L’Algérie élit son président, sur fond de crise de régime - 9 avril 2004


Deux semaines avant l’élection présidentielle en Algérie, Nourredine Saadi est venu en expliquer les enjeux au Club de la Presse. Juriste - il enseigne à l’université de Douai et à Paris - et écrivain, il est aussi un observateur attentif de l’actualité politique algérienne. Chaque samedi, il publie un bloc-notes dans les colonnes du quotidien algérien « Le Matin ».

Bien avant le lancement de la campagne officielle, l’entourage du président sortant Abdelaziz Bouteflika a beaucoup œuvré pour laisser entendre que leur candidat se succéderait à lui-même. Les jeux sont-ils faits pour autant et l’Algérie doit-elle s’attendre à une « élection sans risque » ? Voilà qui rend perplexe Nourredine Saadi. « Tout est possible, glisse-t-il prudemment. Même si la reconduction de Bouteflika semble la seule prévision possible ».

Six candidats

C’est pourtant la première fois, depuis l’indépendance du pays, que six candidats se présentent au poste suprême. Cela n’empêche pas l’orateur de s’interroger sur les raisons qui ont valu l’invalidation d’autres candidatures comme celle de Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre, ou celle d’Ahmed Taleb Ibrahimi, chef du parti islamiste Wafa qui, en désespoir de cause, a appelé à voter pour Ali Benflis.

Les six candidats en lice sont donc, outre le président sortant Bouteflika, son ex-premier ministre et actuel secrétaire général du FLN Ali Benflis, le président du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie Saïd Sadi, le président du parti islamiste El Islah, le Cheikh Abdallah Djaballah, le secrétaire général du parti Adh 54, Ali Fawzi Rebaïne, et la secrétaire générale du Parti des Travailleurs, Louiza Hanoune.

Neutralité de l’armée ?

Ce scrutin revêt également deux autres originalités. D’abord, les corps constitués (armée, pompiers, etc.) ne voteront pas dans leurs casernes mais sur le lieu de leur domicile ou par procuration. Ensuite, l’armée se veut officiellement neutre. Elle ne présente ni ne soutient aucun candidat. Mais là encore, Nourredine Saadi se montre perplexe. « Lorsque le chef d’Etat-Major, le général Lamari a appelé à cette neutralité, on peut croire qu’il s’adressait avant tout à l’armée elle-même ». En attendant de voir ? Le candidat Saïd Sadi explique lui-même que, pour des raisons qui la regarde, l’armée ne souhaite pas soutenir Bouteflika, ni personne d’autre.

« En tout cas, affirme-t-il, un second mandat pour Abdelaziz Bouteflika serait catastrophique pour la démocratie en Algérie ». Tout plaide en effet contre lui. Même les effets de la concorde nationale sont discutés. Certes, le terrorisme se relativise, mais le président Zéroual avait déjà préparé le terrain, notamment en négociant une « paix des braves » avec l’Armée Islamique du Salut. Et surtout, en amnistiant les terroristes, Bouteflika s’est mis à dos les familles de victimes. « En fait, explique Nourredine Saadi, le président mal élu en 1999 (les autres candidats s’étaient retirés) a voulu s’offrir une légimité ».

Confusion

À mettre également au débit du mandat : la désastreuse gestion de la crise survenue en Kabylie, les attaques répétées et de plus en plus précise contre la presse, l’utilisation de l’appareil judiciaire, etc. Quant à l’économie du pays, avec des réserves d’Etat de 37 milliards de dollars, on peut plus que jamais parler d’un « état riche et d’un peuple pauvre ». Les grandes privatisations n’ont pas été menées à terme, celle des hydrocarbures n’a pas avancé. Les fortunes ont continué à s’amasser grâce à l’économie parallèle.

Pour parfaire le tableau, Nourredine Sadi évoque, dans son « bloc-notes » publié le 19 mars par « Le Matin », la « confusion et le tohu-bohu » dans lesquels nage le régime. Et de citer le général Touati, conseiller général militaire à la présidence de la République : « le régime n’est ni dictatorial, ni démocratique, ni parlementaire, ni présidentiel. Nous ne sommes certes pas dans une monarchie mais sommes-nous tout à fait dans une République pour autant ? (…) Je suis tenté de dire davantage que nous sommes dans un non-système plutôt que dans un système bien défini et bien typé ».

Durant sa campagne électorale, Abdelaziz Bouteflika a encore promis un durcissement contre la presse indépendante et privée. Il n’a pas caché non plus son intention de réviser la constitution. Son objectif est d’accentuer le pouvoir présidentiel. Pour Nourredine Saadi, ce serait aller vers « un système présidentiel avec un semblant de démocratie parlementaire contrôlé par un président qui distribue toutes les cartes. Un système à la tunisienne ».

A l’heure où les Algériens votent, la crise de régime est telle que personne ne peut dire qu’elle en sera l’issue.

Pour en savoir plus : le portrait politique des six candidats


 

 
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