Santé dans la région : bilan et perspectives de l’action du Conseil régional

Le Club de la Presse proposait dans le cadre de ses débats à l’orée des élections régionales de mars une rencontre avec Mme Catherine Génisson, députée, vice-présidente du CR (Conseil régional) chargée des questions de santé, le professeur Jean-Louis Salomez et M. Jean-François Rapin, tous deux médecins et conseillers régionaux.

Rappelons que ces débats ont pour premier but l’information des journalistes de la région qui vont être amenés dans les semaines qui viennent, à traiter des grands chapitres de la politique régionale sur fond de réforme territoriale.

Si notre vice-président Régis Verley (qui menait ces débats à Arras) avait proposé ce sujet parmi les thèmes à débattre, c’est que des 22 CR de France, seul le nôtre a pris pour compétence optionnelle la santé. Or précisément, ces compétences optionnelles (ou facultatives) sont menacées par le projet de réforme territoriale en cours. L’autre dommage, au cas où l’Etat et les parlementaires priveraient les collectivités territoriales de ces précieuses compétences, serait de briser le consensus qui règne dans l’hémicycle régional, dès qu’il s’agit de la santé des habitants du Nord-Pas de Calais.

Catherine Génisson, députée du Pas de Calais et vice-présidente du conseil régional.

Pas de fatalisme ! L’Etat de santé de nos régionaux n’est pas bon (1), pas bon du tout même ! Le professeur Salomez n’est cependant pas tombé dans le catastrophisme ni les simplifications abusives. « Nous avons les pires scores de France mais pas partout (SIDA, accidents de la route par exemple) , dit-il, on s’est fabuleusement amélioré, la situation ne se dégrade plus. Nous avons en revanche un gros retard par rapport à d’autres régions. La mortalité due à l’alcool a baissé de 50% depuis les années 60/70. Mais d’autres comme les bretons, ont rectifié le tir plus tôt et plus vite que nous, alors que des régions comme nous et la Picardie ont encore beaucoup à faire. Il n’y a pas de fatalisme. Ce n’est pas parce qu’on est dans le Nord que les choses s’aggravent. On l’ignore, mais la région a été l’une des plus performantes de France entre les deux guerres en matière de santé publique.  »

Quel rôle jouent les équipements médicaux, leur nombre et leur nature, de médecins, etc, sur la scène de la santé régionale ? Le NPDC a toujours le nombre de médecins le plus bas de France, le taux d’équipement est inférieur à la moyenne française. Le déficit concerne les ophtalmologistes, pédiatres, ORL, anesthésistes, psychiatres et d’autres encore. 4M€ sont consacrés à la question de la santé et des territoires, une petite priorité. Néanmoins, l’égalité de l’accès aux soins, responsabilité de l’Etat, s’inscrit dans une problématique mal négociée. Le principe « Moins de médecins formés » (On a, à une certaine époque, découragé de jeunes étudiants de faire des études de médecine, dit le professeur Salomez) engendre moins de dépenses de santé, est une « aberration ». La médecine est de plus en plus performante, le temps de vie s’allonge donc la demande de soins aussi.

Jean-François Rapin, conseiller régional, membre de la commission prévention santé

On va constater une dynamique dans les 20 prochaines années, en raison de la chute de la démographie médicale en France. Mais on hospitalise de moins en moins. Sans surprise les points les plus noirs sont la Sambre, le Calaisis et le bassin minier dans son ensemble. «  Mais l’état de santé n’est pas automatiquement lié au nombre d’équipements » précise le professeur Salomez. En effet, la prévention, les aides financières, l’état des comptes de la sécurité sociale lui même lié au nombre cotisants qui dépend de l’emploi et donc de l’économie, tout cela forme une chaîne. Et comme il n’y a pas de régionalisation des remboursements par la Sécurité sociale, pas plus que nos cotisations n’iront automatiquement vers des malades de notre région, chaque région est logée à même enseigne, et en ce moment, c’est assez difficile à vivre.

Que vient faire le Conseil régional dans ce dispositif ? Il s’est emparé d’une compétence facultative, la santé. Y consacrant 25M€ par an. « Mais, précise tout de suite Catherine Génisson et Jean-François Rapin, le CR n’a pas vocation à modifier le dispositif santé voulu par l’Etat ». Ses élus peuvent seulement imaginer des aides, des interventions, créer des structures accompagnant l’action de l’Etat, organiser des campagnes de prévention, assurer une information sur tel ou tel danger pour la santé, bref un rôle en périphérie mais qui, vu le désengagement de l’Etat qui remonte maintenant à quelques années (sous l’ère Raffarin notamment), pèse de plus en plus lourd. Reste que la suppression d’un hôpital, en ce moment est sur la sellette celui de Bapaume, n’est pas du ressort d’un CR mais de l’Etat. Mais dans un cas comme celui-ci, rien n’empêche des élus régionaux d’organiser des actions autour de l’événement. Dans notre région cependant, la participation de ces élus aux décisions de l’Etat et à sa gestion, est bien réelle depuis une décision de l’ancien ministre de la Santé Xavier Bertrand, qui préfigurait en fait la grande réforme qui arrive (voir plus bas).

Le CR agit donc dans 4 directions : le cancer, les liens entre santé et environnement, les aménagements territoriaux et la coopération régionale décentralisée (l’aide au reste du monde).

Jean Louis Salomez président de l’Observatoire régional de la santé

Pourquoi le cancer ? «  Parce qu’on peut agir sur plusieurs leviers à la fois, explique le professeur Salomez. La prévention, la nutrition, le dépistage, l’information, etc  ». Seuls élus de France présents dans les conseils d’administration des Agences régionales de Spécialisation (futures Agences régionales de Santé), nos élus régionaux participent aux décisions et à la budgétisation de certaines décisions. Catherine Génisson reconnaît qu’à ce moment précis, le CR se substitue à l’Etat, par exemple dans le déclenchement d’investissements en matériel hospitalier très pointu. En France, 350 000 cas de nouveaux diagnostics sont recensés chaque année, le NPDC en est hélas grandement responsable. « Mais en contre partie, on arrive aujourd’hui à guérir 50% des can cers, rectifie Jean-François Rapin. Sur 1,9 milliard € en France, le CR NPDC investit, lui, 25M€/an. Qu’en serait-il si les 21 autres Conseils régionaux imitaient le notre ? La situation nationale s’améliorerait grandement. Sur les 3 prochaines années en France, 739 M€ supplémentaires vont être débloqués dont 15% pour la recherche médicale. Ces 21 régions pourraient se partager ces 739 M€ et investir dans la santé de leurs régions. La guérison des cancers serait doublée !  »

Régis Verley, vice-président du Club de la presse, entouré des intervenants

D’autres axes de travail sont détectés. « On a certes besoin d’argent mais aussi de présence humaine du quartier jusqu’au département, estime aussi le professeur Salomez. Beaucoup d’actions pourraient être entreprises pour améliorer la guérison des cancers : un meilleur maillage en acteurs de terrain et une action sur le temps. Quand on fait du nutritionnel, on a un résultat 25 ans après. Quand on agit sur le tabac et l’alcool, c’est un peu moins long, quand on dépiste, c’est du temps court. Or en dépistage de cancers du sein , 30% de femmes de milieux défavorisés ne se font pas dépister. Voilà un chiffre à améliorer. » Enfin, autre axe de travail à redresser, «  Ici on cotise plus qu’on ne coûte à la Sécurité sociale , on ne consomme pas assez de santé, on a besoin de recenser nos besoins en cette matière. »

Que vont provoquer les prochaines réformes voulues par l’Etat ? Jean-Louis Rapin constate que l’ensemble du dispositif Santé en France, remonte à plus de 40 ans et que la vie a évolué. Il faut donc s’adapter. Il estime inévitable les délégations de tâches dont les docteurs n’ont pas voulu entendre parler pendant des années. Exemple : face à l’insuffisance de médecins et de spécialistes, faire appel à des infirmières spécialement formées pour certains actes médicaux. Puis favoriser l’installation des médecins remplaçants, ces « mercenaires à temps partiel  » (prof. Salomez). 50% des médecins formés dans la région la quittent (problème de démographie médicale). S’ils restent ici deux ans de plus après leurs études de médecine , pour devenir spécialistes, ils s’ancrent à 80% dans notre région. La Région a ainsi opportunément créé des postes d’assistants.

Les Maisons médicales qui regroupent des médecins sont aussi en discussion. Est-ce la mort du médecin de campagne ? Une statistique répond : sur 5 médecins partis en retraite, un seul est remplacé alors que la population ne cesse de vieillir. Il faudra donc réagir, en se regroupant, en utilisant mieux l’e:medecine, etc.

Ce que redoute Catherine Génisson, c’est au contraire l’éventuelle suppression des compétences facultatives, dans le cadre de la réforme des collectivités territoriales. La nouvelle organisation de la santé en France qui va entrer en application en juin 2010, crée une nouvelle structure, l’Agence régionale de santé, qui accentue le désengagement de l’Etat. « Le lien entre lui et l’assurance maladie disparaît  », dit-elle, « la régionalisation de la santé s’accentue !  » Cette Agence regroupera les anciens services de l’Etat, l’ancienne Agence de Spécialisation avec la CRAM, les médecins, la Sécurité sociale etc. Les « coups de pouce financiers de l’Etat disparaissent  » affirme-t-elle.

La grande question est donc : quel espace de liberté l’Etat laissera-t-il aux Conseil régionaux qui auront, comme le CR NPDC, décidé d’avoir leur propre politique de santé ?

Patrick Urbain

(1) Citons en complément des informations contenues dans notre article, un intéressant bilan à consulter, fait pas la Voix du Nord du samedi 12 décembre 2009, sur la santé au travail, en page 5 de Région.


 

 

 

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