Les mardis de l’Info

Hichem Aboud aux mardis de l’Info :
quelle nouvelle gouvernance pour l’Algérie ?

Pour son premier « Mardi de l’Info » du mois, ce 21 janvier, le Club de la presse a reçu le journaliste algérien Hichem Aboud. Durant plus de deux heures, il s’est exprimé sur la manière dont il voit l’élection présidentielle algérienne fixée au 17 avril. Poursuivi par les autorités de son pays pour avoir publié des informations sur la santé du président Abdelaziz Bouteflika, il se trouve actuellement en France. Alger vient de lui refuser le renouvellement de son passeport et de ses documents consulaires. Ses journaux, « Mon Journal » et « Al Djaridati », sont toujours suspendus.

Avant d’inviter Hichem Aboud à prendre place face au public, les animateurs des « Mardis de l’Info », ont donné la priorité à l’actualité centrafricaine et à l’arrivée, la veille à Bangui, de Catherine Samba-Panza à la tête de l’état. Celle-ci était récemment venue à Tourcoing et, en novembre dernier, le Club de la presse avait reçu Maguy Barthaburu, présidente de l’association régionale « Manassé » à présenter la situation de son Pays. De nouveau invitée ce mardi 21 janvier, elle a donné son sentiment sur la présidente de transition.

Catherine Samba-Panza a été élue le 20 janvier, à Bangui, par le Conseil national de transition centrafricain. Il s’est prononcé pour la maire de Bangui par 75 voix contre 53. Elle est la première femme à présider ce pays. Femme d’affaires (elle a créé sa société de courtage en assurance en 2008 après une longue carrière au sein de la filiale d’Allianz en Centrafrique), elle avait été nommée maire de Bangui en juin 2013 par le président putschiste Michel Djotodia. Mme Samba-Panza n’appartient pas à la Seleka. Elle a pour difficile mission d’apaiser les tensions entre chrétiens et musulmans, tensions issues des exactions de la Seleka. Elle a demandé aux milices de déposer les armes.

Vers une autre gouvernance en Algérie ?

Venu pour parler de l’élection présidentielle qui se prépare en Algérie, le journaliste Hichem Aboud n’a pas moins réagi à l’élection de Mme Samba-Panza. « Une femme à la tête de l’état centrafricain, qu’est-ce que cela vous inspire ? » lui a, d’emblée, demandé Djamila Makhlouf, animatrice de Mardis de l’info et elle-même journaliste algérienne. L’auteur de « La Mafia des généraux » n’a pas manqué d’éloges sur la nouvelle présidente. L’exercice s’est avéré plus complexe pour la suite de la soirée.

Revendiquant aujourd’hui un journalisme d’investigation basé sur un carnet d’adresses affûté, Hichem Aboud a commencé à écrire pour le journal de l’armée algérienne « El Djeïch », de 1979 à 1986 dont il est devenu rédacteur en chef. En 1988, il a intégré la Délégation générale de la documentation à la sécurité (DGDS) où il était en charge du dossier Moyen-Orient. Il quitte la DGDS en 1990 (année de la création du DRS, le département du renseignement et de la sécurité). Il crée par la suite le quotidien privé « Al Acil » qui sera suspendu au bout de 11 mois. Son directeur sera poursuivi pour avoir affirmé que le DRS, commandité par le pouvoir, est responsable de l’assassinat du président Mohamed Boudiaf, en juin 1992.

Contre un système corrompu

Toute la carrière d’Hichem Aboud (58 ans), est ainsi faite. Souvent controversé, l’ancien militaire a publié en 2002 « La mafia des généraux », un livre accusateur contre le système algérien et ce qu’il appelle le « cabinet noir » du président. Il n’hésite pas actuellement à utiliser des mots particulièrement durs contre le président Bouteflika, son frère Saïd, les « nouveaux milliardaires » et un système corrompu qui ne veut pas lâcher le pouvoir. Mais il a son idée sur chacun de candidats à la candidature pour l’élection présidentielle du 17 avril.

Hichem Aboud a répondu aux questions de Philippe Allienne et Djamila Makhlouf durant deux heures. Avec un public réactif. (photo Gérard Rouy)

A ce jour, et alors que le président sortant (76 ans) n’a rien dit de ses intentions, ils sont 27 à avoir retiré le document d’inscription auprès du ministère de l’Intérieur. Pour être candidat, il leur faut recueillir 60 000 signatures dans un total de 25 wilayas au moins, ou 600 signatures d’élus de collectivités locales ou régionales (APC) ou nationales. Certains des candidats actuels vivent à Paris ou en Suisse. C’est par exemple le cas de l’écrivain Yasmina Khadra. C’est le cas aussi pour Rachid Nekkaz, une toute autre personnalité, ou pour Ali Benouari, installé à Genève.

27 candidats à ce jour

Entre «  candidats du système », « opportunistes », « lièvres », « indépendants », etc., on sent une sympathie d’Hichem Aboud pour le « jeune » Sofiane Djilalli (56 ans) qui a fondé son parti en 2012. « Il pourrait être un candidat du renouveau », dit-il. Ce renouveau, pour le journaliste, passe par une transition qui doit mener à une prise en main de leur destin par les Algériens eux-mêmes. Mais dans la salle des « Mardis de l’Info » du Club de la presse, plusieurs intervenants élèvent la voix. Ils ne croient pas au changement et évoquent, comme une litanie, les erreurs et les égarements passés.

« Bouteflika a détruit le peuple » va jusqu’à penser Hichem Aboud. Quid de l’opposition ? Pour l’instant elle réfléchit. Mais elle apparaît divisée et pas tellement motivée. Alors, l’invité des « Mardis » revient à plusieurs reprises sur la candidature d’un « poids lourd », celle d’Ali Benflis, premier ministre de Bouteflika… mais débarqué il y a dix ans. Et il annonce un programme, lutte anti-corruption en tête. Mais de programme, il a tout de même été bien peu question durant cette soirée.

Ph A


 

 

 

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