Elections européennes, le Club de la presse organise un débat

En prévision des élections européennes du 7 juin prochain, le Club de la presse a proposé plusieurs ouvertures sur la question européenne. Après une rencontre avec des journalistes de presse politique et une visite du Parlement Européen, il organisait un débat le 19 mai dernier. Quatre candidats têtes de listes de la région nord-ouest étaient présents : Hélène Flautre (Europe écologie-les Verts), Corinne Lepage (MoDem-Alliance des libéraux et Démocrates Européens), Gilles Pargneaux (PS-Parti Socialiste Européen) et Dominique Riquet (UMP-Parti Populaire Européen). Le NPA était représenté par Pascale Montel et le Front de Gauche – Gauche unitaire Européenne par Loïc Pen. Nicolas Dupont-Aignan, Président du mouvement Debout la République a également participé au débat.

(photos : Gérard Rouy)

Ce débat, animé par Régis Verley, s’est articulé autour de deux grandes questions, l’importance de l’abstention et le contenu des programmes proposés par les différentes listes.

L’abstention, une fatalité ?

De façon presque unanime les participants au débat reconnaissent que pour ces élections, une nouvelle fois, le taux d’abstention représente à lui seul un enjeu. Gilles Pargneaux parle de «  désamour des citoyens  », Corinne Lepage de «  désespérance  », selon Loïc Pen «  cela fait des années que les gens ont une mauvaise image des règlements européens  ». Nicolas Dupont-Aignan ajoute que la ratification du traité de Lisbonne, malgré le Non majoritaire au référendum, crée «  un doute sur la démocratie  ».

Tous s’accordent néanmoins sur la nécessité d’inciter les citoyens à voter, chacun ayant son interprétation. Dominique Riquet rappelle que nous faisons face à une crise économique, sécuritaire et environnementale d’ordre mondial et que « les gens doivent comprendre que les réponses ne se font pas au niveau national  ». Une opinion proche de celle du candidat PS, Gilles Pargneaux, pour qui «  il faut un débat : quelles politiques économique et environnementale à l’échelle européenne ?  ». Selon Corinne Lepage la mobilisation des électeurs passera également par un effort d’information et de communication des élus «  il faut expliquer ce qu’est un député européen  ». Loïc Pen et Pascale Montel quant à eux se rejoignent sur l’idée que ce vote offre une opportunité aux Français de tourner la page l’Europe capitaliste.

Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République), Pascale Montel (Nouveau Parti Anticapitaliste), Hélène Flautre (Les Verts), Dominique Riquet (UMP), Régis Verley, animateur du débat et administrateur du Club de la presse, Gilles Pargneaux (PS), Loïc Pen (Front de gauche) et Corinne Lepage (Modem)

Seule Hélène Flautre s’oppose à cette vision pessimiste, «  il faut arrêter de caricaturer le désintérêt pour l’Europe !  ». Selon elle l’abstention sera moins forte que lors des précédentes élections, son opinion se base sur la capacité de mobilisation des Français sur des thématiques européennes comme le traité de Lisbonne ou la directive Bolkenstein.

Un programme pour l’Europe

Loin des clivages habituels, l’enjeu européen déplace les positions habituelles des partis et certains rapprochements, impensables au niveau national, s’opèrent de fait lorsque l’on découvre les contenus des programmes de chaque liste. Plan de relance, économie verte, lutte contre le dumping social sont sur toutes les lèvres.

Gilles Pargneaux, PS : « Notre région montre qu’il faut plus d’Europe, notamment en matière économique et sociale  ». Pour le candidat PS la construction européenne est au point mort depuis la création du marché commun et de l’euro. Il cite Jacques Delors «  le silence de l’Europe sur les questions économiques et sociales est assourdissant ». En réponse à la crise, l’Europe doit mettre en place un plan de relance car la récession met 27 millions d’emplois en danger. Une proposition de la liste PS est de doter l’Europe d’une vraie politique économique et donc d’augmenter le budget de l’Union Européenne. Pour ce faire cette dernière devra être autorisé à faire des emprunts.

 
 

Corinne Lepage, Modem : «  Quand je vois que la Chine met 200 millions d’euros sur la table et que l’Europe met seulement entre 20 à 25 millions d’euros, je suis très inquiète. L’économie verte est l’économie de demain  ». La candidate du MoDem plaide elle aussi pour une augmentation du budget européen. Cependant, elle estime qu’il ne faut pas se limiter à l’emprunt, la part des États membres doit être augmentée. Elle prône également une harmonisation et une évolution de la politique fiscale, notamment en distinguant les actionnaires stables des actionnaires de passage qualifiés de «  sangsues  ».
Elle propose enfin d’accorder plus de droits aux citoyens européens, après l’accès à la justice il faut instaurer un droit au référendum populaire «  il est en effet démocratiquement choquant que, pour la signature du Traité de Lisbonne, l’on soit passé au-dessus des désirs des citoyens  »

 
 

Loïc Pen, Front de gauche : En premier lieu Loîc Pen a dénoncé «  une hypocrisie fabuleuse dans ce débat, vous avez voté un traité qui ne vous permet pas de faire le programme que vous souhaitez. Nous nous battrons pour retirer la signature de la France en bas de ce traité  ». Il fait ici référence au traité de Lisbonne et à la concurrence libre et non faussée qu’il instaure. Ce principe s’oppose à l’une des principales propositions du Front de gauche qui est d’harmoniser l’Europe sociale et notamment d’instituer un SMIC européen qui se situerait à 60% du salaire moyen, pour lutter contre le dumping social. «  l’Europe libérale pousse à la diminution du prix du travail, cela va contre le pouvoir d’achat et donc contre la reprise de la consommation  ». Le front de gauche « sera en défense » et tentera de revenir sur les orientations «  ultra-libérales  » de l’Union Européenne.

 
 

Dominique Riquet, UMP : La tête de liste du parti de la majorité avoue être «  souvent seul dans ces débats  », seul défenseur d’une Europe libérale ? Pourtant, lui aussi se déclare favorable à «  plus d’Europe, plus de politique, plus d’intégration  ». Il propose notamment une régulation financière et plus de coopération économique pour faire face à la compétition internationale. Comme Loïc Pen il voit le dumping social intra et extra européen comme un fléau, mais ses propositions pour y faire face sont différentes : «  La France est en avance pour son régime social, un modèle européen moyen affaiblirai notre modèle. Il faut tirer les autres pays vers le haut  ».
Dominique Riquet se prononce également pour une politique européenne de défense et voit dans l’économie verte une opportunité de développement que l’Europe doit saisir.

 
 

Hélène Flautre, Les Verts : «  Il faut tirer le meilleur parti de l’Europe  ». La candidate des Verts rappelle que «  80 à 90% des biens produits en Europe sont consommés en Europe  ». Ces chiffres doivent amener une ouverture, notamment pour un meilleur respect des populations du Sud qui souffrent par exemple des répercussions de la PAC.
Elle juge le plan de relance actuel «  pas assez important et mal orienté  ». Selon elle la réponse à la crise doit prendre la forme d’une conversion écologique de la politique européenne. Cette conversion permettrait la création d’emplois verts non délocalisables et des investissements dans les secteurs clés tels que le développement des énergies renouvelables et la réduction des émissions de carbone. Selon Hélène Flautre « cette économie écologique peut créer 10 millions d’emplois en Europe  ».

 
 

Pascale Montel, NPA : le Nouveau Parti Anticapitaliste se veut le «  porte-parole de ceux qui luttent  ». Pour Pascale Montel la résolution de la crise passe avant tout par une remise en cause de la gestion capitaliste qui «  casse notre système social  ». Elle défend l’idée d’une coopération par les luttes pour changer l’Europe, car selon elle «  à ce niveau là, on ne parle jamais du quotidien des travailleurs, de leur pouvoir d’achat  ».

 
 
 
 
 
 

Nicolas Dupont-Aignan, Debout la République : Le leader du mouvement Debout la République constate que tout le monde est d’accord sur les enjeux de ces élections, mais selon lui dans «  l’Europe à 27 notre modèle républicain est minoritaire  » et un consensus des 27 partenaires n’est pas réalisable. Il propose un retour à l’Europe des Nations, «  il n’y a pas besoin d’uniformiser ce continent  ». Autre proposition : modifier les institutions européennes et remplacer les commissions par des agences de coopération à la carte travaillant sur des sujets précis. De plus l’Union Européenne devrait se concentrer sur les questions d’avenir, par exemple le développement de la voiture électrique, les panneaux solaires, «  pour que nos enfants ne soient pas des gestionnaires de chambres d’hôtes dans une France transformée en parc touristique  ».

Il est à noter que Nicolas Dupont-Aignan estime que les médias ont empêché la tenue de vrais débats autour de ces élections. Notamment en cristallisant l’attention sur une fausse opposition UMP – PS.
Hélène Flautre quant à elle considère que la presse française est mal organisée pour rendre compte de l’activité au Parlement Européen. Ce à quoi il lui a été répondu que les politiques ont souvent tendance à rendre la presse responsable de leurs propres problèmes de communication. Un sujet qui mériterait à lui seul un nouveau débat.

NB


 

 

 

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