire l’article). L’association était à nouveau reçue aux Lundis du Club, le 15 octobre. Le prochain rendez-vous est déjà fixé à mars 2008, juste avant le Salon du livre de Paris. « Nous allons essayer d’en faire une tradition, tous les six mois », explique en effet Gilles Guillon, membre du bureau de l’association, chargé de la communication.

Mangas en version coréenne

Une cinquantaine d’ouvrages ont été présentés lors de cette « rentrée littéraire » de l’édition régionale.
(Photo : Gérard Rouy)

Ce soir-là, ce sont cinquante ouvrages qui ont été présentés – que nous ne pourrons donc pas tous citer – de la bande dessinée au roman, en passant par la poésie, les ouvrages universitaires et d’histoire régionale. Qui sait ainsi que la ville de Cambrai abrite Kymera, qui édite notamment les traductions françaises de romans inspirés de films américains à succès, tels que « Aliens » et « Predator » ? Mais aussi des bandes dessinées qui s’apparentent aux mangas mais dans leur version coréenne ? Ou encore une série culte due à l’auteur américain Terry Moore ? « "Strangers in paradise", ça ne ressemble qu’à "Strangers in paradise" », assure Eric Bufkens, responsable d’édition. A la fois thriller, polar mais aussi histoire d’amour : « Si quelqu’un d’autre que lui écrivait cela, ce serait n’importe quoi, mais là, c’est Terry Moore… »

Plus « classique », les éditions Henry ont présenté cinq romans, dont « Chemins de terre », de Nora Chaouche, « l’histoire d’une gamine de douze ans emmenée par son père en Kabylie, dans sa famille », résume Jean Le Boel, directeur de collection et également auteur (dernier ouvrage paru : « Amoureuse mémoire »). « Elle découvre notamment la pauvreté, elle comprend aussi l’inégalité entre hommes et femmes, qu’elle a douze ans et qu’il serait temps de la marier… » On pourrait également citer Richard Lotte et son « Pas d’orchidées pour Angélique », constitué de nouvelles policières, dont une racontant « l’atmosphère d’une collocation et de troubles de voisinage qui vont amener un vieux monsieur à devenir assassin ».

De nouveaux titres chez « Polars en Nord »

Chez Ravet-Anceau, la collection « Polars en Nord » continue de s’étoffer, avec des titres comme « Epluchures à la lilloise », de Sandrine Rousseau, « Nord Western », de Gwen Orval, « Une nuit de Carnaval », de Christophe Lecoules, ou « Braquage à Fives », de Pierre Willi.
Madeleine Carcano est également venue présenter le nouveau numéro de la revue de poésie « Lieux d’être ». L’occasion pour elle de lancer « un appel aux journalistes, [qui], en général [parlent] peu de poésie », mais également d’annoncer « une très mauvaise nouvelle » pour cette structure associative, à savoir le retrait d’une subvention.

« Le blé, le sucre et le charbon » présente l’action des parlementaires du Nord à la fin du XIXe siècle. Un document généalogique joint prouve que les liens de parenté entre eux sont nombreux.
(Photo : Gérard Rouy)

Ce style de présentation amène inévitablement à enchaîner les sujets très différents. « Le petit Théâtre de Pierre Mauroy » (éditions Les lumières de Lille) est signé par l’ancien journaliste Marc Prévost, qui a longtemps travaillé pour Nord Eclair. « C’est une histoire qui lève le voile sur les coulisses du théâtre politique régional, avec un personnage principal, Pierre Mauroy », expose Frédéric Lépinay, l’éditeur. « C’est écrit sans hostilité, mais sans complaisance non plus. » On évoquera encore « Le blé, le sucre et le charbon » (Francis Przybyla, éditions Septentrion), sur l’action des parlementaires du Nord à Paris à la fin du XIXe siècle ou encore la série en trois tomes « L’histoire de la mine », coéditée par le Centre historique minier de Lewarde et La Voix du Nord.

L. F.


 

 

 

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