La Belgique entre la peur et la colère

Sur quoi va déboucher la crise politique en Belgique ? Bien malin qui peut répondre. Le pays n’a plus de gouvernement fédéral depuis prés de dix mois. Pour apporter un éclairage sur cette situation inédite, le Club de la presse a invité, jeudi 10 février, le directeur de l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai, Stef Vande Meulebroucke. Deux journalistes ont apporté leur pierre au débat : Jean-Pierre Stroobants, correspondant du « Monde » à Bruxelles, et Erwan Guého, chef des Informations générales à « Nord Eclair » .

Stef Vande Meulebroucke, directeur de l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai.

« A la fin du mois, la Belgique aura atteint un record peu enviable : celui de la plus longue crise gouvernementale ». Fin mars, le record jusque là détenu par l’Irak sera battu ! Fin observateur de la politique belge, Jean-Pierre Stroobants estime que cette crise trouve ses racines dès les élections législatives de 2007, au moins, c’est-à-dire bien avant la démission du gouvernement d’Yves Leterme (démocrate chrétien flamand - CD&V), le 26 avril 2010. Quatre jours plus tôt, le parti libéral flamand Open VLD avait annoncé son intention de quitter la coalition gouvernementale suite à l’absence de consensus dans le dossier Bruxelles – Hal – Vilvorde, qui concentre les oppositions linguistiques entre néerlandophones et francophones. .

La victoire des autonomistes

Quoi qu’il en soit, les élections législatives fédérales anticipées du 13 juin 2010 permettent à la N-VA (Niew Vlaamse Alliantie, l’Alliance néo flamande) de recueillir 29,5% des voix. Avec 27 députés, sur les 150 que compte la Chambre des Représentants, elle devient le parti le mieux représenté. Du jamais vu. Le meilleur score du genre remporté par une formation indépendantiste remonte à 1971, année où la Volksunie avait remporté 19% des voix. Pour le président de la N-VA, Bart De Wever, il est temps d’appeler à une plus grande autonomie de la Flandre dans le domaine économique et social. Mais il se veut aussi rassurant. Pour lui, qui n’exclut pas une disparition à terme de la Belgique, l’indépendance de la Flandre n’est pas une revendication immédiate. « Il n’empêche, observe Jean-Pierre Stroobants, l’article 1 de ses statuts pose bien le principe d’une Flandre autonome au sein de l’Europe. Cela veut dire qu’elle envisage de quitter le cadre de la Belgique pour, ensuite, renégocier sa rentrée dans l’Union européenne. »

Depuis la victoire de la N-VA, aucun accord de majorité n’a été trouvé entre les néerlandophones (entre 55% et 60% de la population), travaillés par des velléités indépendantistes, et la minorité francophone, attachée à l’unité belge. Née de la dislocation de la Volksunie, en 2001, la N-VA a négocié en 2003 avec le parti démocrate-chrétien flamand CD&V d’Yves Leterme. Les deux formations ont formé un cartel permettant ainsi à la première de contourner le seuil électoral de 5% qui, faute d’être atteint (c’était son cas après les législatives de 2003) ne l’autorisait pas à être représentée. Ce cartel a éclaté en septembre 2008 en raison des discussions sur la réforme de l’État. A présent, les négociations sur l’avenir du pays risquent de durer longtemps encore, même s’il est à noter, comme le fait le correspondant du « Monde », qu’aucun des sept partis en présence n’a claqué la porte.

Jean-Pierre Stroobants, journaliste (Le Monde, Bruxelles), auteur du livre "Le laboratoire de la désunion", aux éditions du Cygne.

Montée de l’égoïsme

Le 23 janvier, 30 000 à 40 000 personnes sont descendues dans la rue pour protester contre la paralysie politique du royame. . « Il y avait un sentiment de peur, mais surtout de colère », observe le journaliste. « La plupart des manifestants étaient des jeunes, essentiellement francophones. Les néerlandophones n’étaient guère plus de 20%. On voyait peu de drapeaux belges ».

Mais si la colère s’explique (après tout, plusieurs lois sont bloquées et le budget 2011 n’a pu être voté), Stef Vande Meulebroucke tempère les raisons d’une crainte des francophones. «  Les Flamands n’ont rien contre les Wallons. Mais ils ont le sentiment que les charges sont de plus en plus lourdes sur leurs épaules », dit-il. Pour lui, «  ce que l’on vit en Belgique n’a rien d’un mouvement nationaliste. Nous ne sommes plus dans le contexte d’il y a quinze ans et le Vlams Belang a beaucoup perdu de son influence » Pourtant, tempère Erwan Guého, de "Nord Eclair", « depuis quelques mois l’inquiétude est perceptible. »

« Le mouvement flamand part d’une revendication linguistique qui a muté en revendication politique pour devenir aujourd’hui une revendication économique », explique Jean-Pierre Stroobants. « Du coup, cela remet en cause la notion de solidarité, comme en Italie où le Nord ne veut plus payer pour le Sud, en Espagne ou encore en Écosse. C’est cette revendication d’ordre économique, voire égoïste, qui fait peur aux francophones ». Le coût de la sécurité sociale, basée sur des transferts d’argent, est de cet ordre. « Ces dernières années, j’ai vu nettement fleurir le thème des transferts injustifiés et le reproche fait aux Wallons d’être profiteurs ».

« C’est vrai que l’égoïsme est en progression en Flandre, convient Stef Vande Meulebroucke. Les Flamands sont fidèles aux parcelles, les Wallons sont fidèles à leurs voisins. Les Flamands défendent leur territoire et leur langue. A ce propos, ce que je reproche à l’Europe, c’est l’oubli de quelques principes. Elle est basée sur les transferts d’argent, sur le multiculturalisme, sur le respect des langues. Or, aujourd’hui que ce mouvement arrive, elle se tait. »

Ph.Al
Photos Ph. Ar. & G. R.

Mathieu Hébert, journaliste à Liberté Hebdo et administrateur du Club de la presse Nord - Pas de Calais a animé le débat
Erwan Guého, journaliste (Nord éclair, Roubaix), chef des Informations générales et responsable des pages Europe-Belgique-Eurométropole.


 


« Les Flamands sont fidèles aux parcelles et les Wallons fidèles aux voisins… »


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La bière est-elle un élément fédérateur de la « belgitude » ?


 

 

 

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