Entretien avec Valérie Rohart

« La photo du premier pas sur la Lune : un faux pour une majorité d’élèves »

, par Club de la presse hdf

Comment défendre la liberté de la presse face à la défiance tous azimuts que soulèvent les médias ? Comment aiguiser le sens critiques des élèves face aux dérives complotistes ? Valérie Rohart, ancien grand reporter pour RFI et fondatrice du groupe « Volontaires pour la liberté d’expression », a mené une résidence de quatre mois auprès d’une trentaine d’établissements scolaires et culturels de la communauté urbaine de Dunkerque. Une formule calquée sur le principe de la résidence artistique, pour sensibiliser les élèves à la liberté de la presse et à l’éducation aux médias. Invitée par le Club de la Presse à la remise des prix du concours Mediatiks le 18 mai dernier pour présenter son travail, elle revient sur les enseignements qu’elle a tirés de cette résidence.

Quel est le rapport des jeunes à l’information ?
Je dirais presque qu’en dehors des réseaux sociaux, ils n’ont pas de rapport à l’information. Cette sous-information s’accompagne d’un socle de connaissances très fragile. Ça donne lieu à tout ce qu’on appelle la théorie du complot. J’ai découvert avec stupeur qu’entre deux tiers et trois quarts d’élèves pensent que la photo du premier pas de l’homme sur la Lune est un faux ! Théorie du complot, c’est d’ailleurs une expression que je n’aime pas : en réalité pour eux il n’y a pas de théorie élaborée, juste des choses qu’ils glanent sur internet. Ils tombent sur l’image de la Lune, lisent que c’est faux parce qu’il n’y a pas de vent, et prennent ça pour argent comptant. Idem pour Charlie Hebdo, des élèves pensent encore que les dessinateurs ne sont pas morts. Mais il n’y a pas de théorie derrière : ils sont incapables d’argumenter sur les raisons de ces complots. Ils n’ont pas le recul nécessaire pour discerner l’information, des rumeurs ou des théories qui circulent sur internet.

Valérie Rohart, ancien grand reporter pour RFI et fondatrice du groupe « Volontaires pour la liberté d’expression » était présente lors de la remise des prix Médiatiks

Comment déconstruire ces idées fausses ?
Il faut les aider à contextualiser, les inciter à la réflexion. Je les mets aussi devant leurs propres méconnaissances, avec des questionnaires d’actualité. Pour la Lune, je viens avec la photo et je leur montre que les scientifiques avaient anticipé la problématique du vent : c’est pour ça qu’on voit un bâton permettant de tenir le drapeau à l’horizontale. Je leur parle aussi du Rainbow Warrior, pour leur montrer qu’un complot vise toujours un objectif clair et que les journalistes sont là pour les révéler, à partir d’informations fiables.

Comment leur parler de Charlie Hebdo ?
Il faut décentrer le débat, pour le décrisper. L’erreur c’est d’avoir une posture morale : vous devez penser que Charlie Hebdo c’est bien. Il faut leur donner un socle de connaissances, en leur parlant des Romains, qui caricaturaient déjà, des caricatures de la Révolution française, de celles de l’affaire Dreyfus… Mais aussi de la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, qui est à l’origine du caractère anticlérical de la presse satirique française. Je leur explique concrètement ce qu’est qu’implique un Etat dans lequel la religion et la loi ne font qu’un. Sans la loi de 1905 leur professeur serait une bonne sœur ou un curé en soutane ! Une fois qu’on a dit tout ça, ils n’ont plus le même regard sur Charlie Hebdo. Par ailleurs, je leur dis que je ne suis pas toujours d’accord avec ce que publie Charlie Hebdo, mais que, néanmoins, je me battrai toujours pour qu’ils puissent continuer à le faire.

Comment avez-vous traité la question des migrants ?
En leur parlant de la Corée du Nord ! En dehors du fait que je les projette dans un pays sans information, ça me permet d’aborder la question des migrants de manière détournée, un thème qui revenait sans cesse. Je leur explique que la Corée du Nord est un pays aux frontières fermées. Pourtant, des nord-coréens parviennent à s’échapper : la seule façon d’éviter que les gens ne fuient un pays, c’est de faire en sorte qu’ils s’y sentent bien. Je redéfinis aussi ce que c’est que la migration : quand ces élèves vont en Belgique, ils migrent. Mais à la différence des migrants du camps de la Linière, ils peuvent rentrer chez eux ensuite. C’est l’occasion d’insister sur le statut de ces gens qui sont d’abord des réfugiés, avant d’être des migrants.

Quels sont les outils dont peuvent se servir les enseignants ou les journalistes qui interviennent dans les classes ?
Le site « Mediaeducation.fr », construit avec des journalistes, en partenariat avec le ministère de l’Education et le Clemi, propose de nombreuses ressources. Il dispose en outre d’un espace de mise en relation des journalistes avec les enseignants. Au-delà, le meilleur moyen d’éduquer les élèves aux médias, c’est encore de leur faire expérimenter le métier de journaliste, pour qu’ils se confrontent aux sources, à l’origine de l’information…

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?
Très positif, car j’ai apporté un vrai soutien aux enseignants qui se sentent démunis sur la problématique de l’éducation aux médias. Je n’ai par exemple trouvé dans aucun manuel la réponse à la question : à quoi sert l’information.... Par ailleurs, cette expérience a montré que même dans les classes difficiles, ces interventions portent leurs fruits !

CL


 

 

 

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