Syrie : Gilles Jacquier victime d’un attentat mis en scène ?

« Qui a tué Gilles Jacquier ? », grand reporter à France 2 victime officiellement d’un tir de mortier lors d’un reportage à Homs en Syrie le mercredi 11 janvier 2012… Au terme de plusieurs mois d’investigation en France, en Syrie, au Liban, en Egypte, en Belgique, en Turquie et au Maroc, sa compagne, Caroline Poiron, photojournaliste pour France Télévision et Paris-Match, Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian, respectivement reporters à La Liberté et à L’Hebdo (Suisse), qui accompagnaient le journaliste ce jour-là, apportent des éléments de réponse accusateurs dans un livre paru sous le titre « Attentat express » .

« Ce mercredi 11 janvier 2012, à Homs, ville symbole de la révolte contre le régime de Bachar al-Assad, rien ne s’est déroulé comme nous l’attendions. Nous pensions partir au nord. Notre escorte militaire nous a conduits au sud. Nous voulions rendre compte des horreurs de la guerre civile qui secouait la Syrie depuis mars 2011. Et voilà que nous avons été pris pour cibles. Des explosions, quatre, avaient secoué le quartier alaouite de Akrama al-Jadida pourtant calme et préservé jusque-là. Gilles a été abattu dans l’immeuble où je me trouvais également. Tout s’est passé si vite. Les cris. Le sang. L’évacuation dans un taxi jaune vers le dispensaire. Tout proche. ».

Evoquées en ouverture du livre, émouvantes voire poignantes, les circonstances qui ont précédé la mort du journaliste et celles qui ont suivi immédiatement, le comportement des militaires et autres agents syriens présents sur les lieux, leur attitude vis-à-vis de la compagne et des confrères du journaliste, ont généré l’énorme doute qui plane sur cette mort violente. Puis l’enquête des trois journalistes tente de dénouer les fils de ce qui apparaît bien comme un meurtre avec préméditation. Elle nous fait découvrir les pratiques, les méthodes d’un régime prêt à tout pour empêcher les journalistes d’exercer leur métier, ajoutant d’autres risques et menaces à ceux que l’on imagine sur un théâtre de guerre. Au fil des pages, les auteurs retracent ces journées fatidiques, la façon dont Gilles Jacquier et ses compagnons ont été poussés là où « on » voulait qu’ils aillent jusqu’à la mise en scène fatale, l’ « attentat express ». Comme un avertissement destiné à ceux qui comme lui veulent exercer librement leur métier ? D’autres journalistes paieront de leur vie et dans des circonstances troublantes le fait d’aller sur le terrain de la guerre civile syrienne.

On souhaitait abattre un symbole,

« Fallait-il aller en Syrie ? Fallait-il prendre le risque de mourir pour Homs ? Ma réponse, notre réponse à Patrick, Sid et moi, est claire et nette : oui, oui et oui  » écrit Caroline Poiron. « C’est notre métier, il comporte des risques. Nous les assumons. Mais nous refusons de fermer les yeux sur un crime dont nous avons été les témoins directs. En outre, les journalistes ne doivent pas céder à l’intimidation. Pour nous, ce n’est pas un hasard si Gilles a été tué en Syrie. Ce n’est pas que le reporter, que le Français qu’on souhaitait abattre. C’est aussi et surtout le symbole. Celui d’un homme qui pensait, grâce à son métier, à travers ses images et son travail, changer un peu le monde. Le rendre plus transparent, plus évident. Plus vrai aussi  », poursuit la compagne du grand reporter. « Aujourd’hui nous réclamons justice. Ceux qui ont tué Gilles et se sont servis de sa mort doivent rendre des comptes  ».

A Homs, au printemps 2012, le comité de la révolution d’Al-Khaldiyé avait décidé de baptiser une rue de ce quartier du nom de Gilles Jacquier. Qu’est-il advenu aujourd’hui d’Omar qui annonçait la nouvelle à la compagne de ce dernier, de ce quartier et de ses habitants opposés au régime, après l’offensive de l’armée syrienne ?

M.D.

Attentat express, paru aux éditions du Seuil. 17,50 €

Itinéraire d’un grand reporter, prix Albert-Londres en 2003

Ancien champion de ski, Gilles Jacquier avait débuté sa carrière de journaliste à Lille, pour France 3, en 1991, avant de passer à la rédaction nationale en 1994 et devenir grand reporter en 1999. Il a couvert la guerre en Irak, en Afghanistan, au Kosovo et en Israël, notamment pour l’émission Envoyé Spécial. En 2003, il a été récompensé par le prix Albert-Londres, avec Bertrand Coq, pour des reportages à Naplouse durant la seconde intifada et sur l’opération Rempart menée par l’armée israélienne en avril 2002. Durant ce tournage, il avait été blessé par une balle qui a pénétré par le coté de son gilet pare-balles et soigné par un médecin suisse à Naplouse. Gilles Jacquier fut également lauréat en 2007 d’un « Prix international de l’enquête » décerné par le CFJ-Groupe Caisse d’Epargne pour son reportage « La dernière frontière » (France 2 – Envoyé spécial). Il repose désormais au cimetière de sa commune d’origine, Bernex, près d’Evian en Haute-Savoie.


 

 
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